Afin de prévenir toutes mauvaises communications des déclarations du président de la Haute autorité de transition, le service communication de la Présidence a diffusé auprès de toutes les rédactions, dont la nôtre (ce dont celle-ci lui est reconnaissante), une synthèse du point de presse que le président de la HAT a donné en fin d’après-midi de ce vendredi 28 mai. Nous reproduisons ci-après cette synthèse.
« Le Président de la Haute Autorité de la Transition a réitéré, lors d’un point de presse ce jour, que le pays s’apprête à construire son avenir. Dans ce cadre, il a exprimé sa pleine reconnaissance aux « Raiamandreny » qui, de par leur patriotisme, ont décidé de prendre leurs responsabilités devant la Nation.
Ainsi, SEM Andry Nirina Rajoelina a confié que dans un souci de neutralité, il échoit aux « Raiamandreny » de diriger le prochain Dialogue national dont l’organisation a été confiée entièrement à la société civile. En effet, dépositaires de la connaissance du passé national, ils sont à même d’y réfléchir dans le but de construire un avenir meilleur.
« Les Malgaches aspirent au développement dans la sérénité et dans l’unité », a avancé le Président de la Haute Autorité de la Transition. En conséquence, « nous devons élaborer une Constitution et des institutions meilleures ». SEM Andry Nirina Rajoelina a réitéré que la future Loi fondamentale sera définie suivant l’intérêt de l’ensemble des Malgaches et non celui des dirigeants. D’autant que l’un des problèmes majeurs du pays au cours des cinquante dernières années a été la volonté des dirigeants successifs d’indexer les Constitutions sur leur propre intérêt. « En conséquence, le peuple ne s’y reconnait pas », a avoué SEM Andry Rajoelina.
Lors de ce point de presse, il a affirmé sa confiance dans la capacité des « Raiamandreny » à conduire les futures discussions et croit que les Malgaches sont à même de construire un pays ouvert sur le développement.
En outre, le Président de la Haute Autorité de la Transition croît dans la capacité du pays à se développer. « Pendant une année, nous avons vécu sans aide extérieure. Néanmoins, nous avons pu gérer le pays convenablement. Actuellement, grâce à la coopération et aux investissements de nos amis Chinois, Madagascar a pu bénéficier d’énormes revenus ». Il a promis que la gestion de ceux-ci sera faite en toute transparence. D’ailleurs, SEM Andry Rajoelina a souligné que désormais, Madagascar pourrait se doter d’infrastructures modernes, suivant les besoins des Malgaches et pour la génération future.
« Nous allons élaborer une meilleure Constitution, une gestion transparente de l’État et un projet de société. Afin d’y parvenir, j’ai décidé, lors de ma déclaration du 12 mai 2010, de ne pas me présenter aux futures élections présidentielles. J’ai décidé de me consacrer à ma fonction de Président de tous les Malgaches et d’œuvrer pour leur bien. Je ne suis plus le Chef de file de la mouvance Rajoelina qui n’existe plus », a affirmé SEM Andry Rajoelina.
« Ensemble, nous allons réaliser le changement tant voulu et revendiqué par tous les Malgaches », a-t-il ajouté. (Fin de citation)
Une décision « unilatérale » de plus ?
Les détracteurs de la HAT ne manquent pas d’arguments d’autant que la ficelle semble trop grosse pour passer inaperçue. Primo, aucune des feuilles de route de sortie de crise que le président de la HAT a proposé n’a été observée et les raisons apportées par la présidence n’ont pas convaincu. De plus il n’y eut aucune explication des non respects de la totalité des résolutions prises lors des assises dont les processus n’ont même pas été conduits à terme, et la non tenue du dialogue national prévu se tenir le 27 mai dernier n’a même pas été explicité. Et voici une autre stratégie de sortie de crise. Où veut-on en venir ?
Le 12 mai, Andry Rajoelina a déclaré qu’il ne se portera pas candidat à la prochaine présidentielle ; mais il va conduire la transition jusqu’à l’avènement de la 4e République. Ce 28 mai, il accueille le comité des « Raiamandreny Mijoro » conçu par la Coalition des sociétés civiles – du moins pour l’instant d’une partie non négligeable des sociétés civiles, pour leur confier l’organisation et la conduite de ce dialogue national ou de cette autre rencontre nationale. Ce comité est né le 26 mai si l’on en croit le communiqué (voir Tribune libre par ailleurs : FANAMBARANA), puis il est présenté à la presse le lendemain ; et le surlendemain, il est reçu en audience au palais d’Iavoloha. La rencontre a duré 2 h 30 mais à huis clos, à l’abri des oreilles et des yeux de la presse. C’est en début de soirée de ce vendredi 29 mai qu’un point de presse a été donné par Andry Rajoelina seul à Ambohitsorohitra à ce propos.
Pour reprendre les commentaires de quelques forumistes sur Tribune.com de l’édition d’hier, qui rejoignent les réactions des partisans des trois mouvances sans que nous puissions affirmer des liens d’affiliation, c’est une décision « unilatérale de plus » car la coalition des organisations de sociétés civiles en question est truffée de personnalités dont la neutralité est douteuse, de même que la composition de ce comité de « Raiamadreny Mijoro ». L’âge ne signifie pas automatiquement sagesse ou réceptacle des valeurs morales du fihavanana. Et des forumistes critiquent la qualité dont ces « Raiamandreny Mijoro » se prévalent ; ils les soupçonnent d’autoproclamation ou d’usurpation de qualité et rappellent les qualités de Guy Willy Razanamasy pour démontrer à contrario leurs points de vue. De notre côté, nous nous souvenons qu’aux tous débuts de la crise, un comité des sages a été constitué dans lequel avaient figuré un certain Pr. Albert Zafy ou un certain Général Désiré Philippe Ramakavelo. D’autres réactions auraient aimé que ce comité de « Raiamandreny Mijoro » ait au moins une certaine représentativité de la majorité des populations qui pratiquent les religions traditionnelles, car la population chrétienne et musulmane n’est pas la population malgache. Une majorité relative de Malgaches vit quotidiennement dans les pratiques ancestrales ou les religions traditionnelles. Cette autre majorité consulte quotidiennement d’autres sages, d’autres raiamandreny ou des « mpimasy » comme les universitaires les appellent.. Cette majorité relative de la population malgache ne semble pas significativement représentée dans ce comité (voir liste des « Raiamandreny Mijoro) ; or c’est peut-être aussi un des aspects de la majorité dite silencieuse ou oubliée à laquelle faisait référence un éditorial précédent dans Tribune.com.
Plus rationnelle, une frange de citoyens critiques évoque le caractère partisan de ces « raiamandreny » critiqués pour leur long mutisme ou leur opportunisme et les moyens dont ils disposent pour conduire leur projet car, finalement, ils vont dépendre de l’exécutif dans la mise en œuvre de quoi que ce soit. Malgré que Andry Rajoelina se soit déclaré « raiamandreny de tous les Malgaches », il demeure aussi le chef de l’exécutif et il ne peut donc par définition être complètement neutre.
Bref, et tout en reconnaissant que les mêmes critiques peuvent s’appliquer à la médiation internationale pilotée par Joachim Chissano, l’initiative ne convainc pas complètement malgré toutes les déclarations de bonnes intentions. La décision du syndicat des magistrats de Madagascar (SMM) de se désolidariser de toutes nouvelles initiatives de la HAT conforte les appréhensions de nombre de citoyens et acteurs de la vie politique. Le président et le secrétaire général du SMM, à l’issue d’une assemblée générale extraordinaire ont lu un communiqué dans lequel le SMM déclare que les magistrats ne répondront plus favorablement aux sollicitions du pouvoir et ne cautionnera plus toute nouvelle collaboration d’un de ses membres avec le pouvoir. La raison est simple : les promesses d’indépendance de la justice sont loin d’être mises en œuvre et bien d’autres revendications ne sont pas encore satisfaites. C’est quelque part dire le crédit que le SMM accorde à ce pouvoir.




