Le mot « élection » est devenu le (seul) cheval de bataille du pouvoir de fait actuel. Nul ne peut contester que ce soit la vraie expression de la démocratie, depuis que cette dernière a été inventée par les grecs il y a plus de 3000 ans.
On se croirait revenu à la grand époque socialiste pendant laquelle on choisissait quelque mot « bateau », genre révolution, et on faisait ânonner (il y a le mot âne) le peuple par des « oyé » à chaque fois que le mot était prononcé.
Début décembre, j’avais déjà proposé de faire des vrais tests politiques en organisant les élections municipales dans 3 grandes villes : Nosy Be, Antananarivo et Taolagnaro (ou Fort Dauphin). Je disais à l’époque que ces élections permettraient aux habitants de ces villes, punis depuis, d’élire leurs vrais représentants, au lieu d’être administrés par des personnes nommées par le seul pouvoir du prince. Les PDS de ces villes, s’ils étaient réellement démocrates, devraient logiquement être pour cette solution passant par des élections. Malheureusement, aucun d’entre eux pour le moment n’a évoqué le fait de rendre le pouvoir au peuple. Ces élections permettraient aussi de tester en grandeur nature les vrais poids de ces mouvances politiques qui se permettent toutes de parler au nom du peuple ou du vahoaka.
Mes propositions n’ont pas du tout été prises en compte. Tant pis, c’eût été une bonne occasion aussi de montrer la capacité du pouvoir actuel à organiser des élections.
Pour ce qui est des élections législatives proposées, je suis résolument contre car cela supposerait que les représentants actuels du pouvoir qu’est la Hat, et surtout Rajoelina qui est supposé être à la tête de l’Etat, auraient une quelconque légitimité vis-à-vis de la Nation. Or ce n’est pas le cas et ce ne sont pas les tours de passe-passe de la pseudo-HCC qui me convaincront. De toute façon, vouloir organiser une consultation nationale, sans l’aide des bailleurs de fonds ne pourra que rajouter à la confusion, à la méfiance et au chaos ambiants.
Tout ce beau monde a beau hurler à hue et à dia que c’est la volonté de changement du peuple, j’aimerais bien savoir quel pourcentage de la population cela représente vraiment. Eux-mêmes sont incapables de me le dire. Ndimby, dans son éditorial du lundi 1er mars a fait une démonstration irréfutable de la non-représentativité du pouvoir actuel par rapport à la population.
En fait, à mon avis, ces élections législatives pour soi-disant une Assemblée Constituante ne sont que des gesticulations ou une sombre tactique pour essayer de se maintenir au pouvoir sans l’adoubement du peuple par des vraies élections. Se maintenir au pouvoir pour construire, non ; plutôt se maintenir pour pouvoir s’abreuver des privilèges et pratiquer les magouilles possibles quand on est au pouvoir. Il ne peut en être autrement, sinon, le pouvoir actuel aurait pu faire quelque chose, rien qu’en parlant des cohortes de chômeurs ou de l’insécurité qui règne partout dans notre île.
Plusieurs interventions ont déjà eu lieu sur cette même Tribune sur ce sujet. On prétexte que les accords de Maputo et autres ne sont pas applicables, la cohabitation est impossible. Soit, mais pendant ce temps, le bateau Madagascar continue à sombrer et ce ne sont pas une réunion avec le secteur privé, ou un autre atelier avec 1800 participants, qui vont faire que notre pays va pouvoir faire face aux réelles difficultés actuelles.
La solution ne passe pas non plus par des réunions journalières sur un site en s’agenouillant et en se tournant vers le sud-ouest (où se trouve Ravalomanana), en incantant « le retour de Dada » à longueur de temps, 5 fois par jour.
Quand la réconciliation nationale est le dada de certains, à quoi servirait une telle réconciliation quand on sera tous morts de faim ou de détresse, ou que nos enfants n’auront comme legs qu’un pays en ruines ?
Au fait aussi, quand on a été « avant-garde de la révolution en 1975 », il serait peut-être temps de se remettre en cause, car on ne peut pas être à la fois à l’avant-garde en 1975 et en 2010, 35 ans après, simple mathématique de calendrier.
Alors, mesdames et messieurs, il est grand temps d’arrêter vos cirques, vos gesticulations, et autres choses que la décence m’empêche d’énoncer. Mettez au placard vos egos de pacotille, vos intérêts matériels immédiats, vos soifs de pouvoir sans lendemain, vos vanités sans fonds, vos non sens des responsabilités consistant à imputer perpétuellement le blocage comme la faute des autres. Si vous avez un brin, je dis bien un brin, de patriotisme, acceptez tous que vous avez eu tort d’infliger au peuple malgache autant d’incertitude et de souffrance.
Ça suffit, basta, mettez-vous autour d’une table et comme chacun de vous clame à hue et à dia que les problèmes des malgaches doivent être réglés entre malgaches, qu’est-ce que vous attendez pour le faire tout de suite ?
Cela commence par reconnaître qu’il y a eu coup d’État et prise de pouvoir non constitutionnelle. Et cela c’est le pouvoir actuel qui doit faire ce premier pas. Lisez s’il vous plaît, l’éditorial de Ndimby cité ci-dessus. Même avec peu de neurones, cela devrait normalement suffire pour vous faire tous réfléchir. Sinon, votre cas est désespéré et même le meilleur psychiatre et les meilleurs psychotropes du monde ne pourront rien pour vous.
Après ce mea culpa, tout sera possible. Et seulement après, et bien après, on pourra parler des élections, sereinement.
Si vous ne le faites pas rapidement, je serai le premier à faire campagne pour dire, au niveau du pays et ailleurs, que les quatre derniers dirigeants de notre pays, élus ou de fait, ont été son fossoyeur.
On connaît la liste des gens qui supportent ces quatre dirigeants, surtout ceux qui se prétendent être des « intellectuels », ils seront aussi comptables de fait de la situation actuelle. Les vrais intellectuels ne devraient pas être de serviles servants de politiciens de pacotille qui ne rêvent que de république bananière. Les vrais intellectuels s’attachent aux valeurs humaines et universelles et restent fidèles à ces valeurs. En fait, l’intellect du moment, ne se mesure qu’aux profits immédiats que l’on peut soutirer de la situation confuse, sans nullement penser à la détresse de ses compatriotes. Si des gens comme cela sont qualifiés d’intellectuels, alors il faut envoyer le Capsat quelque part comme bataillon de maintien de la paix.
De ces gens là, l’histoire retiendra les noms, et ils seront, pour toute leur vie, jugés complices d’un suicide intellectuel collectif commis sous l’ordre de leurs gourous respectifs.





