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La politique monétaire et les inégalités

mardi 17 novembre 2015

En 2008, 13,2% des Américains étaient au-dessous du seuil de pauvreté. 14,8% en 2014. Pendant ce temps, l’indice Dow Jones progressait de 8776 fin 2008 à 17 900 en novembre 2015. Pendant que le taux de pauvreté augmentait de 12%, le prix des actions plus que doublait. Si l’on prend le taux de pauvreté comme un indicateur du bien-être des moins nantis et le marché boursier comme un indicateur du bien-être des plus aisés, ces indicateurs suggèrent que les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres.

Malgré la rhétorique politique, les politiques publiques mises en œuvre au cours de cette période ont contribué à cette augmentation des inégalités. Observer que tout cela a eu lieu sous l’administration démocrate du président Obama ne vise pas à blâmer ce dernier, mais à souligner que les politiques de ce genre se produisent même quand le gouvernement est dirigé par le parti qui prétend protéger ceux à l’extrémité inférieure de la répartition des revenus. Les politiques publiques favorisent ceux qui ont le pouvoir politique, les « amis » bien connectés.

Le mouvement Occupy Wall Street lancé en 2010 démontre que la question des inégalités a capté l’attention du public. Le mouvement protestait contre le copinage évident des plans de sauvetage à la suite de l’effondrement du marché du logement. Ces protestations étaient fondées. Après l’effondrement du logement et l’arrivée de la récession, beaucoup de gens perdirent leur emploi et ne pouvaient pas se permettre de continuer à payer leur crédit immobilier. Les banques opéraient des saisies et les propriétaires étaient expulsés de leurs maisons. Entre temps, les banques qui avaient subi des pertes en raison de prêts hypothécaires non performants étaient renflouées. Qui l’État a-t-il aidé ? Pas les propriétaires malheureux, mais les riches banquiers de Wall Street bien connectés.

Les critiques à l’encontre du capitalisme de copinage et des politiques favorisant le « 1% » plutôt que le « 99% » semblent fondées. Ce n’est en revanche pas le cas des solutions proposées par les manifestants, en termes de supervision politique et de programmes publics supplémentaires : si le politique est le problème, la solution ne se trouve sans doute pas dans plus de politique.

La Réserve fédérale (Fed) travailla avec le Trésor pour soutenir les grandes banques avec le Troubled Asset Relief Program (TARP), tout en laissant beaucoup de petites banques fermer. Les « amis » bien connectés reçurent l’aide, tandis que les 99% durent nager ou couler seuls. Pour la première fois, la Fed commença également à payer un intérêt sur les réserves excédentaires des banques à la Fed : c’était une subvention très claire à l’industrie bancaire. En outre, la politique de la Fed de maintien des taux proches de zéro depuis 2008 avantage les emprunteurs au détriment des épargnants.

Les épargnants à faible revenu, et les épargnants confrontés à de graves problèmes de pertes en capital, ont peu de choix en dehors de celui de placer leur épargne dans des placements à revenu fixe. Ils ne peuvent pas se permettre de risquer des pertes en capital sur le marché boursier, par exemple. Les riches peuvent se permettre de prendre ces risques en échange de rendements plus élevés. Parce qu’il y a une relation inverse entre les taux d’intérêt et le prix des actifs, la politique de taux d’intérêt bas de la Fed a poussé à la hausse la valeur des actifs, principalement détenus par des riches. Cela explique en partie pourquoi les prix des actions ont plus que doublé depuis 2008. Les politiques de la Fed ont enrichi les riches, mais ont causé du tort à ceux se trouvant à l’extrémité inférieure de la répartition des revenus, qui souffrent des rendements d’intérêt bas qui leur sont offerts.

Aujourd’hui, le fonctionnement de l’État se caractérise par le copinage et des politiques publiques qui servent les intérêts du 1% plutôt que ceux des 99%. Le bien-être des pauvres a augmenté depuis le début de la révolution industrielle parce que l’économie de marché a conduit à des gains de productivité qui profitent à tous. La politique, qui récompense les gens en fonction de leur poids politique, tend à profiter à ceux qui ont le pouvoir politique aux dépens de ceux sans pouvoir. Et ce, même, comme la dernière décennie l’a montré, quand ceux qui prétendent défendre les intérêts des plus démunis sont au pouvoir. Ainsi, une évolution vers un « contrôle politique » de l’allocation des ressources n’aidera certainement pas les pauvres. La façon de vraiment aider les pauvres est de compter davantage sur l’économie de (vrai) marché et moins sur le politique (même un gouvernement aussi bienveillant qu’avec Obama, comme le montre l’histoire récente).

La banque centrale américaine a été conçue pour être apolitique, avec une direction nommée pour un long mandat, à l’abri des pressions démocratiques. Mais depuis 2008 ont vu les politiques de la Fed se sont détournées de la stabilité monétaire pour aller vers le soutien au secteur financier. Ces politiques ont ainsi favorisé certaines entreprises au détriment d’autres (les grandes banques vis à vis des petites banques, par exemple) et certains segments de la population par rapport aux autres (riches investisseurs plus petits épargnants, par exemple). Le « copinage » dans ces politiques est évident, et il est clair que les politiques de la Fed ont avantagé l’élite économique. Une Fed de plus en plus politisée a transformé la politique monétaire. La conséquence en a été l’augmentation des inégalités.

Randall Holcombe, Professeur d’économie à l’Université de Floride.

Article publié en collaboration avec le projet www.libreafrique.com

1 commentaire

Vos commentaires

  • 17 novembre 2015 à 18:26 | rakoto-neutre (#8588)

    Les milliardaires detiennet à peu près la moitié de toutes les fortunes sur terres, alors qu’ils ne comptent que des centaines.

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