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Interview

Pr Raoelina Andriambololona

« Le nucléaire est l’avenir du pays »

samedi 6 octobre 2007 | Feno R.
« Je suis rentré en 1968, quittant le CNRS pour servir mon pays ».

Il est né à Toamasina le 6 mai 1936. Marié à Mme Jacqueline Rabesahala qui est maître de Conférences en Philosophie à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université d’Antananarivo, il est le père de 6 enfants. Le Professeur Raoelina Andriambololona est le fondateur et le directeur général de l’Institut des sciences et techniques nucléaires qui a été créé à partir de zéro.

Au départ, il n’y avait pas de bâtiment, ni d’étudiant, ni de personnel, ni d’enseignant, ni de chercheur. Sauf lui-même qui n’est pas un spécialiste de la physique nucléaire, mais celui de nucléon des hautes énergies, c’est-à-dire un physicien théoricien. Ce professeur est membre de plusieurs sociétés savantes nationales et internationales et président de la section des sciences fondamentales de l’Académie Malgache. Il est membre de plusieurs associations professionnelles dont l’Association nationale pour la radioprotection à Madagascar. Le Professeur Raoelina Andriambololona a déjà sorti plus de 130 publications scientifiques.

Tribune : Pourquoi avez-vous mis en place l’Institut des sciences et techniques nucléaires ?

- Professeur Raoelina Andriambololona : « Je suis rentré en 1968 à Madagascar démissionnant du Centre national de la Recherche scientifique de ma propre initiative pour servir Madagascar. J’avais dit que le nucléaire était l’avenir du pays. A l’époque, le Commissariat de l’énergie atomique français exportait déjà de l’uranium de Madagascar. Après la deuxième guerre mondiale, les Américains ont déjà été ici pour la recherche et l’exploitation de l’uranium ».

Comment vous étiez arrivé là ?

- « Lorsque j’étais élève en classe de seconde au Lycée Gallieni, j’ai assisté à une conférence animée par des experts étrangers sur l’avenir du nucléaire. C’était à cause de cela que le nucléaire m’a intéressé. Je me suis spécialisé en commençant d’abord par la théorie. Quand je suis rentré ici, je suis passé de la théorie aux travaux de laboratoire ».

Vous avez dit que le nucléaire est l’avenir du pays, pourriez-vous nous parler de l’état des lieux du nucléaire à Madagascar ?

- « Ce n’est pas l’accident de Tchernobyl qui allait freiner le développement du nucléaire. Nous avons négligé jusqu’au novembre 2006, l’option énergie nucléaire dans la programmation énergétique de notre pays. Ce qui fait que nous nous trouvons dans cet état où nous subissons les délestages ».

Est-ce que vous pouvez recenser toutes les potentialités qu’a Madagascar, que ce soit en matière de ressources humaines, des matières premières… ?

- « Nous avons besoin du nucléaire. La solution des problèmes énergétiques ne se trouve pas dans les énergies nouvelles et renouvelables. Si nous voulons développer l’industrie en particulier, si nous avons besoin d’énergie concentrée, il n’y a pas d’autre solution que l’énergie nucléaire. Nous avons la matière première à savoir l’uranium même pas en profondeur. C’est pour cela que nous avons à peu près une dizaine de compagnies étrangères en prospection à Madagascar dont les principales sont canadiennes et australiennes ».

Quelles sont les actuelles applications du nucléaire à Madagascar ?

- « Il faut séparer les applications énergétiques du nucléaire et les applications pacifiques du nucléaire pour le développement du pays. J’essaie depuis trente ans de parler de la nécessité d’utiliser le nucléaire pour le développement du pays. Aujourd’hui, il est utilisé en médecine. De ce fait, nous aurons ce mois-ci une délégation assez lourde pour développer la médecine nucléaire à Madagascar puisque nous sommes en retard. Madagascar est un exemple en Afrique en matière de radioprotection. Quand on développe le nucléaire, le développement de la radioprotection qui empêche de faire des bêtises est une condition sine qua non. On utilise également le nucléaire dans la protection des végétaux, la stérilisation des mâles pour tuer les mouches de fruits, l’insémination artificielle, l’amélioration de la qualité du riz et du manioc, et la recherche de l’eau sous-terre »…

Pour clôturer cette page consacrée au nucléaire, je vous pose la question de savoir quels sont les obstacles qui freinent le développement du nucléaire à Madagascar ?

- « Ce sont des freins que j’appelle intellectuels. On a fait rentrer dans l’esprit des gens que le nucléaire est dangereux car on regarde plus l’aspect maléfique que l’aspect bénéfique. Les pays développés ne veulent que les pays en voie de développement acquièrent la technologie nucléaire parce qu’après tout ils vont faire la bombe. Il faut lutter contre la prolifération des armes nucléaires. La difficulté se trouve non pas dans la connaissance humaine mais dans l’éthique ».

Est-ce que vous pouvez parler de votre vie quotidienne ?

- « Je me réveille, je vais travailler. Je suis un chercheur né. Un chercheur travaille même s’il n’est pas payé. C’est une passion. Il y a des gens qui deviennent religieux…Je ne suis pas riche, je l’admets. Si j’étais resté en France, j’aurai acquis beaucoup d’argent. Mes copains de promotion touchent vingt fois plus que moi. Cela fait que vingt ans que je suis bloqué dans mon avancement, c’est à cause de cela qu’on m’a remercié. Pour moi, ce qui compte dans la vie, ce n’est pas de gagner de l’argent. N’importe qui peut gagner de l’argent. Si Dieu nous a mis sur terre, c’est justement pour que nous soyons utiles ».

Qu’est ce que vous aimiez dans la vie ?

- « J’aime écouter la musique. Le jazz et la musique classique. J’écoute surtout Mozart et Mendelson ».

Qu’est ce que vous détestez ?

- « Je déteste l’hypocrisie. Mois je dis ce que je pense avec le cœur pur, sans arrière-pensée. D’ailleurs, je dis aux gens ce qui ne va pas. Dans le même giron, je n’aime pas celui qui se prend pour quelqu’un qu’on est pas. Il y a un verset dans la Bible que j’ai aimé, que j’ai compris maintenant : « Donnez-nous un cœur pur ». Car si vous avez un cœur pur, tout est bon. A ce moment-là, le royaume de Dieu vous est donné ».

Parlez-nous enfin de votre vie familiale ?

- « Je m’occupe de ma famille. Je pars le matin, et je rentre le soir parce qu’après l’université, j’allais dans les associations de bienfaisance pour développer mon village natal. Puis un jour, ma fille de trois ans m’a dit, papa on te voit jamais. Je me suis posé la question pourquoi elle m’a dit cela. A partir de ce moment-là, j’ai réduit un certain nombre de mes activités. Il faut que je consacre une partie de mon temps à ma famille. Par ailleurs, dans la réussite d’un homme, il faut également regarder la femme. Elle s’est sacrifiée pour moi. Elle a eu un cursus universitaire tout aussi brillant que le mien, qu’elle aurait pu avoir une vie comme la mienne. Mais elle a préféré être là où j’étais défaillant. A cause de cela, j’ai eu beaucoup d’ennemis. J’ai aussi beaucoup d’amis, de très bons amis en compensation. Souvent, mes ennemis se vengent sur moi, sur mes enfants et sur ma femme aussi ».

Vos derniers mots ?

- « Si nous voulons développer notre pays, commençons à nous respecter nous-mêmes. C’est à nous Malgaches de développer notre pays, de travailler ensemble, de chercher la collaboration, la coopération ».

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