Des journalistes s’essayent pour la solidarité. Ce vendredi 15 mai, ils se sont donnés rendez-vous pour rencontrer le ministre de la Haute Autorité de Transition (HAT) en charge de la Communication et lui remettre leurs doléances consignées dans une résolution. Le ministre Gilbert Raharizatovo n’étant pas dans la capitale, ce fut le secrétaire général de ce ministère qui a accueilli la délégation des journalistes et reçu de ses propres mains la résolution. Parmi les doléances des journalistes, la libération d’Evariste Ramanantsoavina, la liberté de la presse et l’exercice en toute sécurité et dans la sérénité du métier de journaliste. Plus clairement, la recherche de protection en toutes circonstances et en tout lieu dans l’exercice du métier.
Ensuite ces gens de la presse de toutes les expressions et de toutes les rubriques ont observé un sit-in devant le tribunal à Anosy pour contester l’incarcération d’un des leurs et en signe de solidarité avec le journaliste Evariste Ramanantsoavina dont le verdict sera rendu ce mercredi 20 mai.
Promesses et suggestions
En réponse à leurs doléances, les journalistes ont reçu des promesses et des propositions. Un débat d’idées télévisé avec les entités impliquées dans le métier, dont les patrons de presse, est sollicité dans les plus brefs délais – avant le mercredi 20 mai, précise le secrétaire général du ministère. Il a aussi promis de faire part au ministre des doléances des journalistes tout en indiquant que le ministère n’a pas porté plainte contre le journaliste qui n’ait pas trait aux fonctions du journaliste contrairement aux autres entités. En quelque sorte le ministère ne peut rien faire si les chefs d’inculpation ne relèvent pas de la presse.
Ce n’est pas la première fois que des essais de solidarité sont entrepris et ce n’est pas la première fois qu’une telle tentative fait face à des voix discordantes. Serait-ce la nature des journalistes de Madagascar ? C’est la démocratie et le pluralisme d’opinion. En tout cas, il y a trois courants qui se sont dégagés ces derniers temps depuis la célébration de la journée mondiale de la presse du 3 mai 2009. L’idée de consolider la solidarité entre ce qu’on appelle plus généralement les journalistes, a pris naissance lors des préparatifs de cette journée mondiale au Motel à Anosy. Cependant l’idée de « réconciliation » envisagée n’a pu être concrétisé faute de journalistes « à réconcilier », c’est-à-dire en l’absence des principaux concernés. Lors de cette journée du 3 mai 2009 au Motel, la revue du Code de Communication a été relancée.
L’affaire du journaliste Evariste Ramanantsoavina a mobilisé de nombreux journalistes et confirmé les trois courants qui étaient encore assez diffus au Motel Anosy. Ces trois courants d’idées cependant sont unanimes à revendiquer l’adoption du Code de Communication mais divergent sur les autres sujets conjoncturels. Ces trois courants sont les suivants : - il faut d’abord réconcilier les journalistes, c’est la priorité, - pourquoi cette mobilisation pour la cause Evariste sous couvert d’une recherche de cohésion, - laisser la justice faire son boulot. En somme des idées disparates mais qui traduisent l’instabilité dans la corporation. Et c’est ce qui justifie d’ailleurs cette recherche de protection auprès de l’Etat considéré comme « raiamandreny ».
Incompréhensible coup de gueule
La presse de Madagascar a plus de cent ans, c’est la doyenne parmi les institutions républicaines de Madagascar. Les journalistes en sont-ils conscients ? La presse de Madagascar ne devrait pas quémander protection auprès de quiconque. D’ailleurs pourquoi tous les politiques successifs de n’importe quel bord, toutes les institutions se précipitent-elles de constituer chacune leur pool de journalistes sinon leur cabinet de communication ? pour ne pas dire que tous veulent avoir leurs journalistes ou les journalistes dans leur camp.
A son âge, la presse de Madagascar ne peut être que le « raiamandreny » de tous dans ce pays qui a adopté la République et qui a renoncé à la Royauté. La presse de Madagascar n’a pas de « raiamandreny » autre que le « fokonolona », institué par Andrianampoinimerina, réorganisé et utilisé par les colonisateurs, repris par la République jusqu’à aujourd’hui sous une autre forme, après avoir été mis en valeur par le colonel Ratsimandrava.
C’est à croire que la presse de Madagascar date d’hier lorsqu’elle demande protection à tout ministère, comme les régions encore dépourvues de chefs et qui réclament leur « raiamandreny », ou comme ces « légalistes » qui réclament leur « Dada », ou ces nouveaux gouvernants qui aiment entendre qu’on les qualifient de « raiamandreny ». La presse et le journaliste ont leur éthique et leur déontologie. Ils ont aussi leur charte et l’observation de ces outils de travail suffisent largement à protéger le journaliste.
Quoi qu’il en soit, il est vrai que la protection physique doit être arrachée auprès de l’Etat s’il ne l’offre pas car c’est son devoir face à la fonction d’utilité publique qu’exerce la presse dans un pays qui se dit et se veut démocratique.




