[1] Il n’y avait plus grand suspense autour de la deuxième rencontre Ravalomanana-Rajoelina, sauf peut-être sur le lieu précis. Comme s’ils partageaient le pessimisme de nombre d’observateurs et ne souhaitaient pas investir plus que de raison, les organisateurs ont finalement opté pour la solution la plus pragmatique au vu des facteurs temps et argent : ils ont choisi un hôtel de la capitale seychelloise Victoria plutôt que l’idyllique îlot Desroches.
Au vu des déclarations des derniers jours, les informations sur l’échec de cette tentative de médiation n’ont pas vraiment surpris. Le signe le plus évident des difficultés a été que les échanges ont eu lieu de manière indirecte pendant la quasi-totalité de la journée ; la présence en tant que médiateurs des présidents seychellois James Michel et sud-africain Jacob Zuma, deux chefs d’États dont l’autorité régionale est pourtant reconnue, n’a clairement pas suffi à faire bouger les lignes dans les deux camps. En fin de journée, la rencontre directe entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina ne durait qu’une demi-heure, et le président de la Transition était prompt à confirmer à l’AFP qu’il n’y avait pas eu d’accord.
Des deux protagonistes, Andry Rajoelina était indubitablement celui qu’un échec et le maintien du statu quo dérangeait le moins. Les antagonismes étant focalisés sur l’ambition de l’ancien Président Marc Ravalomanana de se présenter aux futures élections présidentielles, une situation où ce dernier reste de facto bloqué en Afrique du Sud ne peut être perçue que comme allant dans le sens des intérêts des tenants du pouvoir. Le temps joue désormais davantage contre Marc Ravalomanana que contre Andry Rajoelina, car la machine électorale est lancée. Même si ses premières activités privilégierons les agences multilatérales et les ONGs plutôt que les organismes gouvernementaux, le fait que l’Union européenne ait annoncé la reprise de sa coopération avec Madagascar ne fait que confirmer un appui clair au calendrier électoral élaboré par la CENIT. Et ce, faute d’autres solutions.
Si d’ici au sommet de la SADC du 17 août, les deux antagonistes devaient camper sur leurs positions (et rien ne laisse présager qu’il pourrait en être autrement), l’organisme régional sera contraint, pour garder un semblant de crédibilité, de rendre un peu moins abstraites les menaces de sanctions qu’il avait agité. La candidature de Marc Ravalomanana étant de fait compromise, la SADC pourrait en passer par une déclaration demandant expressément à Andry Rajoelina de ne pas se présenter aux élections. Il reste à voir si une telle déclaration serait effectivement suivie d’effets.
Bien avant que la formule oratoire « Ni... ni... » ne devienne à la mode, avant même l’invention du sigle TSZ3R [2], nous écrivions ceci (19 juin 2009 :
Un compromis qui a été proposé par un lecteur serait de ne pas procéder à une amnistie, mais de spécifier que tous les jugements et actions judiciaires ayant des connotations politiques seraient suspendus jusqu’à ce que les élections soient passées et que les conditions d’un jugement serein par une justice indépendante soient réunies (ce qui risque de demander beaucoup de temps...). Si l’idée paraît de prime abord séduisante, la possibilité d’avoir un Président de la République en fonction être obligé de se présenter à la barre d’un tribunal a de quoi faire se dresser les cheveux sur la tête de ceux qui souhaitent un rétablissement de l’autorité de l’État.
La deuxième solution a été suggérée par la communauté internationale lors des entretiens du Carlton, mais elle a déjà été rejetée par les quatre entités. Pour l’avenir à long terme du pays, les choses seraient sans doute plus saines si les trois anciens chefs d’État et les dirigeants de la Transition avaient accepté de ne pas se présenter aux élections présidentielles.
Il faut reconnaître à Andry Rajoelina le mérite de s’être montré ouvert à cette possibilité. Il semble que les propos tenus devant les représentants de la communauté internationale aient été très explicites, mais que les fuites prématurées sur cette possibilité l’aient mis en porte-à-faux vis-à-vis d’une partie de sa mouvance. Attitude hypocrite ou effet d’une authentique bourde de communication ? Aujourd’hui, il esquive soigneusement la question de sa candidature ou non-candidature. Si elle avait été suivie par d’autres, une non-candidature clairement affirmée aurait eu le mérite de sensiblement dépassionner le climat.
Sans se faire trop d’illusions, plaidons donc pour qu’on explore à nouveau cette possibilité, et qu’en échange d’une large amnistie, nos dirigeants actuels et passés acceptent de prendre un peu de recul. Il n’est peut-être pas trop tard pour que l’opinion publique ne perçoive pas l’amnistie, non comme un nécessaire désastre imposé par une classe politique la prenant à nouveau en otage, mais comme un authentique acte de pardon.
On arrive donc à cette solution, mais l’on ne peut que regretter que le recul sera imposé aux intéressés et non pas volontaire de leur part.







