Annus horribilis. 2009 a été une année riche de promesses, et malheureusement, elle le restera : cette paraphrase du général de Gaulle illustrera le sentiment d’amertume légitime. Car en Décembre 2008, on s’attendait à une grande année 2009. Milieux diplomatiques, économiques, touristiques préparaient le sommet de l’Union africaine, prévu pour Juin 2009. On avait demandé aux opérateurs d’investir dans cette perspective, et plusieurs s’étaient endettés. Dans la perspective de l’AGOA, les entreprises textiles se préparaient à mettre les bouchées doubles pour démontrer qu’elle méritaient la reconduction de cet accord. Les taux de croissance économique depuis plusieurs années successives encourageaient les investissements nationaux et internationaux. Contrairement à d’autres pays où des émeutes de la faim avaient eu lieu, les mesures prises par le Gouvernement Rabemananjara alliées à une bonne récolte avaient évité au pays le spectre de la crise alimentaire.
Mais, car il y a un mais. Le Président Ravalomanana, emporté par un autisme croissant, a accumulé les erreurs, sur lesquelles nous ne nous attarderons pas. Aussi bien dans le domaine de la gouvernance démocratique (tentative de mise sous l’éteignoir de l’opposition), de la gouvernance économique (conflits d’intérêts au sujet du groupe Tiko), ou dans des choix hasardeux (Air Force One 2) dont certains n’étaient pas nécessairement mauvais a priori, mais auraient mérité un véritable débat préalable et surtout plus de communication (Daewoo). Les erreurs de l’ancien Président ont donc été l’arbre qui cache la forêt de ses réalisations, et ont été habilement mises à profit par les aigris, les frustrés, les éternels bolcheviks, mais aussi les opposants de la première heure. On connait le résultat.
Et on connait également le résultat du résultat. L’héritage Rajoelina est on ne peut plus discutable, qualitativement parlant. Faillites de centaines d’entreprises ; chômage de dizaine de milliers d’employés, qui va s’empirer avec la perte de l’AGOA, perte du sommet de l’Union africaine et de la Francophonie qui représentaient des bouffées d’oxygène pour plusieurs secteurs de l’économie, fractures ouvertes au sein de la société ; dangereux phénomène de clanisation au sein de l’armée à cause d’une mutinerie sacrilège dont les effets pervers ont exacerbé une situation déjà délétère depuis les années Ratsiraka ; Madagascar qui passe pour le bouffon number one vis à vis de la communauté internationale. On peut rallonger la liste, mais sans véritable intérêt, car la dérive du pays est déjà visible comme le nez au milieu de la figure. Tout comme l’évidence de la responsabilité de Andry Rajoelina, qui a choisi d’embarquer le pays dans un putsch hasardeux, manipulé par divers intérêts nationaux et étrangers, le tout dans un contexte international économique et financier défavorable.
Ainsi, avec le recul, sur les principaux aspects de la vie nationale et internationale, Madagascar avec Ravalomanana en 2008 se portait cependant mieux que Madagascar avec Rajoelina en 2009. Et quand on écoute certains discours des griots hâtifs actuellement, il semble qu’il y ait non seulement un déni de leur part de responsabilité, mais une tentative malsaine de rechercher les boucs émissaires.
Pour certains esprits chagrins et fantasques, la faute de la situation actuelle reposerait sur le GIC, qui a voulu associer les quatre chefs de mouvance dans une sorte de mariage impossible de la carpe et du lapin. Pour d’autres encore, ce serait la faute de Marc Ravalomanana qui tenterait de s’accrocher après avoir pourtant remis les pleins pouvoirs à un Directoire militaire. Sur ce dernier point, il y a deux faits qui doivent être rappelés. Primo, en remettant les pleins pouvoirs, Marc Ravalomanana n’a pas démissionné ; tout comme Philibert Tsiranana, qui était resté encore Président de la République après avoir remis les pleins pouvoir au Général Ramanantsoa le 18 Mai 1972. Secundo, dès la fin du mois de Janvier, Andry Rajoelina avait annoncé sa volonté de prendre la tête d’un pouvoir de transition, et s’était même permis de nommer un Premier ministre le 7 février, baptisé dans le sang des victimes d’Ambohitsirohitra. Tous ces éléments, associés à la foule manipulée et ses effets pervers (pillages etc.) ont peu à peu fait monter la pression, avec l’aide de chroniques incendiaires sur la radio des 12 collines. Les braiements cycliques qui tentent donc de faire croire qu’il y a eu démission de Ravalomanana de son plein gré sont non seulement de la mauvaise foi manifeste, mais aussi de l’amnésie. Car ce serait oublier la mutinerie et les actions qui ont suivi : attaque du Palais d’Ambohitsirohitra, tirs d’intimidation au mortier à Iavoloha. Tertio, Ravalomanana a déjà eu la sagesse d’accepter de ne pas participer à la gestion de la Transition, et on se demande donc sur la foi de quoi on l’accuse de s’accrocher, et à quoi.
En fait, les mêmes esprits chagrins, si esprits il y a, auraient sans doute souhaité que les partisans de Marc Ravalomanana ou les opposants au coup d’Etat acceptent celui-ci sans broncher, et courbent l’échine devant les putschistes. Autrement dit accepter les diktat, les faits du prince, les chapelets de hi han hi han, et surtout, s’abstenir de critiques, en vue d’aider par un beau mouvement collectif de solidarité le pouvoir de Transition à voguer tranquillement sur une mer calme vers la fameuse quatrième République. Cela serait noble, mais il faudrait alors faire abstraction avec la plus mauvaise foi possible du fait que ce pouvoir a été volé, qu’il n’a aucune filiation Constitutionnelle, et qu’il est donc normal et légitime qu’il génère autant de rancoeur et de résistance.
Or, les supporters du putsch basent leur raisonnement sur une escroquerie mentale, celle de prétendre que le changement a été voulu par le « peuple Malgache ». Ce serait user du terme un peu à tort et à travers, sur la base d’une place publique remplie d’au maximum xxxx personnes (voir les calculs d’un de nos premiers éditos). Sauf si par magie, les 19 millions de malgaches y ont été visibles et comptabilisables, ou à la rigueur les xx millions d’électeurs. Parler de volonté du peuple pour justifier ce coup d’Etat, c’est donc non seulement un abus de langage, mais surtout une arnaque.
La préparation du futur commence par une bonne perception du passé. C’est la raison pour laquelle nous avons proposé cette rétrospective. Car il semble donc que beaucoup n’ont toujours pas compris les fondements de la crise actuelle, d’où leur entêtement dans un autisme coupable qui les rend incapables d’en percevoir correctement les tenants et aboutissants. Comment alors s’étonner de voir certains croire encore qu’ils sont des envoyés divins pour sauver ce pays, tandis que d’autres depuis le mois de mars annoncent leur retour, comme le Christ ?
Comprendre le passé pour appréhender l’avenir. Comment en sommes-nous arrivés là ? Il s’agit en fait d’une succession de faillites. Faillite du vahoaka, qui accepte de servir de marchepied à une vengeance quelque part légitime, et associée à une ambition démesurée. Faillite d’un système politique basé sur des pratiques tordues depuis le retour à l’Indépendance en 1960. Faillite d’un système de relations sociales à cause d’interférences mal gérées avec la mondialisation, et qui font qu’à la bourse des valeurs, celle de ray-aman-dReny et celle du Fihavanana sont en pleine déconfiture.
Un bon diagnostic de la situation, de ses causes et des responsabilités n’est cependant utile que dans la perspective d’une solution. Or, au stade actuel, seul Andry Rajoelina détient la clé de la solution, qui s’appelle marche arrière de ce processus unilatéral pour revenir à un consensus politique, et éviter que la situation ne s’empire. Les indicateurs passent l’un après l’autre au rouge, et la pire extrémité qu’est la guerre civile est en train de quitter le domaine de l’éventuel pour s’approcher du possible, dont la frontière ne se trouve pas très loin du probable. Et ce n’est pas ces élections à la mauritanienne qui vont résoudre la crise.
Les chômeurs ne sont-ils pas suffisants, pour vouloir encore en plus des morts ?






