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« Et l’Afrique brillera de mille feux », par Jean Ping

Pour une nouvelle gouvernance africaine

mercredi 30 septembre 2009 | MFI

(MFI) Le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, publie chez L’Harmattan un pamphlet dans lequel il fait le procès du modèle unique imposé à l’Afrique par le monde occidental depuis les Indépendances. Illustré par des exemples vécus, notamment lorsqu’il était ministre gabonais des Affaires étrangères de 1999 à 2008, l’ouvrage s’accompagne d’un vibrant plaidoyer pour une nouvelle gouvernance africaine. Une vision collective d’«  un futur désiré  ». A l’abri de la peur et du besoin.

Il y a à peine un demi-siècle, les pays africains sont devenus « juridiquement responsables de leur propre destin (…) en se libérant de l’ordre européen et impérial dans lequel ils étaient étroitement enfermés » depuis des lustres, de l’esclavage à la colonisation, rappelle Jean Ping. Gabonais de père chinois, ce diplomate de haut vol, qui préside la Commission de l’Union africaine depuis avril 2008 ouvre ainsi Et l’Afrique brillera de mille feux, cet essai très riche qui brosse aussi à grands traits les principaux dispositifs politiques et économiques – nationaux, régionaux, internationaux – dans lesquels le continent africain s’est inscrit au cours de la période, avant de donner des pistes pour l’avenir.

Après une courte parenthèse, les « maîtres sont de retour »

Accédant à « cette souveraineté nationale tant désirée (…), les nouveaux Etats tentent de s’émanciper de leurs anciennes puissances tutélaires », dit-il de cette période. Mais le jeu idéologique (capitalisme ou socialisme) que se livrent les deux superpuissances, américaine et soviétique, pendant la Guerre froide oblige les pays nouvellement indépendants à choisir impérativement leur camp pour définir leur politique intérieure et extérieure. Puis cet ordre bipolaire, solidement établi à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, s’effondre en août 1991 avec l’implosion de l’URSS. Dès lors, la mondialisation s’installe progressivement, « un ordre malheureusement injuste ».

En Afrique, l’espoir que celle-ci suscite se transforme vite en cauchemar. « Les forces du marché qui ont pris en main la planète créent des gagnants et des perdants. » Il se traduit par une « radicale et rapide remise en cause de leur souveraineté nationale et de leur dignité humaine à peine acquises ». Après une courte parenthèse, les « maîtres sont de retour ». (…) Comme au bon vieux temps, ils disent le Droit pour nous sans se l’appliquer à eux-mêmes. Ils jugent l’Afrique avec leurs seuls repères, donnent des ordres et des leçons, condamnent et décrètent des sanctions fatales, convaincus qu’ils sont d’agir pour le bien de l’Humanité ».

Il s’ensuit, dans les années 1990, une phase de turbulence : « Une prolifération sans précédent de guerres barbares, notamment interethniques, provoquées ou encouragées notamment par la déconstruction méthodique des Etats [et] de toute autorité. » Au centre des enjeux, l’Etat-nation souverain, un principe d’origine occidental, est sérieusement malmené. La situation est d’autant plus grave que la plupart de ces Etats sont en phase de construction ou de consolidation. Résultat, au lieu de l’état de droit et des droits de l’homme, « on récolte “Etat sauvage”, les coups d’Etat, les massacres et les génocides ».

Les acteurs hors souveraineté exercent des pressions de toutes sortes

Régression, paupérisation massive, « la création de fortunes et de misères extrêmes [sont dues] à l’exacerbation des forces du marché, sous la vive impulsion des plans d’ajustements structurels  ». Les Etats sont d’autant plus affaiblis qu’on leur dénie « toute responsabilité », qu’on privatise à tout va, de l’eau (confiée à des sociétés étrangères) à la « violence légitime », mise entre les mains de sociétés de mercenaires. L’auteur souligne aussi l’émergence sur les scènes nationales de « ces acteurs hors souveraineté » – qui vont selon lui des ONG aux firmes multinationales, en passant par les médias mais aussi les terroristes, les criminels organisés, mafieux et autres trafiquants… – qui ne manquent pas d’exercer contraintes et pressions de toutes sortes sur les Etats africains sommés de « s’adapter ».

Certains Etats – à l’instar du Zimbabwe ou du Soudan – défendent « bec et ongles leur souveraineté et leur spécificité ». Ils tiennent tête à la communauté internationale et rejoignent « le front du refus » : une coalition hétéroclite d’Etats comme l’Iran ou la Corée du Nord, et bien sûr le Venezuela. D’autres, comme la Somalie, sombrent dans l’anarchie, la piraterie et le terrorisme…

Repenser la place de l’Afrique : « la carotte sans le bâton »

Homme d’expérience qui a côtoyé les plus grands de ce monde – en tant que président de l’OPEP en 1993 puis de l’Assemblée générale des Nations unies en 2004-2005 –, Jean Ping raconte des anecdotes vécues (en italique dans le corps du livre). Notamment les nombreuses médiations africaines qu’il a eues à conduire dans les zones de conflits (Centrafrique, Côte d’Ivoire) en tant que ministre des Affaires étrangères du Gabon de 1999 à 2008 (un pays qu’il ne manque jamais de prendre pour exemple).

Dans les dix dernières années, le continent a été amené à repenser, au plan national comme au plan collectif, sa place dans le système international. La naissance de nouvelles entités (Union africaine, communautés régionales politiques ou économiques), a permis d’« entamer un processus d’intégration politique et économique » en vue de mieux « se réformer, s’adapter au monde et avancer vers la modernité ». Raison pour laquelle, peut-être, et cela malgré un « environnement régional déstabilisé par les guerres et la misère, (…) beaucoup de pays africains font tout de même office d’îlots relatifs de paix, de stabilité, de liberté, de solidarité et même de progrès ».

Le livre du diplomate gabonais – qui se lit comme un roman – plaide pour la mise en place d’autres stratégies qui seraient fondées sur « des avantages réciproques, sans grossières ingérences extérieures, sans conditionnalités impossibles, sans préalables et sans menaces de sanctions : la carotte sans le bâton ». Et pour « la redéfinition d’une nouvelle gouvernance globale, plus juste, plus équilibrée, plus solidaire et plus morale dans laquelle l’Afrique finirait par trouver elle aussi son compte et sa place ». Pour une nouvelle gouvernance africaine : une vision collective d’« un futur désiré », à l’abri de la peur et du besoin.

Antoinette Delafin

Et l’Afrique brillera de mille feux, par Jean Ping. Paris, L’Harmattan, 2009. Collection Grandes figures d’Afrique. 28 euros.

6 commentaires

Vos commentaires

  • 30 septembre 2009 à 10:23 | thubert (#459)

    Il a dit juste et réel.

  • 30 septembre 2009 à 13:03 | knknkn (#2771)

    Le Zimbabwe et le Soudan comme exemple ?! l’union africaine est bien partie, bon courage

  • 30 septembre 2009 à 14:06 | poiuyt (#584)

    Merci Monsieur Ping, pour ce que vous faites pour l’ Afrique.

    Un homme de continent, à carrure universelle, qui a de la profondeur de l’histoire, le panorama du continent, de la vision pour le futur. Un homme à écouter.

    On peut se féliciter de ses relations avec Ra8 ; relations apparemment positivement objectives, dénuées de tout lobby payant, comme l’exprime GRATUITEMENT le violant pseudo-pm de Madagascar.

  • 30 septembre 2009 à 21:24 | indrisy (#3295)

    Ministra gabonais : Omar Bongo....
    Raha mahafantatra na dia kely fotsiny aza ny tantaran ny Afrika dia era mahalala fa tsy olona tohy izao Ping izao akory no antenaina ampandroso ny ao Afrika.

    Jereo moa ny fifidianana vao teo tany Gabon ! qu’a t-il fait pour empecher le verrouillage de la dernière éléction présidentielle chez lui ?

    Et maintenant il veut venir donner des leçons à Madagascar !

    Tout ce qu’il veut avec la SADC c’est nous forcer à entrer dans leur giron, et effectivement définitivement perdre notre indépendance sous controle de l’UA et de la SADC, pour le profit des pays dirigeants de ces entités.
    Ils ont trouvé une occasion en or pour enfin s’accaparer de Madagascar au niveau africain. Occasion en or que leur a apporté ilay mpivaro-dronono mpanao affaira !

    Satria mantsy ny tanin-tsika dia manankarena tokoa, ka tsy maintsy ho-enjehin’ireo afrikana izay mila ny fananantsika !

    Quant au livre de ity Ping ity, dia un livre de plus d’un africain : blablabla, garagariser de grands mots, aucune esquisse de strategie reelle, si vraiment avec tous ses grands titres honorifiques il aurait fait avancer l’afrika, cela se saurait.

    Aleo isika tsy hianatra ireo izay mahay blabla.

    Quand ils auront reglé les cas tels que Congo-RDC, Zimbabwe, Swaziland, Soudan, j’en passe et des meilleurs, nous leur donnerons eventuellement le droit de venir tenter d’importer chez nous leur compétence à détruire et à faire des affaires affaira !

    Izay aloha !

  • 1er octobre 2009 à 20:51 | Lucie (#101)

    - 1)Et si l’Afrique commençait à se respecter elle-même ?
    En ayant à la tête de leurs pays des dirigeants dignes de ce nom ? Il ne manque pourtant pas de grandes figures africaines ,à l’instar de Nelson Mandela , capables d’insuffler le renouveau des pratiques et de redonner un sens à la notion d’Etat et de Nation .
    L’on sait malheureusement qu’en Afrique plus qu’ailleurs, les urnes parlent plus en faveur des multinationales étrangères que des aspirations d’une population flouée . Ceci explique celà , les africains ont dès lors recours à la violence,aux guérillas et à la révolution perpétuelle pour faire entendre leurs voix . En corollaire attendu , la condamnation, lèvres pincées, de la part des pays nantis : « Ces pauvres sauvages sont décidément infréquentables et ne sont pas encore entrés dans le 21ème siècle ! »

    - 2)En effet,il ne faut rien attendre des pays riches
    Le passé parle pour le présent et dessine les contours du futur. La relation de dominant à dominé ne s’inversera que lorsque l’Afrique trouvera par elle-même sa propre voie sans rien quémander, attendre ni espérer .
    Malheureusement pour lui, le continent noir est riche en ressources qui aiguisent la convoitise : pétrole , diamants ,cuivre etc… Les instances internationales sensées l’aider dans son « développement » l’enfoncent davantage dans le cercle infernal des dettes aux intérêts exhorbitants .

    - 3)L’autarcie n’est cependant pas de mise
    Sans l’avoir demandé, par la force des armes et la voracité barbare des colonisateurs , l’Afrique est entrée de plaind-pied dans le 19ème puis le 20ème siècle . Participant à marche forcée malgré elle, au développement des pays-vautours qui l’ont saignée par la traite négrière entre autres .
    Aujourd’hui est le temps de la Chine, de l’Inde, du Brésil … de tous ces pays qui,hier encore , étaient toisés de haut par
    ceux qui plongent actuellement le monde dans les affres de la crise .
    Demain , l’Afrique existera pleinement et fera entendre sa voix . Quelques signes çà et là montrent que certains pays se sont choisis des dirigeants dignes de leurs lourdes responsabilités et que ces dirigeants loin de céder aux sirènes d’un développement uniformisé et mondialisé , fraient pour leurs pays un chemin nouveau , adapté uniquement au modèle local .
    Longue et belle vie à L’Afrique : ce grand continent méprisé et exploité jusqu’à la démence .
    « Black is beautiful » : berceau de l’Humanité, L’Afrique a sa partition à écrire dans l’avenir du monde

  • 1er octobre 2009 à 23:39 | vaonala (#3299)

    Comme le forumiste Indrisy, je pense que comme un certain amiral en son temps, M. PING veut reconstruire le monde africain. Qu’a-il-fait de sa jeunesse si ce n’est être au service de son feu chef d’Etat qui l’a placé à la tête de l’Union africaine pour terminer une belle carrière ou même rempiler peut-être, avec le soutien de ses alliés, un 2ème mandat au sein de cette institution régionale. Certes, c’est un excellent diplomate, j’en conviens, car il a développé entre autres, les relations de son pays avec de nouvelles puissances telles que la Chine, je n’espère pas au détriment des richesses naturelles de son pays, mais il était à la solde d’un chef d’Etat qui s’est maintenu plusieurs années à la tête du pays en question d’autant plus qu’il est le père des enfants de la fille de ce défunt chef d’Etat. Maintenant que son mentor est parti, voilà qu’il prône une nouvelle gouvernance pour l’Afrique. Curieux ou étrange !!!!!
    Enfin, même si ce qu’il prône est juste, il me semble qu’il y a un arrière goût amer derrière ses arguments ! Pardonnez-moi pour ces réflexions quelque peu négatives, d’autant plus qu’il était Président de l’AG des Nations unies.

    Vaonala

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