Les événements sont-ils en train de prendre une tournure défavorable pour les partisans de la légalité ? Certains éléments le laissent penser.
Il y a d’abord la déliquescence du bureau politique du TIM. Les cadres de ce parti sont étrangement absents, à l’exception notable de Raharinaivo Andrianatoandro, ancien questeur de l’Assemblée Nationale et porte-parole du TIM. D’autres figures, comme les MFM Manandafy Rakotonirina et Raveloson Constant, ou des têtes politiquement moins connues comme Alain Andriamiseza ou Ambroise Ravonison apparaissent certes et contribuent à élargir le mouvement, mais l’impression demeure que le parti présidentiel n’arrive plus à rassembler ses troupes.
Il y a ensuite le terrain médiatique. Andry Rajoelina fait le tour de l’île, et attire des foules qui affluent soit par conviction, soit par curiosité. Ces foules consistantes contribuent néanmoins à accréditer auprès de l’opinion nationale et internationale une certaine représentativité de la HAT. En tout cas, ce sont les déplacements d’Andry Rajoelina qui font l’actualité, et pas les meetings d’Ambohijatovo. Les médias publics (TVM et RNM) font bien une petite place aux manifestations des légalistes dans leurs journaux, mais il s’agit juste d’un strapontin, le minimum syndical pour démontrer que le nouveau régime fait un tout petit peu mieux en matière d’audio-visuel que ses prédécesseurs.
Anecdote d’ailleurs à ce sujet : lors du passage d’Andry Rajoelina à Nosy Be, lorsque les partisans de la Transition haranguaient la foule pour lui demander si, elle, elle souhaitait le retour au pays de Dada (Marc Ravalomanana), les spectateurs se sont interrogés du regard avec perplexité pour savoir de qui on pouvait bien parler. L’expression « Dada », trop récente, n’était pas encore parvenue jusqu’à l’île aux parfums, et ce n’est pas les quelques minutes accordées par la TVM et la RNM aux partisans de Marc Ravalomanana qui auraient pu y contribuer...
Le terrain diplomatique ne semble pas plus favorable aux légalistes. L’ambassadeur de France n’a pas présenté ses lettres de créance, mais cela ne l’empêche pas de se présenter comme le président local de l’Union européenne pour rendre visite à Monja Roindefo. Même si la République Tchèque n’est pas représentée à Antananarivo, voilà qui est pour le moins étonnant, et n’atténuera pas les soupçons vis-à-vis de Paris.
Coïncidence encore ? La France vient d’accéder le week-end dernier à la présidence de la Commission de l’Océan Indien, et contrairement à la SADC qui a suspendu Madagascar, le conseil des Ministres de cette instance ne s’est pas du tout mouillé sur le dossier malgache. Madagascar n’était représenté à cette réunion de Moroni que par son officier permanent de liaison, mais celui-ci ne s’est pas privé de défendre la thèse des autorités actuelles selon lesquelles la HAT tire sa légitimité d’un mouvement populaire. Chaque fois qu’elle se met en avant, la France semble privilégier le dialogue avec les hommes en place, et ce n’est franchement pas une bonne nouvelle pour les adversaires de la situation de fait.
Et puis, il y a tous ceux qui, en se montrant complices objectifs de cette situation de fait, ne favorisent pas la situation de droit. Ceux qui laissent faire, parce qu’ils ont besoin de travailler, d’envoyer leurs enfants à l’école. Ceux qui ont été usés par les longues semaines de tension, et dont la lassitude est la meilleure arme des autorités actuelles.
La partie est-elle donc perdue pour les opposants aux méthodes du Capsat ? On s’interrogeait dans ces colonnes, il y a quelques jours sur la majorité silencieuse. Celle-ci n’est-elle qu’une masse trouillarde, juste prompte à s’indigner brièvement, car composée de personnes disposées à prendre quelques proches à témoin pour retomber ensuite dans une passive torpeur, surtout si le cyclone Jade inonde la place de la Démocratie ?
Il est pourtant toujours aussi urgent de voir émerger dans ce pays un produit de nécessité encore plus première que l’huile alimentaire : une opposition politique organisée, responsable et lucide.
Pour que cette opposition soit solide, et n’en déplaise aux inconditionnels de Marc Ravalomanana, il faudra certainement qu’elle se structure non autour d’une personnalité ou contre une seule personne, mais autour d’idées. Par exemple :
sur une réconciliation nationale qui ne fasse pas l’économie d’un bilan des crimes économiques et des crimes de sang commis avant, pendant et après 2002 ;
sur les modalités pour aboutir à une véritable déconcentration des pouvoirs, déconcentration tant géographique que fonctionnelle ;
sur les moyens de défendre concrètement l’équité économique, politique et juridique dans le pays.
Pour cela, il faudra surtout suffisamment de citoyens qui aient la volonté de changer les choses de l’intérieur et ne se contenteront pas de l’attitude habituelle : dire « laissons les nouveaux dirigeants travailler, nous verrons bien », et continuer de simplement regarder, en restant bien prudemment sur le côté. Ce jusqu’à la prochaine explosion dont la mèche sera allumée par quelqu’un qui la veille encore était un illustre inconnu et se mettra soudain à chantonner d’une voix avinée :
si je serais président par hasard
nous on saura jamais,
seul dieu le sait
mais s’il mettra un connard au pouvoir
j’aimerai bien m’y voir
Samoela - Président





