Facebook Twitter Google+ Les dernières actualités
jeudi 6 août 2020
Antananarivo | 16h59
 

Reportage

Prostitution à Morondava

Près de 50% sont des mineures

lundi 31 mars 2008 | Nivo T. A.
Le stationnement de taxis-brousse : c’est ici qu’une quarantaine de « belles de nuit » gagnent leur vie.

Comme toutes les villes touristiques de la Grande Ile, Morondava abrite un grand nombre des prostituées. L’on a appris, de source locale, que près de 200 « vendeuses de sexe », de 14 à 50 ans s’activent à Morondava-Ville. Près de 50% d’entre elles sont des mineures. En effet, sur place, nous avons pu nous entretenir avec quelques-unes de ces « demoiselles de la nuit » qui ont révélé leur secret dans l’exercice de ce « plus vieux métier du monde » tout en apportant des témoignages exclusifs.

Dans cette ville, quelques emplacements, à savoir, la Gare routière de Morondava-Centre et Anosikely où il existe deux « boîtes de nuit », ainsi qu’une dizaine de bars sont réputés comme étant des lieux de prédilection de ces « belles de nuit ». A part ces sites, il y a celles qui attendent les clients potentiels au bord de la route principale de la ville et aux environs des hôtels. Bref, des lieux qu’elles considèrent comme pouvant faciliter leur… gagne-pain. Elles commencent leur « boulot » à partir de 20h jusqu’à l’aube.

A peine 24 ans, A… a débuté sa « carrière » de « travailleuse de sexe » en 2001, c’est-à-dire, à l’âge de 17 ans. « Après le décès de mon père, ma mère a eu vraiment du mal à faire vivre ses 12 orphelins. J’ai quitté l’école à 13 ans pour aider ma mère dans ses occupations quotidiennes génératrices de maigres revenus. Juste pour les repas de misère de notre petite famille. Mon petit ami avec qui je vivais tant bien que mal depuis l’âge de 15 ans a été fauché par la mort. Sincèrement déçu, je n’ai pas eu depuis de partenaires fixes. Autrement dit, je décidais de m’adonner à la prostitution. Et ce jusqu’à ce jour ! (Un profond soupir devait suivre cette petite phrase). Des regrets ? Dieu seul le sait ! » .

Après quelques secondes de silence, A… devait ajouter : « Je gagne à peine Ar 15.000 par nuitée, s’il s’agit d’un ou de partenaires « gasy », mais avec des « vazaha », les recettes oscillent entre Ar 40.000 à Ar 60.000. Jamais, je ne sors avec des « zanatany » parce que j’ai honte. Avec les « vahiny » (entendez par là, non pas seulement des étrangers mais aussi des compatriotes en mission à Morondava), je gagne plus, et surtout ça me donne une fierté. Le nombre de partenaires varie souvent entre 1 à 3 ».

  • Une mère de famille avec 6 partenaires en une nuit

Arborant fièrement ses 28 printemps, avec une mini-jupe qui défie la chaleur estivale de Morondava, Memoana, fille-mère d’un enfant de 11 ans, se livre à la prostitution depuis 2004, alors qu’elle a divorcé avec son mari. « J’ai dû me séparer avec lui, malgré moi, à cause de son comportement révoltant : violent, ivre presque tous les jours, n’offrant jamais de quoi vivre pour la maisonnée.

Voilà pourquoi, j’ai choisi de divorcer au lieu d’endurer inutilement le calvaire dans un foyer conjugal qui n’a rien de « mielleux » comme on l’espère dans un ménage normal. J’ai opté donc pour l’argent facile, autrement dit, me verser dans la prostitution dans laquelle je gagne environ Ar 20.000 à Ar 50.000 en une nuit, si les affaires marchent bien, c’est-à-dire, si j’ai la chance de croiser 4 à six partenaires ».

Et elle de préciser : « Je demande Ar 5.000 pour le « kapaika » (ultra-rapide ne dépassant 3 mn de rapport sexuel).

Pour d’autres minutes de surplus, le tarif augmente automatiquement. Je tiens à signaler que je ne fais jamais l’amour avec des « vazaha » parce que je hais « mordicus » leurs modes de vie, sexuellement, s’entend. J’ai confié mon garçon à ma mère à qui je donne de l’argent pour l’aider autant que possible ».

  • Prostituée à… 14 ans
Deux des prostituées de Morondava.

Vraiment un record pour la petite S.L. qui se lance déjà dans la prostitution à l’âge de 14 ans. À cœur ouvert, la benjamine des belles de nuit, nous a déclaré secrètement, qu’elle sort de chez ses parents, soi-disant, pour se divertir alors qu’elle voudrait passer la nuit à la « boîte » dans le but inavoué d’y trouver un « partenaire potentiel » moyennant des monnaies sonnantes et trébuchantes. « Mais ce n’est pas tous les jours que je sors de chez nous, quelquefois deux fois par semaine pour une recette d’environ Ar 100.000 le week-end. Etant encore collégienne, je suis encore interdit de sortie de nuit mais je voudrais passer outre, ne serait-ce que pour me défouler (manala azy). Et partant, faire d’une pierre, deux coups. Nous, les mineures, nous fuyons à l’approche des policiers qui viennent pour nous mettre au violon ».

- Ratissage nocturne contre les mineures

Il va de soi que les forces de l’ordre ne restent pas les bras croisés face à la recrudescence des mineures sortant la nuit, surtout celles qui vont dans les « night-clubs ». Les agents n’hésitent pas à les
« coffrer » au violon juste une nuit, mais lorsqu’il n’y a pas de ratissage policier, elles continuent de plus belle leur mauvaise habitude.

Selon le Commissaire Divisionnaire Fred Maurice, la police procède au contrôle systématique des « vazaha » touristes de passage à Morondava, et partant de se livrer à la chasse aux touristes sexuels dans le but bien compris d’appliquer les dispositions en vigueur.

  • Prévenir les IST/SIDA

A l’instar d’autres régions touristiques, celle du Menabe se trouve confrontée à la lutte contre les IST/SIDA, bien que le taux de prévalence de ces maladies sexuellement transmissibles ne présente pas encore une « alerte médicale » outre mesure. Selon le médecin-inspecteur Zéphanie, du Service de Santé de District, les IST figurent en 6è rang dans l’ordre des pathologies dominantes à Morondava, après la fièvre, la diarrhée, la maladie respiratoire, l’infection dermartologique et la malnutrition, mais cela n’empêche pas ledit service de mener une sensibilisation de masse pour la lutte contre les IST/SIDA. À cet effet, une campagne de dépistage ne manque pas de figurer dans les programmes des manifestations publiques, sans parler des sensibilisations au niveau des sites PTME (Prévention Transmission Mère Enfant) au sein des centres de santé de base éparpillés dans le district.

Face à ces maladies sexuellement transmissibles, force est de signaler que certaines prostituées ne daignent pas encore se préserver comme il se doit. À preuve, une indiscrétion nous a même révélé qu’elles ne se soucient guère si leurs partenaires se munissent ou non des préservatifs. Attention danger !

Publicité




Publicité

Newsletter

Les actus du jour directement dans votre boîte email

Suivez-nous

Madagascar-Tribune sur FACEBOOK  Madagascar-Tribune sur TWITTER  Madagascar-Tribune sur GOOGLE +  Madagascar-Tribune RSS