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Antananarivo | 07h12
 

Portrait

Asmine Ramahakotroka

Un modèle de « campagnarde » battante

samedi 22 mars 2014

À 27 ans, cette jeune dame est la patronne de deux entreprises qui évoluent dans le domaine des placements de gens de maison pour l’une et dans la sécurité pour l’autre. Née dans une famille de paysans entrepreneurs d’Ambatolampy dans la région Vakinankaratra, Asmine Ramahakotroka est la cadette parmi les cinq frères et sœurs de la famille Augustin Ramahakotroka, bien connue à Ambatolampy pour être les premiers dans la fabrication de marmites, de baby-foot, de jeu de billard et d’articles de fonderie.

Très dynamique et d’un esprit très vif dès son jeune âge, Asmine manifestait une volonté d’autonomie à exercer des activités rémunératrices pour être indépendante. Dès l’âge de 14 ans, sans même avoir son BEPC, elle « se débrouillait » pour se faire de l’argent. Elle raconte. « J’éprouvais un besoin de m’affirmer et de vivre de manière indépendante sans aide comme un grand. Imaginez un peu avec mes petits scoubidous de l’époque, je venais avec mes petites économies faites sur l’élevage de porcs que j’entretenais, acheter des chaussures de fabrication chinoise à Antananarivo et je les revendais en porte-à-porte à Ambatolampy à 12 000 ariary la paire ». Tout en poursuivant ses études et avec deux autres collégiennes, Asmine s’obligeait à un travail nocturne. Elle a commencé à coudre des couvre-lits avec des motifs fait-main qu’elle réussissait à vendre à un prix fou : 120 000 ariary la pièce. En un mois déclare-t-elle toute fière, elles ont réussi à fabriquer et à écouler huit (8) couvre-lits.

En tout cas, Asmine faisait ces petits métiers à l’insu de son père qui l’a surprise une première fois avec un sac à dos sous son capuchon et ses scoubidous, en train de vendre des chaussures au porte-à-porte. « Mon père m’avait grondé surtout parce que cela ne faisait pas honneur à la famille ; « fa manala baraka », dit-elle. Cela ne l’a pas empêché de décrocher son BEPC et de chercher d’autres activités qui lui procurent de l’argent ; car elle explique que c’est vraisemblablement dans le sang que ça se passe. La seconde fois qu’elle a confondu son père dans une colère paternelle, c’est lorsqu’elle a pris avec la complicité de leur chauffeur, le volant d’une camionnette pour se rendre dans les rizières apporter les repas des repiqueuses à Andavabato, dans la banlieue d’Ambatolampy, précise-t-elle. Il n’est pas rare qu’Asmine étonne par ses comportements d’aventurière pour une fille : elle monte à moto et pas des mobylettes mais des motos cross tout terrain. Elle adore se mettre au guidon de grosses cylindrées et prend beaucoup de plaisir à conduire les véhicules, des grosses voitures de luxe, genre Starex, aux « Boeing », voire les gros camions. Asmine joue aussi du piano et elle accompagne souvent les chants au temple FJKM Philadelphia Ambatolampy.

Un dur apprentissage

Après son baccalauréat, elle emménage à Antananarivo où ses parents l’ont placée chez des membres de la famille avec un de ses frères. Mais très vite, Asmine se sentait étouffée, trop habituée à être libre. Elle préférait sa petite baraque d’Ankazomanga que ses parents louaient à l’époque à 50 000 ariary le mois. Elle était attachée à sa liberté malgré les privations, l’austérité et l’insalubrité qu’elle découvre des bas quartiers ; çà a été très dur avoue-t-elle mais c’était le défi à relever pour réussir à préserver cette liberté et à se faire sa place dans la capitale. Asmine s’imaginait la capitale comme si c’était Paris : ses grandes rues avec beaucoup de circulations, des lumières et de beaux jardins avec beaucoup d’attractions et beaucoup de boutiques avec des luminaires. Bref, le rêve ou la vision de n’importe quel jeune « campagnard » qui arrive dans une grande ville. Elle confie cependant qu’elle n’a pas été tentée par les dérives de la vie estudiantine des nouveaux citadins.

D’ailleurs elle n’a pas fait l’université ; elle a étudié l’anglais dans un établissement sis à Ambohijatovo Ambony et en même temps elle s’est inscrite à l’INTH. Son choix a été motivé par le principe toujours de se faire de l’argent grâce à la satisfaction des besoins les plus ressentis par le plus grand nombre. Elle a ainsi choisi la filière cuisine puis la pâtisserie ; disciplines dans lesquelles elle est diplômée. Asmine se rappelle de ses stages gratuits dans les cuisines de SOFITRANS à Ivato qu’il fallait rejoindre tous les jours à des horaires pas possibles et où toutes sortes de pressions sont monnaies courantes. Elle note cependant une satisfaction inoubliable car ses talents et ses performances en cuisine et pâtisserie lui ont valu le reconnaissance d’un nombre croissant de clients qui font appel à l’occasion à ses services. Elle s’était fait un nom de service traiteur à titre privé.

Ce qui a le plus étonné ses collègues de promotion de chez INTH c’est qu’après avoir décroché ses diplômes, elle avait décidé de prendre en main une petite gargote de ses parents confiée à une tante. Elle avoue que ses premiers pas dans la vie professionnelle ont été une vraie galère. Elle officiait dans une petite gargote aux murs délabrés et sombres sise à Ambondrona. Elle n’avait pas beaucoup de clients. Elle survivait parfois grâce à ses parents qui l’approvisionnaient en glaces. Mais grâce à de la persévérance (presque une année entière), grâce à la hargne (préparer les jus naturels jusqu’à minuit tous les jours), grâce à la foi chrétienne qui l’anime, elle s’est rendue compte qu’un des rares habitués de la gargote lui prodiguait des conseils comme quoi il faut réhabiliter et améliorer le local. Ainsi elle a vendu tous ses porcs pour les investir dans cette réhabilitation et dans l’embauche de main d’œuvre d’assistance et d’appui.

L’envol

C’est à ce moment là que le déclic pour l’ouverture d’une agence de recrutement lui est survenu, réveillant en elle l’instinct d’entraide et de solidarité envers les petites gens qu’elle fréquentait au quotidien à Ambatolampy. Avec son époux, qui s’est lancé dans l’importation de voitures de France, elle commençait à 24 ans, à créer l’agence de recrutement, de formation et de placement de gens de maison.

D’après Asmine, elle héberge les individus qui cherchent du travail, les nourrit, les blanchit et leur dispense des formations gratuitement. Quant au salaire, il est fixé à la suite de négociations entre le preneur et l’employé. Elle n’intervient pas dans le marchandage mais elle s’enquiert des nouvelles de manière périodique auprès des employeurs de la qualité des services et des comportements. Il en est de même avec les agents de sécurité qu’elle place auprès des ménages ou des sociétés qui lui font confiance.

Asmine est fière de ses activités et de la manière dont elle conduit ses deux entreprises. Elle s’épanouit car elle a trouvé les opportunités de traduire dans le concret son penchant d’humanisme. Elle n’a pas manqué de souligner à plusieurs reprises lors de notre entrevue qu’elle est toujours sur le terrain à contrôler ses agents de sécurité en plus du fait qu’elle leur fournit leur repas. Asmine n’a pas été tentée par les agences de placement à l’étranger. Elle est aujourd’hui la patronne de la société de placement AMBININTSOA qu’elle a créée à l’âge de 24 ans et de la société de sécurité et de gardiennage GS Pro ouverte à 26 ans, dont les sièges sont à Ambondrona - Antananarivo. Qui l’aurait cru quand on revisite sa vie et son parcours mais surtout ses origines « paysannes ».

Recueilli par Valis

23 commentaires

Vos commentaires

  • 22 mars 2014 à 09:30 | niry (#210)

    Bravo !!
    Mais qui dit entreprise de placement, dit aussi éthique et responsabilité ! En espérant que vous les assumiez quand les problèmes arriveront (pas de "moi pas responsable, moi pas coupable") et que tout soit fait pour que les personnes placées puissent être réellement défendues en cas d’exploitation par des employeurs payeurs et véreux. (Ca viendra forcément, hélas !
    Même s’il n’existe encore aucune vraie sécurité dans le travail à Mada, ny erikerika hono no mahatondra-drano..
    Bonne continuation ! Parcours impressionnant !

  • 22 mars 2014 à 10:23 | Rakotoasitera Fidy (#2760)

    Moi aussi je dis bravo

    Longue vie à vous madame Ramahakotroka

  • 22 mars 2014 à 12:26 | FAHJUNZI (#424)

    "NY MALAGASY, TSY ORY OLO-MANGA, FA ORY OLOM-BANONA". C’est très bien de souligner des réussites qui feront un modèle pour la suite des générations. "L’échec et la réussite" ne sont qu’à un centimètre d’intervalle. Il est à chacun de choisir le bon sens et le sens de la mesure pour pouvoir se situer. BRAVO jeune fille ! Je te souhaite "Bon Vent". Tandremo tsara fotsiny : "Hafa ny nianatra, hafa ny mahay". C’est de l’intérieur qu’il faut illuminer l’extérieur et non le contraire. On était tous nés "Idiots", mais il ne faut pas mourir "Imbéciles".

    • 22 mars 2014 à 13:05 | ratiarivelo (#131) répond à FAHJUNZI

      Salama e !!! Dia ho tonga @ny AVO indrindra o***** Fa indro kely : AOKA HO KETSA MAHAFEHY TENA****** Ka mitandrema Fa ny tany anie ka malama maina e**** Samy tsara Jiaby.

    • 23 mars 2014 à 20:47 | FAHJUNZI (#424) répond à ratiarivelo

      Pour utiliser vos talents, il vous faut commencer par vous débarrasser de tous les boitements du perdant que vous puissiez avoir. L’honnête homme remonte sa pente, l’homme vulgaire la descend. La vie est un danger et le risque 0 est nul. Il faut comprendre qu’entre la naissance et la mort, par choix et par entraînement, chacun devient ce qu’il veut devenir. Je n’ai jamais rencontré une femme qui ait donné naissance à un succès ou à un échec. C’est toujours un garçon ou une fille. Aucun de nous disait : "J’ai fait de moi un(e) raté’e). Quelle que soit notre place dans la vie, on peut construire de solide. Savoir prendre le risque. Apprendre à éviter les dangers. Si l’on ne fera rien car il y a danger, il faut lire à son épitaphe ceci : "R... né en 1980- mort en 2000 enterré en 2014.

  • 22 mars 2014 à 12:56 | jansi (#6474)

    Les malamaheads ont généralement cet esprit d’entreprise. C’était aussi les cas de DJ et de r8. Ils auraient du rester dans leur domaine de compétence. Ils auraient alors fait des émules.
    Hélas, le virus du pouvoir politique les ont piqués. Espérons que Asmine saura poursuivre le chemin de l’entrepreneure quelle s’est trace. Espérons que les jeunes tanindrana s’en sortent de la même façon, car devenir salariés de l’administration comme ils ont tendance a le vouloir, n’est pas la voie.

    • 22 mars 2014 à 13:22 | Jacques (#434) répond à jansi

      " Espérons que les jeunes tanindrana s’en sortent de la même façon, car devenir salariés de l’administration comme ils ont tendance a le vouloir, n’est pas la voie. "

      Jansi, faites gaffe car j’en vois déjà "un" qui n’est pas du tout content quant à votre assertion.

    • 22 mars 2014 à 13:35 | che taranaka (#99) répond à Jacques

      AKORY LAHALY,

      BRAVO...Madame...je ne vois en vous qu’une Malagasy avec un prénom charmant qui sonne karana......

      nous sommes tous malagasy....si nous payons nos impôts.....à Madagascar...

    • 22 mars 2014 à 13:48 | Rakotoasitera Fidy (#2760) répond à Jacques

      Jacques , jansi

      "il" est ’mort’ depuis longtemps ... celui qui n’est pas content

    • 22 mars 2014 à 13:50 | jansi (#6474) répond à Jacques

      Lol.
      Vous faites allusion a imbessi qui ne tardera pas a se manifester en aboyant des propos tout aussi imbessi.
      Mdr

    • 22 mars 2014 à 13:55 | Rakotoasitera Fidy (#2760) répond à che taranaka

      C’est tout ce que vous voyez en elle ???!!!

      Je ne savais pas que , comme l’autre , vous , che taranaka , vous aussi vous etes raciste

    • 23 mars 2014 à 00:40 | Tily (#7923) répond à jansi

      Nous les malamahead comme tu le dis sont bons partout. Il suffit de choisir le bon malamahead. Regarde ou en est l’Asie et ou en est l’Afrique, Meme l’Afrique du Sud commence a pourir. Trop de 33 qui sont au pouvoit, les blancs s’enfuient a cause de la violence des noirs et il n’y pas assez de malamahead.

    • 23 mars 2014 à 11:30 | che taranaka (#99) répond à Rakotoasitera Fidy

      AKORY LAHALY,

      Rakotoasitera,

      prénom charmant...je la trouve aussi charmante....

      pour le reste....je ne réponds aux provocs de Rakoto.....!!!!

  • 22 mars 2014 à 14:29 | Turping (#1235)

    Bravo !
    Une mentalité battante admirable !
    Il faut changer de mentalité ,c’est la base .

    >Les hommes ou femmes battantes s’en sortent toujours bien dans la vie que ce soit à Madagascar ,France ou ailleurs ,....
    >Tout le monde ne naît d’une famille riche en général ,mais à force de se battre on s’en sort toujours .
    Le modèle sociétal érige des règles qu’il faut respecter ,mais sortir de la voie normale en respectant les lois ,sans faire de flagrants délits en prenant toujours des risques positifs ferait la distinction.
    La polyvalence professionnelle est un critère de réussite.

    • 22 mars 2014 à 16:26 | jansi (#6474) répond à Turping

      La différence entre Asmine et R8/DJ/Jaona élite/Jaovato/Kaleta , est qu’elle s’est battue pour avoir des diplômes et quelle n’a aucune ambition politique en croyant tout avoir par l’argent.

    • 22 mars 2014 à 18:34 | Turping (#1235) répond à jansi

      Jansi ,
      Beaucoup de nos concitoyens veulent s’en sortir sans faire de la politique dans l’attente à ce que les politicards fassent le miracle.Or,c’est une erreur monumentale car nos politicards véreux se battent plutôt en général pour se remplir les poches ,leurs intérêts. Ce qui est formidable de la part de cette jeune fille c’est son courage à se lancer toute seule .

      J’ai lu votre post , faîtes attention de ne pas tomber dans le piège de la notion "raciale" ,malamahead ,tanindrazana,etc....

      >Je peux vous affirmer tout simplement que les populations du centre ont tendance à se débrouiller avec leur intelligence avancée depuis Andrianampoinimerina.Ceci ne veut pas dire que les côtiers ,les tanindrazana ne sont pas intelligents mais plutôt paresseux dans la plupart et aime blablater au lieu d’agir .
      A Madagascar ,j’ai un frère milliardaire en Fmg,le plus jeune sans passer par la politique(sortant de INSCAE option finance,.Il a travaillé à la banque avant de se mettre à son propre compte après avoir obtenu la licence micro-crédit comme prêteur d’argent après avoir monté une tonne de dossier ,propriétaire de plusieurs biens immobiliers ,de société d’import-export,etc...
      Beaucoup se débrouillent en sortant des voies classiques sans attendre à 100% le sort politique.
      Bon week-end

    • 22 mars 2014 à 18:44 | Turping (#1235) répond à Turping

      ...aiment ....

  • 22 mars 2014 à 17:07 | bbernard (#6880)

    Bravo à cette jeune femme. Elle est la preuve qu’avec de la volonté, un (ou une) malgache peut réussir à Madagascar. Il faut promouvoir ce genre de personne pour encourager ceux qui hésitent à se lancer.

  • 23 mars 2014 à 01:40 | Rakotoasitera Fidy (#2760)

    En voici une autre

    Tapez Danamona Andrianarimanana dans Google

    Vous ne seriez pas déçu

    • 23 mars 2014 à 12:35 | bbernard (#6880) répond à Rakotoasitera Fidy

      Encore un très bel exemple de réussite. Il faut mettre en avant tous ces jeunes malgaches qui réussissent pour inciter les autres à aller de l’avant, chacun avec ses moyens et ses capacités.

    • 23 mars 2014 à 16:37 | Turping (#1235) répond à Rakotoasitera Fidy

      Y en a encore d’autres Fidy ,certainement beaucoup à Madagascar,France ,Suisse ,USA ,ailleurs ,.....Ceux qui ne sont pas rentrés après leurs études .
      >Comparé au pourcentage des 22millions de malgaches,le chiffre des réussites n’est pas exhaustif et reste relativement très faible dans l’ensemble .
      Plutôt ,on a tendance à parler de la misère politique ,de la misère socio-économique ,des gabégies des politicards véreux ,etc.....En général ,les malgaches sont courageux ,combatifs et ne se laissent pas se faire démonter.

      Sans utiliser des instruments keynésiens de relance budgétaire ni d’attendre trop des gestes de la part de leurs gouvernants ,la débrouillardise et la survie sont ancrées dans la mentalité malgache en espérant toujours le lendemain meilleur.

  • 23 mars 2014 à 13:04 | lemama (#5841)

    Mirary fahombiazana ho anao sy izay miasa miaraka aminao ny Malagasy !

    On s’en fout de son prénom. Je ne vois pas où est le rapport entre le succès et la consonnace du prénom...

  • 24 mars 2014 à 11:09 | Mihaino (#1437)

    Mille fois BRAVO ! chère compatriote Asmine et bien d’autres femmes qui ont réussi grâce à leur persévérance , à leur audace de créer et d’entreprendre , à leur compétence d’investir avec un minimum de ressources financières pour obtenir le retour sur investissement et le maximum de résultat ! Je vous adresse sincèrement mes félicitations et mon encouragement dans la diversification de vos activités !
    Par ailleurs, je parie que d’autres femmes et/ou hommes vont vous imiter avec une émulation positive et que certains malintentionnés vont être jaloux de votre réussite avec le fameux :"Ory hava-manana !"
    Bonne continuation car l’avenir vous appartient !
    Mirary soa mandrakariva Tompoko ....

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