Le climat se tend à nouveau entre le Syndicat des magistrats de Madagascar (SMM) et le ministère de la Justice. La suspension de trois magistrats du Pôle anti-corruption (PAC) d’Antananarivo ravive une confrontation qui dépasse désormais la seule question disciplinaire. Mbintanarivo Andriantsihorisoa, président du SMM, conteste ouvertement la manière dont le département ministériel a traité le dossier. Une nouvelle épreuve de force semble ainsi engagée avec la garde des Sceaux.
Au cœur du désaccord figure la procédure ayant conduit à l’éviction temporaire des trois magistrats. Pour le SMM, les intéressés auraient dû pouvoir connaître précisément les griefs retenus contre eux et présenter leurs explications avant toute décision. Son président dénonce même un « harcèlement envers nos collègues ». Il affirme également que le syndicat avait réclamé un examen préalable de la situation, sans que les magistrats concernés ne soient, selon lui, invités à défendre leur position.
Le SMM soulève aussi une question plus large : celle des consignes adressées aux magistrats lorsqu’ils interviennent sur des dossiers particulièrement sensibles. Mbintanarivo Andriantsihorisoa réclame que les directives susceptibles d’influencer une décision ou l’application d’une disposition légale soient formalisées par écrit. Une exigence qui place directement sur la table la question de l’indépendance des magistrats et de leur protection face aux éventuelles pressions hiérarchiques.
Le syndicat ne compte d’ailleurs pas limiter sa réaction à une simple protestation publique. Après avoir effectué ses propres vérifications, il demande désormais la suspension de la mesure frappant les trois magistrats. Cette offensive syndicale ouvre ainsi un nouveau front face au ministère de la Justice.
De son côté, le département ministériel avait justifié les sanctions par des défaillances qui auraient été constatées dans le traitement de dossiers et dans l’accomplissement des responsabilités professionnelles. Une enquête du Comité de suivi et d’évaluation des pôles anti-corruption avait précédé la décision. Le ministère avait également réaffirmé sa volonté d’appliquer strictement les textes régissant les magistrats, sans traitement différencié.
Deux lectures du dossier s’opposent donc frontalement. Le ministère met en avant la responsabilité professionnelle et le respect des règles. Le SMM dénonce, lui, une procédure contestable et prend ouvertement la défense des magistrats sanctionnés. Derrière le sort des trois juges du PAC se profile désormais une confrontation institutionnelle plus large. Entre Mbintanarivo Andriantsihorisoa et la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, le bras de fer semble bel et bien relancé.
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