S’il a été écrit dans l’éditorial d’hier que le pays était à construire, c’est que Madagascar regorge de situations absurdes. Au cas où l’on aurait tendance à oublier que de telles situations perturbent non seulement les esprits mais également les coeurs, le côté candide de certaines déclarations récentes remet les choses en place.
« Tu parles, Charles... »
Qui se serait attendu à ce que celui qui est aujourd’hui le lieutenant-colonel Charles Randrianasoavina ressente le besoin de commémorer aussi publiquement la mutinerie du Capsat du 8 mars 2009 ? L’on peut encore comprendre que l’homme et ses collègues soient intimement persuadés que cette mutinerie était ce qu’ils avaient de mieux à faire dans les circonstances de l’époque. L’on peut imaginer qu’ils aient ressenti le besoin de se réunir entre « frères d’armes » pour se féliciter d’avoir franchi ces épreuves et faire le point de la situation. Mais de là à convier la presse à ce pot d’amitié pour se répandre ensuite largement en confidences devant elle, il y a un énorme pas et l’on peut être enclin à penser que la plupart des journalistes présents n’en sont pas encore revenus de s’être vu ainsi offrir un tel scoop...
Enfin, scoop, on peut en discuter. Certains faits énoncés ne pouvant à l’heure qu’il est être recoupés ou démentis, on en aura surtout retenu les états d’âmes de quelqu’un qui a été placé dans un placard doré et surtout cette candeur que seule une écoute directe peut restituer.
Chacun vit assurément cette crise dans sa petite bulle mentale. Là où les uns voient un coup d’État violemment perpétré par des militaires, d’autres voient une saine réaction face à des abus et à une répression intolérable. Laissons aux générations futures et aux historiens le soin de faire la part des choses, mais admettons en tout cas que personne n’avait songé à commémorer bruyamment les anniversaires des sanglantes prises armées de Mahazoarivo et d’Andohanatandy en 2002, après pourtant la signature des accords de Dakar II.
« Pas vraiment dans le mille, Camille... »
Charles s’est-il fait tirer les oreilles après cette sortie verbale allant en contradiction des consignes de réserve données à tous les éléments des forces de l’ordre ? Même si ses propos peuvent sembler finalement plutôt creux, je le souhaite en tout cas (tout en préférant qu’il ne vienne pas me pourchasser...), et dans la même logique, je ne trouve rien d’anormal à ce que le Premier ministre Camille Vital ait ressenti le besoin de remonter certaines bretelles au sein de la Gendarmerie, surtout après les nombreuses sorties médiatiques des hommes de la FIGN.
Mais quelle idée a donc prise le Premier Ministre de réaliser cette remontée de bretelles devant la presse ? Puisque les propos visaient clairement les militaires jugés trop bavards, était-il nécessaire de les formuler devant la presse qui dans le cas présent, ne peut être aucunement accusée d’être allée fouiller dans les poubelles de l’armée ou d’avoir déformé les propos complaisamment prononcés ?
« Un peu gros, Magro... »
Les propos en l’air ne sont pas l’exclusivité d’une seule partie. Fetison Rakoto Andrianirina a déclaré que dans le conflit entre la Chambre de Commerce d’Antananarivo (CCIA) et le groupe Tiko sur le terrain d’Ankorondrano, les droits à la défense de Tiko n’ont pas été respectés. Pour qui est réellement légaliste et a été confronté à des affaires similaires, que le tribunal de Commerce ait jugé avoir suffisamment d’information pour trancher n’a rien d’étonnant. Car Tiko a commis une erreur de débutant : si elle estimait que la demande de relèvement du loyer (pourtant très modique) demandé par la CCIA n’était pas justifiée, elle aurait dû au minimum continuer à payer les loyers antérieurement convenus. En refusant purement et simplement de payer, elle donnait, au vu des textes et de la jurisprudence constante, un argument en béton à la CCIA.
Le pire, c’est que tout ce petit monde est certainement persuadé d’être de bonne foi. Voilà bien de quoi décourager tous les arbitres. Et, comble du paradoxe pour un organe de presse, des raisons pour nous d’inciter les hommes « politiques » à tourner un peu plus leur langue dans la bouche avant de l’ouvrir.





