Il est bien entendu que quand nous disons « hommes », nous y embrassons (très respectueusement) toutes les femmes.
Pour changer un peu de l’actualité et du présent, nous voudrions aborder le futur proche. Quelle que soit l’issue des troubles actuelles, le pays sera de nouveau à construire. Depuis l’indépendance, la construction de Madagascar est un vrai mythe de Sisyphe, mais il ne faut pas désespérer et on ne peut pas l’être, au nom de nos enfants et de nos petits enfants.
La période Ravalomanana, la crise qui en a suivi, l’accès au pouvoir de Rajoelina et les grandes difficultés du pouvoir actuel, ont parfaitement montré les limites d’un homme providentiel pour conduire les affaires de l’État.
Dans un monde de plus en plus complexe, où le facteur temps est très réduit, avec une vitesse de circulation des informations atteignant la vitesse de la lumière qui ne réduit pourtant pas le niveau d’incertitude, il faut un minimum de culture générale et une bonne appréhension et compréhension du monde d’aujourd’hui, pour pouvoir prétendre diriger un État. En effet, comment diriger notre pays quand on ne sait même pas comment est géré le budget de l’État (rien à voir avec le budget d’une entreprise), quel est le poids des aides internationales dans notre économie, et bien d’autres questions à se poser bien avant de prendre une décision ?
Et encore, nous n’avons cité jusque là que des questions essentiellement économiques. Ajoutez-y les problématiques sociales, environnementales, diplomatiques et légales : vous arrivez à une somme de connaissances qui dépasse clairement un seul homme.
On ne demande pas à un dirigeant d’être un superman titulaire de 5 doctorats dans 5 domaines différents. On lui demande de savoir identifier les techniciens impartiaux, éclairés, compétents, capables de lui fournir des éléments concrets, et de s’en entourer. De plus, il faut mettre en place une Administration qui ne soit pas au service des dirigeants mais au service du pays. Les techniciens et l’Administration doivent donner leur avis et c’est aux politiques de prendre les décisions en toute connaissance de cause. Encore faut-il que ce dirigeant ait la capacité et les expériences nécessaires pour « ingurgiter » tous ces avis souvent contradictoires et en tirer les conclusions nécessaires. Un dirigeant est en fait un arbitre et un arbitre doit connaître les règles du jeu, sinon, il ne sert à rien et va plutôt semer la zizanie qu’autre chose.
Diriger une entreprise réclame les mêmes capacités mais là, le but est limité au service d’intérêts particuliers (les actionnaires et dans une moindre mesure les salariés) et avec un horizon limité dans le temps. Une entreprise a rarement une vision au-delà de cinq ans, et pour la plupart d’entre elles, au delà de deux ans, c’est déjà du très long terme.
La nuance entre gérer une entreprise et gérer un État est donc de taille. Diriger un État, c’est avant tout agir pour l’intérêt général et surtout pour le long terme. Avis donc aux amateurs qui prétendent diriger l’État sous prétexte qu’ils ont réussi à diriger leur entreprise. On en a eu deux exemples et à moins d’être de très mauvaise foi, on ne peut pas dire que cela a été une réussite.
Nous ne doutons pas que notre pays dispose de profils nationaux capables de relever le défi de la reconstruction et essayer enfin de bâtir une nation stable politiquement, avec des institutions qui perdurent et assurent leur rôle quels que soient les inévitables péripéties de la vie politique.
Mais ce n’est pas uniquement une question d’individu, car on reviendrait au schéma de l’homme providentiel, c’est aussi une question de structure et de réseaux humains, en résumé d’une vraie équipe. Il faut insister sur le mot équipe, car une équipe ce n’est pas un clan, ce n’est pas un ramassis d’opportunistes qui pour la plupart ne sont là que pour essayer de grappiller des faveurs au détriment de la Nation.
Les membres d’une vraie équipe doivent avoir une vision commune, la volonté de faire œuvre commune et la capacité à faire des concessions mutuelles, et surtout le goût de l’intérêt général et le sens des générations futures. Car depuis toujours, c’est là que le bât blesse dans notre pays.
Depuis l’indépendance, il n’y pas vraiment eu d’équipe dirigeante avec ce « goût pour l’intérêt général ». Et même lorsqu’il y avait au départ de bonnes intentions, celles-ci n’ont pas résisté à l’appel du loup, et les intérêts particuliers à court terme ont toujours fini par prendre le pas sur l’intérêt général à long terme.
Sans chercher à insulter quiconque, notre pays a manqué cruellement jusqu’à maintenant de vrais hommes d’État capables de bâtir pour l’avenir. En plus, toutes les équipes dirigeantes depuis 50 ans n’ont vu dans l’Administration qu’un instrument à leur service et non un vrai outil pérenne pour la conduite des affaires publiques, et pour l’intérêt exclusif de la population.
La vie politique étant courte et aléatoire, la tentation de ne pas raisonner au-delà de la durée du mandat est grande. Et c’est là toute la différence entre hommes politiques et hommes d’État.
Alors, c’est maintenant que tous ceux qui estiment avoir le profil et la capacité, doivent se déclarer afin que l’on puisse les identifier dès maintenant, faire le tri et plus tard faire le choix démocratique via des élections.
Mesdames et messieurs, à vous de nous exposer votre vision de la reconstruction de notre pays et présentez nous votre équipe.
Allez, une note d’humour dans cette affaire très sérieuse : on devrait en même temps que cet appel à candidature, lancer le comité : TS ZRRR ou TS Z-3R.
Quézaco ? C’est le comité : Tout Sauf Zafy, Ratsiraka, Ravalomanana et Rajoelina.
Une blague ? Peut-être... Quoique, dès juin 2009, nous regrettions que les négociateurs internationaux n’aient pas réussi à convaincre ces quatre là de ne pas se présenter. Nous n’en serions certainement pas là si chacun avait été renvoyé au piquet.





