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Economie

Bois de rose

« La politique de l’Etat n’est pas claire », selon Laisoa Jean Pierre

lundi 3 mars 2008
Laisoa Jean Pierre reste optimiste malgré tout.

Pendant que l’assainissement de la filière bat son plein, des opérateurs d’Antalaha s’interrogent sur le sort des investissements qu’ils ont effectués. Laisoa Jean Pierre, un opérateur en bois de rose, s’exprime en proposant des solutions. Interview.

MT : Monsieur Laisoa Jean Pierre, qu’en est-il actuellement de l’évolution de la situation à Antalaha ?

- L.J.P. : Il y a plus d’un mois déjà, une grosse quantité de bois de rose a fait l’objet d’une saisie conservatoire à Antalaha. Ces produits ont été déclarés illicites par une mission du ministère de l’Environnement. Des enquêtes ont été déjà menées, mais on ne sait pas jusqu’à présent de quoi ces opérateurs en bois de rose sont exactement inculpés. Actuellement, la Présidence de la République prend en main la situation. Un Task Force composé des représentants de plusieurs entités, dont le BIANCO et le CSI, effectue une contre-enquête pour faire la vérité sur cette affaire.

Qu’attendez vous de cette contre-enquête ?

- Je souhaite tout simplement son accélération pour savoir qui sont les responsables du chamboulement actuel, l’administration ou les opérateurs. En tout cas, je suis entièrement d’accord avec l’assainissement que l’Etat veut faire dans cette filière « bois précieux ». Je félicite particulièrement la prise de responsabilité de la Présidence.

Vous ne seriez pas épargné par cette saisie conservatoire, pouvez-vous parler de votre cas ?

- À vrai dire, je ne suis pas concerné par cette histoire de saisie car jusqu’à présent je n’en suis pas notifié, que ce soit par écrit ou verbal. Je me sens cependant bloqué à tous les niveaux.

Alors que vous y avez engagé des dépenses ?

- Oui, j’ai investi pas moins de 2,6 milliards d’Ariary pour l’achat des produits, sans parler du coût des machines de transformation que j’ai acheté jusqu’à 120 millions d’Ariary alors que ces machines n’ont même pas pu fonctionner comme il faut.

Avez-vous commis des infractions ?

- Je n’ai fait ni coupes ni collectes. J’ai acheté ces produits à des fournisseurs légaux qui ont eu des autorisations en bonne et due forme délivrées par l’administration de l’Environnement, des Eaux et Forêts. A ma connaissance, je n’ai jamais été sanctionné par l’administration forestière pour une infraction quelconque. Je n’ai jamais eu de problèmes avec l’administration forestière depuis l’obtention de mon permis d’exploitation en 2000.

Quelles solutions proposez-vous alors pour débloquer la situation actuelle ?

- Le problème, c’est que la politique de l’Etat en matière de bois précieux n’est pas tellement claire. La preuve : on décide aujourd’hui l’ouverture de l’exploitation et la commercialisation de ces bois, demain on prend une décision contraire. Pour moi, cet assainissement constitue déjà une bonne solution. Mais, il devrait y avoir des mesures d’accompagnement pour sécuriser les investissements des opérateurs qui se conformeraient aux réglementations en vigueur.

Et si on vous laisse continuer ?

- Nous sommes prêts à prendre notre responsabilité pour qu’il y ait exploitation rationnelle et durable de nos ressources naturelles comme stipulé dans le MAP. L’Etat devrait responsabiliser les opérateurs, politique de développement émanant de la base oblige, pour la conservation et l’exploitation de ces bois précieux car nous sommes les premiers à en avoir intérêt. Pour ce faire, l’Administration forestière et les opérateurs devraient d’abord se mettre autour d’une table. Car depuis, toutes décisions relatives à la gestion de cette filière « bois » sont unilatéralement prises par l’administration. Alors que nous les opérateurs, nous avons notre vision pour harmoniser la gestion de la filière.

À votre avis, faut-il travailler ou transformer ces bois avant de les exporter ?

- Les textes en vigueur nous y obligent. Malheureusement, nous ne maîtrisons pas pour le moment la technologie de transformation de ces bois. Nous ne pourrons pas ainsi répondre aux normes exigées sur le plan international. Par ailleurs, la quantité des stocks actuellement inventoriés s’avère largement insuffisante pour convaincre les gros investisseurs étrangers à installer des usines de transformation à Madagascar. Il serait donc mieux pour Madagascar de rester pays fournisseur des matières premières comme on fait avec nos pierres précieuses et avec autres ressources naturelles.

* NDLR : Ce que l’opérateur en bois précieux ne sait sans doute pas, c’est que les pierres précieuses font l’objet depuis la création de Institut de Gemmologie de Madagascar, d’une valorisation conséquente qui augmente ainsi la valeur ajoutée de la matière.

Recueilli par Rajaofera Eugène

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