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Point de vue

Mahazoarivo

Un bail précaire pour une mission difficile !

mercredi 12 février 2014 | JONASY Joelson

L’enfer de Matignon. Succès retentissant de ce livre insolite de la journaliste Raphaëlle Bacqué où des anciens Premiers Ministres français ont livré à cœur ouvert leurs confidences sur les coulisses du pouvoir à l’Hôtel Matignon. Il se pourrait qu’aucun Premier Ministre malgache ne soit suffisamment armé du même courage pour tout déballer sur Mahazoarivo. Qu’à cela ne tienne ! Toutefois, on sait que, dans cet ancien lieu de villégiature d’Ilaidama, tout ne marche pas comme sur des roulettes.

Son actuel locataire en sait quelque chose. A plusieurs reprises, il a avoué, par presse interposée, ses difficultés à accomplir convenablement sa mission. Comment peut-t-il, d’ailleurs, dissimuler ces moments durs passés au Parlement où il avait à supporter des invectives émanant des élus dont la dignité, la révérence et la retenue sont loin de faire partie de leur plus grosse arme ? Quand il ne s’agissait que d’agressions verbales, ce serait encore tolérable. Sachant qu’il est communément admis qu’en politique, notamment dans les débats parlementaires, les vociférations éhontées sont permises. Mais quand, de surcroît, vous êtes contraint de passer une nuit blanche pour répondre à des interpellations dont la plupart trahissent le niveau cérébral de certains mandataires du peuple (en majorité constitués d’intellectuels), il y a de quoi à comparer la vie d’un Premier Ministre à un enfer plus qu’à un paradis.

Cependant, le Premier Ministre ne peut esquiver cette séquence de questions-réponses au Parlement. Dans la mesure où il a l’obligation d’entretenir des relations étroites avec cette Institution devant laquelle, il a la lourde charge d’engager la responsabilité de son équipe sur la base de la politique gouvernementale. C’est l’une des raisons qui explique la nécessité, pour lui, d’avoir le soutien d’une majorité, au niveau de chaque chambre et de bénéficier de sa confiance. A partir du moment où cette majorité lui échappe, il s’exposerait à une série d’attaques qui risque de porter un coup fatal à son bail.

Les flèches accompagnant ces attaques ne proviendront pas seulement du Parlement. Les hostilités pourraient être également déclenchées par Ambohitsirohitra (ou Iavoloha). Auquel cas, le Premier Ministre doit s’attendre à un enchaînement de complications qui peuvent prendre l’allure d’une collision frontale entre les deux palais, quand bien même la constitution malgache est assez explicite sur la frontière séparant les pouvoirs du Président de la République de ceux du Premier Ministre. Durant la transition malgache, des faits témoignent que, par moments, Ambohitsirohitra marche sur la plante bande de Mahazoarivo. Compte tenu de son statut de dirigeant légitimé par les urnes, le locataire d’Ambohitsirohitra fléchirait-il à la tentation de se comporter en Président-monarque, accaparer toutes les prérogatives et transformer ainsi son palais en forteresse incarnant un puissant épicentre du pouvoir ? Le prétexte « exécutif à deux têtes » est tout trouvé pour justifier une telle dérive. Il est libre, comme certains de ses prédécesseurs, de faire fi des dispositions légales en vigueur et d’imposer son bon vouloir à son Premier Ministre qui n’a d’autre choix que de tout subir docilement et amèrement, pour ne pas courir le risque d’une expulsion prématurée.

Prévu pour conduire la Politique Générale du Gouvernement (PGE) et supposé comme étant le patron de l’Administration, selon l’article 65 de la constitution malgache, le Premier Ministre se trouve, parfois, dans des situations où il ne peut exercer aisément son pouvoir.

En dépit du fait que le Premier Ministre soit incontournable par son contreseing, il n’est pas titulari omnipotens des rênes du pouvoir. Pire, le locataire de Mahazoarivo ne peut même pas, dans certaines circonstances, faire valoir son statut de chef hiérarchique vis-à-vis de ses Ministres bien que l’article 65 de la constitution stipule clairement qu’il « a autorité sur les membres du Gouvernement dont il dirige l’action, et est responsable de la coordination des activités des départements ministériels ainsi que de la mise en œuvre de tout programme national de développement ».

Certes, la mission première du Premier Ministre consiste à coordonner l’ensemble des programmes sectoriels de son gouvernement. Mais il lui incombe également la rude tâche d’assurer l’arbitrage, en cas de désaccords entre les membres de son gouvernement. Et de veiller à ce que ceux-ci agissent en conformité avec les orientations fixées par le Président de la République. Il pourra toujours se débrouiller pour arranger les différends au sein de son équipe. Un minimum de capacité en gestion de ressources humaines suffirait pour cette mission de médiation.

Le plus gros des… caca –passez-moi le terme- est ailleurs : l’impossibilité de deviner ce que le lendemain réserve. Tout peut lui arriver à tout moment ! Il est le patron de ses ministres mais pas celui de son destin. Si ce n’est pas le Parlement qui déclenche la redoutable motion d’empêchement, la Présidence, quand à elle, peut le virer pour diverses raisons, ne serait-ce que pour le servir de fusible. Particulièrement, quand son trône est menacé. Bref, le Premier Ministre accomplit sa mission tout en appréhendant constamment, la précarité de son mandat par une probable éjection. A tout instant « be on the alert !. Tel est le quotidien psychique du locataire de Mahazoarivo. Or, il n’y a rien de pire que de vivre dans une totale incertitude sur son devenir. L’enfer, pour tout être humain, comme l’a si bien dit le romancier finlandais Jon Kalman Stefasson dans son sublissime « Entre Ciel et Terre », c’est « de ne pas savoir si nous sommes vivants ou morts », de sombrer, continuellement, dans le doute, d’être en permanence sur le qui-vive.

Espérons que, dorénavant, tout se passe autrement. A mon sens, la mise en œuvre d’un programme de développement nécessité un minimum de stabilité politique. La précarité du mandat du premier responsable des actions du gouvernement ne milite aucunement en faveur de notre ambition de mettre le pays sur les rails de son développement. Etant donné que notre pays aura la chance de disposer bientôt d’une stratégie nationale finançable connue sous l’acronyme de SNRD (stratégie nationale de relance du développement), il est souhaitable que le prochain Premier Ministre accomplisse sa mission sereinement, à l’abri de toute pression politique déstabilisante. Il y va de la réussite de la quatrième République.

Maintenant, au boulot !

N’oublions pas que « la réussite, c’est d’abord et surtout d’être au travail quand les autres vont à la pêche » (Philippe Bouvard)

JONASY Joelson

4 commentaires

Vos commentaires

  • 12 février 2014 à 09:03 | Isambilo (#4541)

    Je ne savais pas que le SNRD de Jaonasy est le programme de Rajaonarimampianina. Je me demande même si le président le savait.
    Si le contenu de ce SNRD est du même tonneau que celui de l’animateur de café du commerce Bouvard, on n’est pas sorti de l’auberge.

    • 13 février 2014 à 08:38 | Boris BEKAMISY (#4810) répond à Isambilo

      Isambilo et il n’est pas seul ici au forum semble un PROFANE dans le monde cooperation internationnal au developpement !

      il ne faut pas du tout OPPOSER SNDR et PROGRAMME PRESIDENTIEL ,y a rie d’antagonisme à ce niveau,les deux demarches sont MEME COMPLEMENTAIRE !

      Que Les partenaires financiers de Madagascar se donnent UN OUTIL pour appuyer Madagascar ne va pas du tout en antipode de la Volonté presidentielle à travers son PROGRAMME

      C’est juste une question de l’Offre et de la demande, y aura toujours DAME NEGOCIATION qui va faire le reste

      les Bailleurs de fonds affinent SON OFFRE à travers la SNDR c’est à l’EQUIPE PRESIDENTIELLE de concevoir/ proposer sa DEMANDE en terme de Programme de politico-economique credible qui signalons le contour tarde à se faire CONNAITRE ou à etre documenté VISIBILITE/ LISIILITE OBLIGE !

      l SNDR n’est qu’un OUTIL D’AIDE c’est au NOUVEAU GOUVERNEMENT de l’UTILISER/LE SAISIR, quelque soit son PROGRAMME ECONOMIQUE le SNDR est toujours adaptable à ce politique presidentielle !

      Le Probleme ce que les Bailleurs anticipent à chaque fois mais NOUS LES BENEFICIAIRES MALGACHES qui dorment/ronflent encore dans notre MORAMORA !

      Nous preferons nous dechirer sur le DEBAT CONSTITUTIONNEL STERILE sur la nommination du Premier Ministre , Personne ne pense DEVELOPPEMENT ( sauf le President lui meme)

      Sans transition : JONASY JOELISON evoque toujours ce SNDR à chacune de sa sortie ICI et je crois maintenant pour connaitre QUI IL EST CE EXPERT ; C’est SUR et CERTAIN

      Asa raha mazava @ Isambilo PROFANE !
      BORIS BEKAMISY

    • 13 février 2014 à 08:43 | Boris BEKAMISY (#4810) répond à Boris BEKAMISY

      lire plutot :Je crois maintenant connaitre QUI IL EST CE EXPERT qui s’est donné UN PSEUDONYME (!) de JONASY JOELISON

  • 13 février 2014 à 05:54 | NY OMALY NO MIVERINA (#1059)

    Effectivement c’est une mission difficile et que tout 1° Ministre a un bail relativement précaire ...

    Il suffit que sa politique générale ne soit pas acceptée par l’Assemblée nationale ... Vote de censure ... Dans cet hypothèse, le bail ne peut durer qu’une semaine au maximum. Là, c’est grave pour nos Institutions ...

    Concernant l’article de JONASY Joelson, c’est très pertinent de soulever la question historique de nos pouvoirs. Alors que c’est important de connaître les histoires de ces Institutions, au moins entre 1958 et 1975.

    Ce qui est à constater, aucun de nos anciens Président de la République, 1°Ministre, Ministre, ... n’ont écrit et communiqué leur mémoire sous quelque forme que ce soit (Roman, historique, ...).
    Normal que nos jeunes intellos ne peuvent se référer qu’aux étrangers : de Platon à ... Mitterrand. Rien de rien sur Tsiranana, le Général Ramanantsoa, le Colonel Ratsimandrava, ....

    Ce qui devrait être intéressant et enrichissant c’est de disposer les mémoires du Général Rabetafika : Chef du 2° Bureau, Chef d’Etat major, Secrétaire général du Gouvernement Ramanantsoa ... Son "Dauphin".

    Zafy Albert, Didier Ratsiraka aussi ... et non Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina : trop récent ... en savent quelque chose sur cette tournure du 31/ 12/ 1975 à Ampahibe ...

    Concernant l’histoire d’un 1° Ministre à Mahazoarivo, j’attends beaucoup de Omer Beriziky, historien de formation, et capable de tenir tête à Andry Rajoelina.

    C’est un bon 1° Ministre. Un fin négociateur, intelligent, forte personnalité, indépendant et courageux ...

    Le bail du Gouvernement Omer Beriziky arrive à son échéance avec ses ministres à qui il a dit " 0 redoublement ! ", soit aucun ministre ne sera reconduit dans le 1° Gouvenrnement de la IV°République.
    Clair, net, précis !

    Monsieur Omer Beriziky, merci !

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