Du débat télévisé entre Monja Roindefo et Fetison Andrianirina sur les ondes publiques, on retiendra quelques éléments :
Les Nenitoa [1] RNM et TVM sont conscientes qu’elles sont obligées, sous peine de disparaître du paysage médiatique, de tenir compte de la diversité des opinions qui est apparue au grand jour cette année 2009 et que nous avions déjà évoqué hier. On peut juger leurs efforts pour combattre le réflexe poussant à n’être que la voix de son maître très insuffisants, ils sont néanmoins là, et si le verre n’est pas entièrement plein, il n’est pas non plus entièrement vide. Cela se traduit par le débat d’hier, mais aussi plus régulièrement par l’émission du Samedi Allo RNM où des auditeurs aux opinions parfois diamétralement opposées peuvent s’exprimer par téléphone.
Monja Roindefo a une lecture très personnelle de la Charte de la Transition, faisant valoir, si j’ai bien compris, que comme cette Charte n’a pas encore été ratifiée, la HAT faisait preuve de bonne volonté en mettant d’ores et déjà en oeuvre quelques actions. On ne sait si, à picorer ainsi, le Premier Ministre arrive à apprécier la différence entre le menu et la carte d’un restaurant. Toujours est-il qu’il semble se référer à l’article 45 de la Charte de la Transition [2] qui prévoit une ordonnance de ratification. Mais il semble oublier que ce même article stipule que la Charte entre intégralement en vigueur dès sa signature.
Malgré les tensions politiques de l’heure, un minimum de civilité perdure au sein de la classe politique. Les loups ne se mangent pas entre eux, et le citoyen de base peut encore espérer que tout ce petit monde se rassiéra autour d’une table sans que trop de sang ne coule.
Espérer seulement ? Minoa fotsiny ihany ? Dépasser le statut de badaud pour obtenir celui de citoyen peut passer par des actions pour pousser vers la table de négociation nos hommes politiques et jouer un rôle de vigile vis-à-vis de leurs actions.
On peut cependant penser que ces actions de la société civile ne prendront réellement corps que si elles satisfont à quelques critères, dont certains sont déjà réunis.
Elles devront être transverses, signées par des organisations aussi diverses que possibles. Lorsque les administrateurs civils bougent seuls, ils risquent facilement de retomber dans le corporatisme. Lorsqu’ils se joignent à d’autres groupements, ils s’obligent à dépasser leur petit horizon et à faire résonner des cordes sensibles au sein des quatre mouvances.
Elles devront être dépersonnalisées, en ce sens qu’elles ne proposeront aucune personne à des postes de responsabilités. Andry Rajoelina n’avait jamais été capable de faire respecter ses mots d’ordre de « ville morte » ou de « grève générale ». Les zanak’i Dada se font tout autant d’illusions en imaginant que les ouvrières de zone franche sortiront de leurs usines pour se rallier à leur bannière. Les personnes qui n’ambitionnent à aucun poste sont condamnées à se rapprocher entre elles. Dans une certaine mesure, l’idée d’un Conseil Économique et Social, qui est pourtant salué comme un des progrès de Maputo, est une négation de l’idée même de société civile qui ne peut exister qu’en dehors de l’État et des ambitions politiques.
Elles devront être publiques et pacifiques. L’État sera toujours tenté de « criminaliser » les dissidents, de faire passer leur action comme potentiellement délinquante et violente. Le meilleur des antidotes à cette volonté est de rester ferme, à la fois sur les moyens non-violents utilisés et sur le discours de la non-violence. L’action, même lorsqu’elle est contrainte à prendre la forme d’actions de désobéissance civile, doit rester civile, c’est-à-dire qu’elle respecte les principes, les règles et les exigences de la civilité. La désobéissance civile est la manière civilisée de désobéir. Elle est civile en ce sens qu’elle n’est pas violente. C’est le choix de la non-violence qui permet de tenir, de rester ferme et uni.
Elles devront être motivées par une haute idée du droit. Jean Jacques Rousseau écrivait : « Un peuple libre obéit aux lois, mais il n’obéit qu’aux lois et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes. Toutes les barrières qu’on donne dans les républiques au pouvoir des magistrats ne sont établies que pour garantir de leurs atteintes l’enceinte sacrée des lois : ils en sont les ministres, non les arbitres, ils doivent les garder, non les enfreindre. Un peuple est libre, quelque forme qu’ait son gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la loi. En un mot, la liberté suit toujours le sort des lois, elle règne ou périt avec elles. »
Plutôt que légalistes, appelez nous citoyens...




