Pendant que le dialogue politique avec l’Union Européenne se tient, on ne peut qu’être préoccupé des mauvaises nouvelles qui tendent à s’accumuler sur le plan économique.
Certains s’en réjouiront et diront : « je vous l’avais bien dit ». Nous avons tendance à penser que ces personnes sont plutôt à l’extérieur du pays et que le malgache de base est bien au contraire loin de s’en féliciter.
Inquiétude sur la liquidité
L’opinion se demande en tout cas si la transition a de l’argent. Le fait est qu’aussi bien la HAT que la Primature ont été contraintes de mettre en garde dans la presse contre des escrocs qui prétendent soutirer des sommes en leur nom. Ceci prouve que ceux qui exploitent les craintes du public ont un grand sens de l’opportunité, et que, à tort ou à raison, les autorités de la transition n’inspirent pas une confiance absolue en ce qui concerne leur solvabilité et leur intégrité face à une possible pénurie.
L’inquiétude se fonde notamment sur la chute de l’Ariary contre les devises internationales de référence, l’Euro et le dollar. Provoquée par la baisse des aides extérieures et des investissements directs étrangers, une telle chute n’a certes pas que des mauvais effets, et les secteurs du tourisme et de l’exportation apprécient à sa juste valeur ce coup d’accélérateur à leur compétititivité. Mais la dévalorisation de l’ariary inquiète, notamment en milieu urbain, par rapport aux risques d’inflation qu’elle porte.
La chute de l’Ariary s’est stabilisée depuis début mai, et les confidences recueillies laissent penser que c’est la Banque Centrale qui est intervenue pour limiter la chute du cours en injectant des devises étrangères. Mais les réserves de cette institution ne sont pas infinies (leur niveau actuel serait de trois mois d’importations). De plus, de telles interventions pèsent lourd sur son compte d’exploitation : acheter un ariary qui perd de sa valeur se traduira au final par des pertes. Comme les importateurs restent traumatisés par quelques jours où se procurer des devises a été difficile, et qui ont rendu le marché très nerveux, la baisse, même modérée, a de fortes chances de continuer.
Peur de rater le coche
Si les premiers signes de reprise économique mondiale se confirment, on surveillera également de près le prix du pétrole, prix qui se maintient pour l’instant en dessous de la barre des 60 dollars le baril après qu’on ait connu à la fin de l’année dernière un plus bas à 34 dollars. On peut craindre que Madagascar ne subisse alors surtout les inconvénients de la reprise de la croissance mondiale, sans que les exportateurs locaux puissent en profiter pour remplir leurs carnets de commande, faute de pouvoir rassurer leurs clients sur la stabilité de leur environnement politique.
À titre d’exemple, alors que les tour operators internationaux viennent de lever leurs restrictions sur le pays, les professionels malgaches du tourisme restent pour l’heure très partagés sur les perspectives : certains ressentent des prémisses positifs alors que d’autres ne voient encore rien venir.
La dépendance aux subventions étatiques
Si le secteur privé est largement dans l’interrogation et dans l’attente, la conjoncture est plus sombre encore pour tout un pan de l’économie qui fonctionne directement à l’aide des subsides des bailleurs de fonds institutionnels. C’est par exemple plus que de l’inquiétude qui sévit dans les projets de la Banque Mondiale où l’on vivote avec les fonds déjà débloqués. Contrairement à ce que l’imagination populaire véhicule, il ne s’agit pas là uniquement du sort de quelques consultants grassement payés. Les subventions aux enseignants employés par les associations de parents d’élèves (FRAM) passent par exemple par le projet Education pour tous.
Un coup particulièrement dur a été porté hier. L’activité du Millenium Challenge Account financé par le gouvernement américain n’est plus seulement suspendue ; on a franchi une nouvelle étape car le conseil d’administration de la MCC, présidé par Hillary Clinton, en a autorisé l’arrêt. Cette décision est symbolique et douloureuse à plus d’un titre car Madagascar était le premier pays au monde à avoir bénéficié de ce projet.
De plus, les activités lancées étaient particulièrement pertinentes car touchant de près les problématiques de fond du monde rural, notamment la sécurisation foncière qui est une condition essentielle pour dynamiser l’investissement local. Le projet MCC avait identifié qu’un paysan n’a guère d’incitation à développer sa production si la terre sur laquelle il travaille risque d’être contestée, ce qui est malheureusement fréquent à Madagascar.
Mieux que d’autres bailleurs de fonds, le MCC avait réussi à maintenir son activité relativement à l’écart des tendances autoritaires de la Présidence de la République. Malheureusement donc, la politique locale a fini par la rattrapper.
Dans ce contexte difficile, où la liquidité se raréfie, il est à craindre que la tendance à un interventionnisme économique de l’État ne se renforce, alors que l’administration malgache a régulièrement démontré dans le passé qu’elle n’était pas très douée pour décider sereinement sous la pression. Le traitement du dossier du prix de la vanille sera par exemple surveillé de près, et on se demande si coincé entre l’intérêt immédiat des paysans et les intérêts de traders détenant encore des stocks importants à l’étranger, le gouvernement décidera ou non de prendre des mesures.
Pendant ce temps, l’Homo œconomicus, et son épouse la ménagère malgache, serrent les dents. Aspirant avant tout à la sérénité, ils observent un monde politique qui les tient en otage et attendent leur heure. Celle de travailler, puis de voter.
Aux différents adeptes de la politique du pire de ne pas l’oublier.


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