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mardi 21 octobre 2014
 

 > Editorial

Le rapport de la Banque Mondiale « Justice for Forest » : une erreur de priorité

mercredi 4 avril 2012, par Hery Randriamalala

Le rapport de la Banque Mondiale évoqué ici peut être téléchargé (en anglais) à l’adresse http://web.worldbank.org/WBSITE/EXT....


Le rapport que la Banque Mondiale (BM) vient de publier (20 mars 2012), est rempli de bonnes intentions, mais il est improbable qu’elles ralentiraient quoi que ce soit dans la déforestation d’un des pays les plus touchés par le trafic de bois illégal : Madagascar. Le constat de la BM est alarmant :

  • « Dans le monde, toutes les deux secondes, une zone de forêt équivalente à un terrain de football est illégalement coupée à blanc. »
  • « Selon les estimations, cette activité criminelle génère environ 10 à 15 milliards de dollars de revenus annuels au niveau mondial. »
  • Le pourcentage du bois illégal par rapport aux exportations globales de bois est de : « 80% en Bolivie, 90% au Cambodge, 70% en Equateur, 70% au Gabon, 70 à 80% en Indonésie, 70% en Papouasie Nouvelle-Guinée et 80% au Pérou. » Il manque Madagascar : au moins 90% de l’exploitation est illégale, puisque le bois de rose n’existe plus quasiment que dans les aires protégées…

Il y a donc urgence à arrêter ce trafic, avant que les forêts n’aient complètement disparu de cette planète, avec les conséquences que l’on commence à observer et qui pourraient menacer la survie même de l’espèce humaine. Le catalogue de mesures préconisées par la BM s’attaque au seul renforcement des capacités judiciaires des pays exportateurs de bois. En effet, la BM constate l’échec relatif des stratégies en cours :

  • « Bien que la prévention soit un élément essentiel de la lutte contre la coupe illégale, elle n’a pas ralenti la disparition rapide au niveau mondial des arbres les plus âgés. »
  • « Le système de justice criminelle forestière ne fonctionne pas. Malgré l’accumulation de données et de preuves montrant le côté mondial de l’épidémie de coupe illégale, la plupart des crimes forestiers restent cachés, tus ou sont ignorés. Trop souvent, les enquêtes, dans les rares cas où elles ont lieu, sont du travail d’amateur et non-concluantes, et les quelques cas soumis aux tribunaux sont de bas niveau, impliquant des gens dont la participation à ces crimes est due à la pauvreté et à l’exploitation. »
  • « L’expérience a montré que les stratégies déjà en place pour résoudre le problème de la coupe illégale de bois ne sont pas suffisantes en elles-mêmes pour inverser la tendance à la réduction des forêts au niveau mondial. »
  • « La corruption massive, qui est associée à la coupe illégale, affaiblit les principes généraux de gouvernance et la force de la loi. »

Les mesures proposées sont excellentes, tant isolément que collectivement. Mais un pré-requis est nécessaire : l’existence d’un État de droit ! La loi n’est d’aucun secours lorsque le pouvoir en place est issu d’un coup d’État (validé par la Haute Cour Constitutionnelle !). Que faire, lorsque la législation forestière a été rendue volontairement incohérente et contradictoire par la classe politique depuis une dizaine d’années, afin de neutraliser la Justice sur ce sujet ? Que dire, lorsque le ministre en charge des forêts prend, contre l’avis du Chef de l’État, un arrêté qui autorise toute l’activité du trafic du bois [1] ? Les trafiquants ont capturé l’État, à moins que ce ne soit l’inverse. En tout cas, l’État a fusionné avec les trafiquants. Donc, le rapport de la BM n’est applicable rapidement que dans les pays où l’État est déjà suffisamment fort pour entreprendre ces réformes. Or, dans la liste des pays exportateurs de bois illégal, plusieurs sont dans une situation comparable à celle de Madagascar. Le renforcement de l’efficacité de la législation forestière risque de n’être effectif qu’une fois le dernier arbre coupé. Avec la stratégie du renforcement des capacités judiciaires des pays exportateurs, nous allons probablement perdre la course avec les trafiquants. Une autre stratégie, plus efficace et plus rapide, serait préférable. En fait, la seule qui soit compatible avec le rythme actuel de la déforestation est le renforcement de l’efficacité judiciaire des pays importateurs de bois. Le rapport de la BM l’évoque, mais sans développer :

« Aux États-Unis, la législation rend possible les poursuites contre quiconque est sciemment en possession de bois d’origine illégale. L’objectif est d’imposer des pénalités sur la possession ou sur l’importation de bois illégal afin de faire baisser la demande, éliminant (ou réduisant) ainsi les bénéfices tirés de ce trafic. D’autres pays devraient adopter une semblable législation criminalisant l’importation de bois illégal et combler ainsi un vide dans la législation internationale. »

« La tension entre pays producteurs et pays consommateurs est exacerbée par la limitation de coupe de bois imposée par certains pays producteurs à leurs propres forêts, comme le moratoire sur la coupe en Chine à la fin des années 1990. Ce moratoire a créé une demande sans précédent pour le bois provenant d’autres pays, et la Chine a commencé à acheter de grandes quantités de bois à l’étranger, en particulier en Russie, en Indonésie et dans le reste du monde. »

À l’instar des Etats-Unis, l’Union Européenne (UE) s’est dotée d’une législation interdisant la possession ou la mise en marché de bois illégal sur son territoire. L’Australie réfléchit également à la mise en place d’un outil similaire à celui de l’UE.

Les pays importateurs (essentiellement le Japon, mais aussi l’Amérique du Nord et l’Europe) sont des États développés, suivant la règle du Droit. L’administration y est toute puissante. Il leur est donc très facile d’imposer un embargo sur toute importation de bois illégal. La Chine est un cas particulier. Gros importateur de bois tropicaux, elle est également un gros exportateur de produits de bois transformés, notamment tropicaux. Elle représente donc à la fois l’offre et la demande. En se penchant sur les flux de bois qui transitent à travers la Chine, on touche à un moteur important de l’exploitation illégale de bois. Si la Chine et le Japon voulaient se doter d’une législation prohibant les importations de bois illégal, ce qui reste des forêts tropicales serait sauvé. Mais chaque pays importateur doit vaincre son propre lobby du bois, convaincre sa propre opinion publique alors que le crime est commis à des milliers de kilomètres de ses yeux, ce qui permet, pour un temps au moins, d’en ignorer les conséquences. Pour un temps seulement…

Notes

[1] Hery Randriamalala, « La bolabolacratie », 2 mars 2012, http://www.madagascar-tribune.com/La-bolabolacratie,17164.html

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 6 réactions Lire les commentaires
  • Dans qques années Mada ne sera plus « L’ile rouge » mais l’ile toute rouge. Vous subirez de plein fouet les cyclones que rien n’arretera et qui traverseront l’ile de part en part.Les inondations grandioses ,comme en Chine, et avec votre absence de moyens,de structures et d’état, je ne vous raconte meme ... Pour les cultures ,sera encore pire. Si vous ne me croyez pas ,demandez vous pourquoi les chinois ont arretez de déforester, c’est exactement ce qui se passe chez eux.
    Ils préfèrent que ce soit vous qui creviez, ont -ils vraiment tord si vous etes assez stupides pour les laissez faire ?
    Lutter contre le traffic de bois ,c’est votre seule chance de ne pas encore et toujours crever de faim dans 25/30 ans.
    Mais bon ,si vous avez a manger pour aujourd’hui tout va bien, n’est ce pas ?

    • Le rapport de la Banque Mondiale « Justice for Forest » : une erreur de priorité
      4 avril 2012 16:25, DIPLOMAT (#846) répond à jules (#2904)

      Jules,

      Qui êtes vous pour nous parlez comme un donneur de leçon ?

      A ma connaissance, ce sont bien des pays développés qui encouragent , en fermant les yeux sur certaines pratiques , les pays comme M/car à couper la forêt....

      Vous n’avez pas à culpabiliser les Malgaches de la sorte.

  • La déforestation à Madagascar est dûe principalement à 3 causes : la culture sur brûlis ou « tavy », la production de combustible ou de charbon de bois, et l’exploitation forestière qui, elle, pose plus de problèmes actuellement.

    il est vrai que pour l’instant, à cause des évènements politiques, la protection de la forêt malgache est loin d’être la préoccupation principale de la population qui est en train de se battre pour survivre ; à la limite pour eux ce serait plutôt une inquiétude de « riches ».

    Une population qui vit avec moins d’ un dollar par jour ne peut pas s’occuper de la protection de la forêt, quoiqu’il y existe des organisations censées gérer ce problème.

    C’est pour cela que des pays comme la Chine se sont glissé cyniquement dans la faille pour accélérer la dévastation de cette forêt riche en diversités, avec évidemment la complicité de gens bien placés dans tous les gouvernements successifs.

    Madagascar n’est pas le seul pays qu’on pille de cette façon, voir en Amazonie, masi comme aucune communication n’est faite à ce sujet, les ays dévasatateurs en profitent, et comme la population a l’esprit concentré ailleurs, cela est beaucoup plus facile.

    On ne peut qu’espérer que ce pays ait un jour le gouvernement qu’il mérite et qui puisse stopper cette hémoragie. Pour l’instant le pays cherche plutôt à sensibiliser le patiotisme de certains mal intentionnés, mais on voit le résultat.

    • Le rapport de la Banque Mondiale « Justice for Forest » : une erreur de priorité
      4 avril 2012 12:36, Stomato (#3476) répond à dirk_cab (#6503)

      Le 4 avril 10:39, par dirk_cab (#6503)

      >>Une population qui vit avec moins d’ un dollar par jour ne peut pas s’occuper de la protection de la forêt, quoiqu’il y existe des organisations censées gérer ce problème.<<

      Tout va bien alors, comme les habitants sont pauvres il n’y a pas besoin de les responsabiliser sur une des causes importantes de leur pauvreté.
      Cela d’autant moins que des organisations (étrangères) qui s’en chargent quand les autorités locales ne les en empêchent pas...

      >>C’est pour cela que des pays comme la Chine se sont glissé cyniquement dans la faille pour accélérer la dévastation de cette forêt riche en diversités, avec évidemment la complicité de gens bien placés dans tous les gouvernements successifs.<<

      Si vous ne vous occupez pas bien de votre femme, est-elle critiquable si elle va voir ailleurs ?

      >>Madagascar n’est pas le seul pays qu’on pille de cette façon, voir en Amazonie, masi comme aucune communication n’est faite à ce sujet, les ays dévasatateurs en profitent, et comme la population a l’esprit concentré ailleurs, cela est beaucoup plus facile.<<

      Oh que oui, puisque d’autres pays se font détruire, à l’autre bout de la planète, les Malgaches peuvent bien continuer à ne rien faire pour LEURS forets.

      >>On ne peut qu’espérer que ce pays ait un jour le gouvernement qu’il mérite et qui puisse stopper cette hémoragie.<<

      Un pays où les citoyens ont le droit de vote à toujours le gouvernement qu’il mérite.

      Et êtes vous si certain que c’est le rôle du gouvernement et à lui seul de prendre en charge la protection de la foret Malgache ?

      Il y a bien longtemps, alors qu’il y avait encore des touristes pour venir passer des vacances à Madagascar, il avait été suggéré de vendre des plants d’arbres spécifiques de la flore Malgache à Ivato à des touristes qui les planteraient lors de leur voyage dans l’Ile. Rien n’a été fait dans ce sens.
      Il est vrai qu’il aurait fallu prendre la peine d’élaborer les plants dans des pépinières ad-hoc, et organiser la vente... que de travail !
      Et puis vendre des choses réellement utiles à des touristes ne vaut pas la vente de « l’artisanat attrape poussière » qui est tellement en vogue depuis des décennies...

      • Le rapport de la Banque Mondiale « Justice for Forest » : une erreur de priorité
        4 avril 2012 13:07, dirk_cab (#6503) répond à Stomato (#3476)

        En effet, je fais la différence entre les besoins du peuple malgache et les agissements des gouvernants de Madagascar.

        Je crois que des actions ont déjà été faites pour sensibiliser la population à la protection de la forêt de Madagascar ; pour l’instant les résultats sont effectivement minimes, mais cela se fait déjà, pour cela je vous renvois vers l’ANGAP et l’Office de Protection de l’Environnement.

        Par contre le problème se pose plus sur le gestion de l’exploitation forestière, voir les divers trafics sur l’exploitation du bois de rose, beaucoup plus préjudiciables pour moi que les besoins de la population en charbon de bois.

        Cette gestion de l’exploitation est censée se faire par l’intermédiaire des représentants de l’Etat, mais vous êtes censés voir les résultats (trafice en tout genre, etc...) ; c’est la raison pour laquelle je dis, pour l’instant il ne faut pas mettre ce RAVAGE de la forêt malgache sur le dos de la population.

        Vous pouvez ne pas être d’accord avec moi , mais reste que le PILLAGE de cette forêt est surtout le fruit des destructions des exploitants étrangers, dont principalement vos amis chinois.

        Vous avez peut-être raison de prêter votre femme aux chinois, mais je pense que la politique chinoise à Madagascar est désastreuse pour le pays.

        Quant à ce qui se passe ailleurs, je voulais juste dire que le malheur de ce pays est que tous les étrangers viennent et pillent les richesses du pays, mais tout se fait en silence : pas de communication à ce sujet, comme si cela arrange les pilleurs étrangers (dont vous faites partie peut-être), et les responsables politiques de Madagascar.

        Chacun doit rester à sa place, je trouve que c’est un comble de rendre la peuple malgache responsable de ce pillage perpétré par les voleurs étrangers.

        Le tort de ce peuple c’est que pour l’instant son attention est porté ailleurs, sur sa lutte pour la survie. Alors vous faites peut-être partie des personnes qui n’ont rien à faire pour survivre, mais au moins respectez ce peuple qui a déjà du mal à le faire.

  • La grève des transporteurs à l’entrée d’Antananarivo aurait pu être « exploitée » autrement par les autorités.
    Ces transporteurs arguent effectivement qu’il y a contradiction entre les textes sur le transport des produits de foret (charbons de bois essentiellement) qui doit se faire de jour, et le decret récent d’interdiction de la circulation des camions de plus de 10 tonnes intra muros.
    Cette interdiction ferait augmenter semble t il le cout du charbon de bois.
    Soit. Alors il faut encourager l’utilisation du fatana mitsitsy (qui utilise le 1/3 de charbon habituel du fatapera) et du gaz dont le prix du reste est quasi voisin du charbon.

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