Parler du projet de Loi de Finances au moment où le ministre qui l’a conçue n’est plus vraiment en mesure de le défendre, et que l’on n’a aucune idée des personnes qui seront chargées d’exécuter ladite Loi de Finances, semble ne pas avoir tellement de sens.
Mais l’on peut au contraire estimer qu’il n’est pas de meilleur moment pour examiner en profondeur un tel projet, car pour une fois les circonstances permettent de séparer plus nettement critique du texte et de sa philosophie et critique de ses auteurs. Encore faudrait-il qu’il y ait un véritable accès démocratique à ce projet. Le ministre sortant, Hery Rajaonarimampianina, a eu beau multiplier les « consultations » avec des groupements professionnels, difficile de ne pas voir surtout une opération de relations publiques derrière une grosse dose de propos plutôt lénifiants et très peu de chiffres.
On peut cependant retenir un mot : continuité. Le ministre, et encore plus les techniciens qui l’entouraient et qui sont loin d’être à leur premier exercice de présentation d’un projet de Loi de Finances, légitiment essentiellemnt leur action sur la base de ce mot. À leurs yeux, cette continuité est le gage de bons résultats.
Finances...
En fait de continuité, on retrouve surtout celle d’une logique centrée presque exclusivement sur les finances de l’État. L’insistance particulière sur quelques chiffres est particulièrement éloquente : le taux d’endettement de Madagascar serait d’environ 25%, contre plus de 100% aux USA et de l’ordre de 80% en France. Le déficit public est chez nous de 2%, contre plus de 10% pour la Grèce. Et les réserves en devises ont dépassé pour la première fois dans l’histoire le milliard de dollars, soit deux mois et demi d’importation.
Fort bien. Sauf qu’il ne faut pas confondre trop vite l’État et la Nation, et qu’il faut tout autant se garder de trop confondre finances et économie. Il n’est nul besoin d’être un Keynésien forcené pour être tenté de répliquer aux technocrates du ministère des Finances, qu’à se contenter ainsi de bien retenir les leçons de l’ajustement structurel, ils risquent fort d’en provoquer un autre, autrement plus brutal.
D’après la lettre d’information du Système des Nations unies à Madagascar, Madagascar dans la configuration actuelle n’atteindra aucun des 8 objectifs du millénaire en 2015. Que nous chaud le désendettement de l’État ou la réduction de la dette extérieure, lorsque l’on est obligé de vivre d’expédients parce que l’on fait partie des 200 000 personnes qui ont perdu leur emploi depuis 2008 et que l’on n’en a pas vraiment retrouvé un depuis ?
... ou Économie ?
L’austérité n’est pas forcément un mal, encore faudrait-il qu’on donne un sens à l’effort et que celui-ci soit partagé. Évoquant le mouvement Occupy Wall Street, Barack Obama disait hier qu’il était important pour les leaders politiques de son pays de faire comprendre aux manifestants qu’ils comprenaient leurs frustrations face à une sphère financière irresponsable. En comparaison, on se dit que beaucoup de Malgaches n’ont rien contre l’épargne ou le désendettement, mais à l’instar de beaucoup d’Américains ou de Grecs, ils ne peuvent tout simplement plus en faire pour leur propre compte. Les questions qu’ils devraient pouvoir aujourd’hui poser aux auteurs de Lois de Finances sont : où est passé l’argent des dernières décennies ? où sont passés les annulations de dettes, les apports des investisseurs ? De toute évidence, pas dans les poches des simples citoyens.







