La concertation nationale, présentée depuis plusieurs mois comme l’étape décisive de la refondation institutionnelle du pays, n’aura finalement pas lieu ce mercredi comme cela avait pourtant été annoncé après un premier report officialisé le 20 mai dernier. À la place de la cérémonie de lancement prévue au Centre de conférences international (CCI) d’Ivato, une simple réunion en comité restreint est annoncée.
Cette évolution était loin d’être une surprise. Lors de son émission spéciale diffusée dimanche sur la télévision nationale TVM, le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, n’avait consacré aucun développement à l’organisation effective de cette concertation pourtant présentée comme la pierre angulaire du processus de changement de système réclamé depuis plusieurs mois par les acteurs politiques et les manifestants engagés dans les mouvements de septembre.
Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire, la concertation nationale était présentée comme le cadre devant permettre de trancher les principales questions institutionnelles du pays : maintien ou dissolution des institutions existantes telles que la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), l’Assemblée nationale ou encore la Commission électorale nationale indépendante (CENI), réforme des règles électorales, ainsi qu’une éventuelle révision de la Constitution ouvrant la voie à l’instauration d’une Ve République.
Pourtant, à quelques heures de la date prévue pour son lancement, aucun calendrier précis n’est désormais avancé. Aucune explication officielle n’a été fournie concernant ce nouveau report. Aucune nouvelle date n’a davantage été communiquée aux représentants régionaux et aux différents participants qui attendaient de prendre part aux discussions.
Selon les informations disponibles, la cérémonie d’ouverture est remplacée par une réunion préparatoire réunissant le chef de l’État, les quatre dirigeants du Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM), le Premier ministre et la ministre chargée de la Refondation. Cette rencontre devrait permettre de définir les grandes orientations et les modalités d’organisation de la future concertation nationale.
Mais ce nouvel ajournement ravive les interrogations sur la capacité des autorités à respecter leurs propres engagements. Plusieurs observateurs y voient un nouveau revirement dans un processus politique déjà marqué par de nombreuses annonces restées sans suite.
Le précédent le plus marquant remonte au 14 octobre 2025. Au lendemain de sa prise de pouvoir, le colonel Michaël Randrianirina, alors président de la Refondation de la République, avait annoncé la dissolution de l’ensemble des institutions républicaines, à l’exception de l’Assemblée nationale. Quelques jours plus tard cependant, le même dirigeant prêtait serment devant la Haute Cour Constitutionnelle, institution qu’il avait pourtant déclaré vouloir dissoudre, avant de reconnaître implicitement la continuité de l’ensemble des institutions existantes.
Ce nouvel épisode vient ainsi renforcer les interrogations sur la cohérence du processus de refondation engagé depuis plusieurs mois. Alors que les attentes demeurent fortes concernant l’avenir des institutions et l’organisation des prochaines échéances électorales, l’absence de visibilité sur la tenue effective de la concertation nationale risque d’alimenter davantage le scepticisme d’une partie de l’opinion publique.
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