Les sanctions sont donc tombées. Et on serait tenté de dire à Camille Vital, certes, ce n’est pas la fin du monde, mais c’est quand même la fin d’un monde.
Un monde où les pays africains faisaient mine de ne pas voir l’intervention de militaires dans la vie politique malgache. Une intervention de plus en plus visible dans les basculements survenus depuis 1972. L’armée est passée progressivement d’un rôle de récepteur (1972) à celui de décideur par sa passivité (1991), passivité qui a favorisé l’éclosion de groupuscules violents à sa marge ou en son sein (1991, 2002 et 2009). Cette évolution était tout simplement devenue insupportable.
Dans son excellent éditorial d’hier, Ndimby relevait à juste titre que la HAT devait reconnaître qu’il y avait eu Coup d’État, et qu’elle devait se rendre compte qu’elle doit faire amende honorable en partageant le pouvoir.
Dans le même esprit, le camp Ravalomanana doit aussi reconnaître que ses agissements en 2002 et en 2009 rendent extrêmement difficile la résurrection d’un climat de confiance sans reconnaissance publique de ses torts. C’est après la signature des accords de Dakar en avril 2002 (on relira avec intérêt la liste des personnes ayant participé à cette négociation) qu’il y eut les assauts de Mahazoarivo et d’Andohanatandy, et la levée de cette troupe de miliciens pudiquement appelés « réservistes ». En février 2009, c’est également après l’ouverture des négociations du Hintsy que Marc Ravalomanana a choisi l’option de la répression militaire, option qui était sur le point de réussir jusqu’à ce que le Capsat ne se rebelle.
Discutant il y a environ dix mois avec une partie de l’équipe de médiation internationale, j’avais noté cette petite phrase : « nous suspendons les négociations un petit temps, le temps que les malgaches réfléchissent. Le temps que la mouvance Rajoelina réalise qu’elle ne peut réaliser seule une transition qui sera reconnue par la Communauté Internationale. Le temps aussi que la mouvance Ravalomanana réalise que l’option militaire n’est pas une solution viable ».
Les événements et réactions d’hier ne convainquent pas vraiment que les attitudes mentales des deux parties aient réellement évolué depuis.
Hier également, déclarant qu’aucune partie unilatérale n’est capable de résoudre la crise à elle seule, Ramtane Lamamra disait espérer que les sanctions auront pour effet d’encourager la sagesse. Cela serait possible s’il n’y avait pas le problème fondamental de confiance mutuelle que j’ai soulevé supra.
On peut être parfaitement convaincu que les sanctions ne sont nullement un mythe, tout en pensant que c’est un mythe de croire que celles qui ont été décidées hier changeront la situation autrement que sur un plan symbolique.
De bonnes sanctions seraient celles qui affecteraient durement les personnes facteurs de blocage sans affecter la population. Mission impossible, digne d’une fiction hollywoodienne, que ni Peter Graves, acteur récemment décédé, ni Tom Cruise, ne se sont jamais vu proposer.
Les sanctions sont ciblées sur les dirigeants ? Demandez à un sinistré du cyclone Hubert s’il y avait beaucoup de dirigeants parmi les victimes potentielles. Il n’empêche que, sans même que l’on prononce officiellement le mot « sanctions », il n’avait plus été possible de pré-positionner des stocks pour faire face à une possible catastrophe.
Résultat : en ce 17 mars [1], on en était réduit à se lamenter que certains putschistes pourraient avoir l’immense impudeur de présenter l’appui des autorités américaines et françaises aux opérations de secours comme une reconnaissance du caractère incontournable des autorités en place.
Bon, pour l’Union africaine, ça ne changera pas grand chose, me direz-vous... Réduire une coopération proche de zéro est mathématiquement impossible. Le débat sera donc reporté auprès de l’Union Européenne et de l’ONU, et là, compte tenu des aversions respectives des uns et des autres vis-à-vis des deux acteurs principaux, je vous laisse parier sur l’issue [2].
Les sanctions peuvent-elles viser toutes les personnes facteurs du blocage actuel ? Encore faudrait-il être capable de les identifier avec certitude... Des têtes de mules, il y en a quelques unes que l’on peut facilement identifier ; mais des individus qui, sous des dehors exquis et affables, sont en fait aussi butés, on n’en manque pas non plus. Je me permets de douter que l’UA, l’UE ou l’ONU arriveront jamais à distinguer le bon grain de l’ivraie... Pour ma part, je ne m’en sens pas non plus vraiment capable. Et s’il s’agit de geler les avoirs extérieurs de nos hommes politiques, il est probable que ceux-ci sont déjà bien planqués depuis longtemps et que leur répartition entre les mouvances illustre bien l’unique caractère inclusif et consensuel de la situation actuelle...





