Difficile de ne pas être interpellé par le message : « Prenons la tragédie que nous vivons comme une formidable opportunité. Je sais, moi-même je m’étonne en me lisant, mais il faut vraiment sortir de ce bourbier. »
Le bourbier, voilà une expression appropriée. En général, lorsqu’une automobile est embourbée, on demande à tous les passagers d’en sortir pour pousser. Mais dans notre cas, il est beaucoup de passagers qui semblent vouloir se précipiter pour entrer dans le véhicule, et qui se disputent pour manier qui le volant, qui la pédale d’embrayage, qui l’accélérateur, qui le levier de vitesse...
Sortir du bourbier semble plus difficile que parcourir les quelques kilomètres qui nous séparent du garage où nous pourrons peut-être réparer durablement la voiture. Du moins, c’est ce que le passager ordinaire espère en croisant les doigts.
La solution la moins contestable reste l’organisation d’élections crédibles et sereines. Et cette organisation doit se faire plutôt rapidement, tout en suscitant une forte participation, afin que les gagnants des urnes, quels qu’ils soient, obtiennent une certaine légitimité.
On pourrait passer des heures à tenter d’énumérer les conditions nécessaires à une bonne élection :
Un meilleur code électoral : ça ne fait jamais que quelques années que l’on discute par exemple des avantages et inconvénients du bulletin unique ;
Un accord sur l’organisme chargé de les organiser : si la conduite des opérations électorales sous la conduite de Sylvain Rabotoarison pendant la transition de 1991 avait presque fait l’unanimité, la confiance vis-à-vis de la neutralité du Ministère de l’Intérieur s’est depuis fortement érodée ;
Des listes électorales fiables : le dernier recensement date de 1993, et l’on a vu au cours des élections récentes des fluctuations surprenantes du nombre d’électeurs ; à tout le moins, on souhaiterait une publication d’un premier jet des listes électorales quelques semaines avant l’élection pour éviter la confusion et les suspicions habituelles ;
L’instauration de balises concernant le financement des partis politiques et les dépenses électorales, car il ne faut pas confondre les élections avec la relance de l’économie des secteurs textile et animation artistique grâce à la subvention des tee-shirts et des concerts contre de mystérieuses contreparties ;
L’éducation du citoyen et un minimum d’éthique des politiciens, mais peut-être que là on en demande trop, même si rêver reste gratuit...
Oui, on pourrait passer des heures à lister les conditions souhaitables, on pourrait discuter des semaines de l’opportunité de telle ou telle mesure ou de l’ordre du déroulement des différents scrutins, consacrer des mois à effectivement réaliser ces élections... Il n’empêche que le pays ne peut attendre trop longtemps et qu’il faudra aller le plus tôt possible aux urnes. En espérant que ces élections elles-mêmes ne nous entraînent pas vers une nouvelle crise.
Car on n’a aucune assurance que les prochains scrutins ne seront pas extrêmement serrés. Difficile aujourd’hui de deviner quelle pourrait être la tendance qui se dégagera d’elles, étant donné que l’on ressent aujourd’hui davantage l’expression de frustrations contre telle ou telle personne qu’un mouvement en faveur des idées de telle ou telle autre.
Il revient dès aujourd’hui aux citoyens malgaches de contribuer à ce que les futurs scrutins soient crédibles, en veillant personnellement à leur honnêteté. Comme par coïncidence, cela fait cette année 20 ans que des organisations locales supervisent des élections.
L’intérêt commun de tous les Malgaches est que cette supervision soit irréprochable, et que d’ici là, de nombreux volontaires se soient bien imprégnés de principes qui devront gouverner leur action.
Mais il ne faudra pas oublier que la présence d’observateurs n’a pas empêché le désastre de 2002. Le niveau d’exigence de ces organisations d’observation devra être accru, afin qu’elles puissent contrer rapidement toute revendication prématurée de victoire par un camp politique, tout en étant assurées que les observations qu’elles ont prises en compte soient parfaitement objectives et vérifiables.
Énorme challenge qui mérite cependant d’être relevé, et qui ne relève pas du rêve absolu. Il existe des méthodologies permettant le plus souvent d’annoncer de manière fiable le résultat d’une élection dès le lendemain. Les moyens nécessaires sont à la portée d’organisations non gouvernementales, y compris dans un pays comme Madagascar, où le téléphone portable a quand même depuis quelques années facilité bien des choses.
Parce que le Droit et l’intelligence doivent primer sur la force.
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