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mardi 11 décembre 2018
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Interview

Interview

Paul Andrianiaina Rabary : « Leur revendication est légitime, je l’approuve d’ailleurs, mais… »

jeudi 31 mai

Paul Andrianiaina Rabary, ministre de l’Éducation nationale, nous parle de la situation au sein du ministère de l’Education nationale, des revendications des syndicalistes, des examens officiels et du sort des élèves par rapport à la grève qui se déroule actuellement dans le pays, affectant particulièrement le domaine de l’éducation. Interview.

Madagascar-Tribune.com : Ces derniers jours, l’enceinte du ministère de l’Education nationale est le théâtre des troubles en tous genres, quelles en sont vos explications ?

Paul Andrianiaina Rabary : Comme vous savez actuellement, vu la conjoncture politique, il y a des syndicats qui revendiquent l’augmentation du salaire des employés de l’ordre, au minimum, de 100%. Parce qu’ils demandent l’alignement de leur grille indiciaire alors que tout ce qui concerne la grille indiciaire relève du domaine de la loi. Cela concerne plutôt les députés.

MT.com : Les enseignants seraient les parents pauvres des fonctionnaires. Est-ce que cela ne justifie-t-il pas leur revendication ?

P.A.R. : Il y a effectivement un écart considérable entre les corps de fonctionnariat. Le corps de l’enseignement et du ministère de l’Education nationale, parce qu’il n’y a pas que le corps des enseignants, il y a aussi le personnel administratif, se trouve en bas du tableau de la grille indiciaire, c’est-à-dire que ce corps-là ne bénéficie pas vraiment des avantages par rapport à d’autres corps. Par exemple, l’indemnité de craie est de 90 ariary, l’indemnité de logement, 14 000 ariary. En tout état de cause c’est légitime dans le sens où le personnel enseignant et le personnel administratif du ministère de l’éducation nationale figurent parmi les parents pauvres des fonctionnaires. Cela signifie que leur revendication est légitime.

MT.com : Mais…

P.A.R. : Mais la façon dont ils revendiquent est un peu suspecte, car la question de grille indiciaire relève du domaine de la loi. Donc, pourquoi demander au ministère de l’Education nationale, en la personne du ministre, cette revendication salariale alors que le ministère et les ministres, qu’ils soient anciens ou futurs ministres, sont tenus d’appliquer la loi, en l’occurrence la loi de Finances. Cette loi est votée au niveau de l’Assemblée nationale. Actuellement les grévistes soutiennent les revendications politiques des députés, pourquoi ils ne voient pas les députés et leur demander une proposition de loi modifiant leur grille indiciaire ?
Pour moi, les revendications des enseignants sont légitimes, par contre, elle ne s’adresse pas au ministère de l’Education nationale. Elle s’adresse aux représentations nationales, parce que le ministère fait partie de l’exécutif, donc nous exécutons la loi. La retouche de cette grille indiciaire des enseignants ne relève pas de moi personnellement, ni du ministère. Cela relève plutôt du domaine de la loi, c’est-à-dire de l’Assemblée nationale.

MT.com : Quelle solution proposeriez-vous alors par rapport à cette situation ?

P.A.R. : Les syndicalistes se réunissent en permanence avec les députés de l’opposition, pourquoi ne demandent-ils pas aux députés de faire quelque chose ? Les députés sont en session, il y a la loi de finances rectificative qui est déjà envoyée au niveau de l’Assemblée nationale, pourquoi ils ne saisissent pas cette opportunité pour modifier cette grille indiciaire ? Donc je trouve que leur revendication, bien que légitime, que j’approuve d’ailleurs, ne doive pas s’adresser au ministère. Ils se trompent d’interlocuteur, sciemment ou inconsciemment, et ils manipulent en plus les enseignants.

MT.com : C’est-à-dire ?

P.A.R. : Ils disent qu’avec leur lutte, ils vont pouvoir faire augmenter les salaires des enseignants. Ils n’ont pas besoin de faire cela. Ils sont en discussion avec les députés de l’opposition. Pourquoi les députés de l’opposition ne déposent-ils pas une loi modifiant la grille indiciaire des enseignants et cela va être réglé. Donc je pense que ce n’est pas une revendication purement syndicale, c’est une revendication politique. C’est pour cela qu’il y a tant de remue-ménage.
En utilisant une revendication purement syndicale, on dérive vers une revendication politique. Qui seront les plus à plaindre là-dedans ? Premièrement, les enseignants. Parce que ni les députés de l’opposition, ni le syndicat ne s’engagent à relever la grille indiciaire que j’appelle de mes vœux à être relevée. Deuxièmement, les élèves, parce qu’ils vont rater la préparation de l’examen. Des écoles ont été fermées depuis un mois. Cela signifie que ces élèves seront pris en otage. Et ce n’est pas un comportement de responsable, c’est un comportement politicien de la part des syndicalistes.

MT.com : Pourtant, les manifestants ont répondu à votre explication que leur revendication ne porte pas sur cette hausse de salaire à 100% comme vous l’avez évoqué…

P.A.R. : C’est quoi alors ? Qu’ils expliquent dans ce cas. Est-ce que vous savez en quoi consiste leur revendication ? Moi, je sais. Leur revendication porte sur l’alignement de leur grille indiciaire. Cela signifie, l’augmentation au minimum de 100% de leur salaire. En général, un enseignant à Madagascar touche entre 300 000 ariary et 500 000 ariary. Prenez le salaire d’un magistrat, d’un policier, c’est quatre ou cinq fois plus de celui d’un enseignant.

MT.com : En tant que membre du gouvernement, est-ce que vous pensez que cette augmentation de 100% de salaire des enseignants est réalisable ?

P.A.R. : Je ne dis pas que c’est réalisable ou non. Je dis que c’est légitime. Mais ce n’est pas à moi de répondre à cette revendication, parce qu’un ministre de l’Éducation nationale doit respecter la loi. La loi des finances. Tout ce qui est relatif à la grille indiciaire concerne la loi des Finances, dans la rubrique Soldes. Sauf si vous voulez que je n’applique pas la loi de Finances. Mais là, c’est autre chose.

MT.com : En disant que cette question relève des députés, est-ce pour cette raison que le député John Andriamalala alis John Elite s’est-il rendu au ministère de l’Éducation nationale, mardi, au moment où les syndicalistes manifestaient devant le ministère ?

P.A.R. : Il faut lui demander. Il n’a pas demandé mon avis par rapport à son intervention au ministère à ce moment-là. Il faut lui demander pourquoi il est venu. D’autant plus qu’il n’y avait pas eu de rencontre entre nous ce jour-là. Je n’ai pas besoin d’un député pour me protéger ici. Il y était peut-être en tant que représentant du peuple, parce qu’il y a des représentants du peuple. Il y des représentants du peuple côté enseignants, mais il y a aussi des représentants du peuple côté parents d’élèves.

MT.com : Chaque année, il y a toujours des revendications syndicalistes au sein du ministère de l’Éducation. Cela n’en finit pas. Est-ce que vous avez une explication par rapport à cela ?

P.A.R. : Ces revendications ne changent pas. Ce sont les mêmes revendications. Et je me tue à leur dire que cela ne me concerne pas directement, parce que cela ne relève pas de ma fonction. Ils se trompent de portes. Au lieu d’aller au niveau du ministère de l’Éducation nationale qui applique la loi, ils devraient s’adresser aux parlementaires qui rédigent la loi. C’est simple, sauf pour ceux qui ne veulent pas entendre et pour ceux qui ne veulent pas croire.

MT.com : Ces derniers temps, depuis la manifestation sur la place du 13 mai, certains services du ministère de l’Éducation nationale, à l’instar de la Dren Analamanga, à Analakely, n’ouvre leurs portes que dans la matinée. Au sein de votre ministère même, nous avons constaté aujourd’hui même, (ndlr, l’interview s’est déroulée au bureau du ministre tard dans la soirée de mercredi), que des employés n’entrent au bureau qu’en début de soirée. Est-ce que cela signifie que le ministère et ses directions ne font que le service minimum ?

P.A.R. : Vous vous trompez de lieux, parce que la Dren Analamanga est en train de déménager à Nanisana. C’est pour cela. En ce qui concerne le personnel administratif du ministère, nous avons une obligation de résultat, c’est-à-dire qu’on fixe des objectifs précis par rapport au plan de travail annuel. Vu la situation actuelle, tout le monde sait qu’il y a des troubles par-ci, par-là. Il y a des tentatives de bloquer la machine administrative, cette machine tourne normalement, mais nous avons pris notre disposition. On sait qu’ils (ndlr, les grévistes) sont là dans la matinée, et on essaie de décaler un peu l’horaire de travail pour ceux qui ne sont pas indispensables et on ferme un peu tard pour que la machine tourne. L’administration doit tourner et je vous assure que l’administration tourne partout à Madagascar. Là, on est en train de préparer les examens et on est dans les temps.

MT.com : En parlant justement des examens officiels, le ministère envisage toujours de maintenir le calendrier, malgré la fermeture des écoles pendant un mois maintenant. Est-ce que ce ne serait pas une sanction envers les élèves qui ne peuvent pas rentrer dans leur école ?

P.A.R. : Bien sûr, nous allons maintenir le calendrier des examens officiels. Je ne sais pas si c’est une sanction ou non. Mais dans tous les cas, les chiffres montrent qu’il n’y a que moins de 1% des écoles qui ferment leurs portes à Madagascar à cause de la manifestation politique actuelle. Il y a 30 000 écoles à Madagascar, sur ces écoles, un tiers sont des écoles privées, c’est-à-dire que les parents d’élèves de ces écoles paient mensuellement ou annuellement des frais de scolarité. Il y a à peu près 300 écoles qui sont en situation de perturbation à cause de la grève des enseignants. Si on parle de la qualité de l’éducation, on ne va pas le faire par le bas. Que tout le monde prenne ses responsabilités. Celle du ministère est d’organiser les examens officiels. Si on recule les examens, les parents d’élèves des écoles privés seront pénalisés. Mais on ne va pas pénaliser un tiers des écoles à Madagascar à cause de 1% des écoles qui sont touchées par les perturbations. Que ce soit clair pour tout le monde, que tout le monde prenne ses responsabilités. Moi j’assume les miennes.

MT.com : Parmi les 1% que vous venez d’évoquer, il y a quand même des élèves, des centaines, voire des milliers d’élèves. Qu’en est-il alors de leur sort ?

P.A.R. : Leur sort appartient aux enseignants. On va prendre notre responsabilité par rapport à cela, mais il faut que tout le monde sache, que les parents d’élèves sachent que les examens vont se tenir aux dates prévues.

MT.com : Est-ce que le ministère n’envisage pas de faire quelque chose pour ces élèves parce qu’apparemment, ils sont donc pris en otage entre le ministère et les syndicalistes, voire les enseignants qui sont en grève ?

P.A.R. : Ils ne seront jamais pris en otage. Et le ministère va prendre ses responsabilités d’ici peu. Ne vous en faites pas.

Propos recueillis par Vavah Rakotoarivonjy

10 commentaires

Vos commentaires

  • 31 mai à 09:25 | LOVAXEL (#10217)

    le MAIS qui tue la phrase

    ils ont raison ET ils ont tort

    faux choisir faux cul

    quel guignol de « ministre »

    juste bon à s’enrichir sur notre dos

  • 31 mai à 09:39 | LOVAXEL (#10217)

    il faisait plus intelligent sans costume singe trois pièces

  • 31 mai à 11:07 | Jipo (#4988)

    Bonjour .
    Voilà donc la réponse à ma question d’ hier de s’ adresser au ministère concerné , je pense que c ’est lors du vote des budgets par ministère que chaque député doit défendre son bifteck , mais je pense ( je sais c ’est prétentieux) qu’ un ministre a les moyens de peser pour avoir le maximum pour son ministère , Cf : RR notre vénérable ministre du tourisme, , celui qui va faire de l’ ombre à son voisin Mauricien, et construire des golfs, sur les prairies de la cote Est , sans oublier les héliports pour s’ y rendre à moindre cout et en totale sécurité, si les quelques pilotes compétents sont disponibles et qu’ il n’ y a pas d’ inauguration présidentielle prioritaire ...
    Quelques soient les grèves, jours manqués la date des examens reste inchangée, ce qui ne peut que nuire au niveau des examens, l’ incompétence a de beaux jours devant elle .

  • 31 mai à 11:08 | sixfrid (#10247)

    Oui il ne relève pas de votre domaine d’appliquer une réalignement de la grille indiciaire des enseignants, mais en tant que Ministre chargé de l’enseignement, qui mieux que que vous peut comprendre le calvaire financier vécu par vos brebis et de les défendre lors des multiples conseils de gouvernement et/ou contact avec vos pairs parlementaires. A méditer....

  • 31 mai à 14:22 | LOVAXEL (#10217)

    ce Ministre se moque éperdument de protéger ses administrés
    il veut juste manger , se gaver , se gaver et se gaver

  • 31 mai à 15:45 | benantsa (#10178)

    Un jour j’ai assisté, parce qu’invité, à une remise de kits scolaires par les bons soins de ce ministre...
    Son discours, à l’époque, pouvait se résumer comme suit :
    Grâce à moi voici ces kits scolaires (quelques babioles chinoises sous cellophane). Grâce à moi une nouvelle vague de maîtres « fram ». Grâce à moi encore une future vague de maîtres « fram »... si vous votez HVM ! Ca puait déjà le discours pré-électoral... il y a plus d’un an et demi.
    Par ailleurs, tout le monde sait que les fonctionnaires du MEN, enseignants ou non, ont été « invités », voire forcés, à adhérer au parti en question. Qu’en est-il dans les autres ministères ?

  • 31 mai à 18:02 | ratiarison (#10248)

    Minisitra VONGANY****@ny lafiny rehetra....**** Aiza hianao Zandry lahy : B.Bekamisy o ??? torak’izany ihany koa ny namana : Matoriandro *** Manakory jiaby e !!!

  • 31 mai à 18:23 | saricine (#2893)

    Je ne suis pas proHVM, mais à un moment donné, il faut aussi savoir analyser la situation et les propos, pour ne pas tomber bêtement dans une situation de résistance et de jusqu’auboutisme inutile et stérile.

    Il a déjà qu’il comprends les doléances des fonctionnaires, mais il n’a pas le pouvoir de changer les lois. Tout ça veut dire que les fonctionnaires devraient trouver d’autres façons plus intéressantes et plus intelligentes pour arriver à leurs objectifs.

    Mrs et Mme les générations 10 000, l’experience a toute sa place aux situations actuelles. Il ne suffit pas d’allumer du feu, il faudrait l’entretenir et en même temps le savoir maîtriser puis l’eteindre au moment opportun.
    L’experience anterieure nous a prouvé que nous les malgaches ne sont pas bons , sur cette maîtrise du feu : en sens figuré ou en réel. Ce que nous savons faire c’est de tout brûler et n’y laisser que du cendre.

  • 1er juin à 16:35 | Hortensia (#10280)

    M. le Ministre,
    Je n’ai qu’un mot pour vous : démissionnez !
    Vos propos sont une insulte aux fonctionnaires sous votre autorité. En tant que ministre chargé de l’enseignement vous êtres responsable de tout ce qui touche ce domaine y compris la situation de le corps enseignant. L’exécutif comme le parlement peuvent être à l’initiative de la loi à travers des projets de loi pour les premiers et des propositions pour les seconds (art 86 de la Constitution).
    Il est part ailleurs établi que c’est le gouvernement qui est le plus actif, puisque la plus grande majorité des loi votées à l’AN ont été préparées par les ministères qui disposent des ressources humaines, techniques et matériels pour ce faire. Il vous appartient donc et c’est votre responsabilité si vous êtes convaincu de la légitimité de leur revendication de vous atteler à la tâche. Si vous ne vous en sentez pas capable ou si vous n’avez pas la volonté car vous préférez garder le beurre pour votre propre usage, alors ayez au moins l’honnêteté de rendre votre tablier. Vous qui voulez tant donne l’image d’un ministre au-dessus du lot, motivé par une certaine idée du pouvoir, vous le sociologue éclairée, quelle belle sortie que de claquer la porte en déclarant que vous n’avez pas eu l’attitude de rendre à nos enseignants ce qu’ils méritent, la reconnaissance, le respect et la digne de leur abnégation aussi préférez vous claquer la porte.
    Sinon : zesta fotsiny, fa mitovy amin-dry lerony ihany e ! Vola sy voninahitra no mahamay...
    Les parlementaires ne disposent pas des mêmes moyens que vous et sont surtout élus pour représenter leurs électeurs et voter les lois (souvent préparées par les ministères) au mieux de l’intérêt du pays ou en tout cas ce qu’ils considèrent comme telle après les avoir analysées.
    D’ailleurs si vous étiez si sensibles que ça à la précarité et au déséquilibre entre le traitement du corps enseignant par rapport aux autres corps de fonctionnaires, qu’est-ce qui vous empêche de saisir les députés de votre bord pour qu’ils proposent un cadre légal et réglementaire plus approprié pour un traitement plus acceptable ? ça pourrait même être un travail concerté entre vous.
    Le fait est que les uns et les autres vous n’avez d’autre préoccupation que vos petites personnes et vos privilèges totalement immérités. TRISTE !!!

  • 2 juin à 10:44 | efa ela (#4563)

    Andriamatoa Rabary,
    Votre posture étonne et dérange.

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