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lundi 18 février 2019
Antananarivo | 19h12
 

Portrait

Les défis d’une femme maire

Beanarana Jeanne Ursula, maire de la commune rurale d’Anjinjaomby, district de Sambava (région SAVA)

samedi 12 avril 2014
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Madame le maire Ursula Beanarana, seule au milieu de tous ces hommes.

De 2004 à 2007, Ursula était conseillère communale. En fait, elle faisait tout le travail du maire, pourtant élu grâce à son appui. Elle décide donc – ou plutôt, l’association de femmes qu’elle dirige décide pour elle – qu’il faut qu’elle se lance à la conquête de la mairie à l’élection de 2007.

Premier défi : une femme au premier plan, l’humiliation pour les hommes ?

Tant qu’Ursula n’était « que » conseillère communale, les hommes s’accommodaient de la présence d’une femme dans le cercle presque exclusivement masculin des autorités locales. A elle l’obscur travail de fond, au quotidien, au maire l’honneur d’inaugurer les réalisations obtenues en grande partie grâce à la ténacité et au savoir-faire de la conseillère. Mais qu’une femme ose se porter candidate à la mairie, quitter l’arrière-plan pour occuper le devant de la scène, le maire l’a pris comme un défi personnel. Une akohovavymaneno sur son terrain ? Il a donc mobilisé ses amis pour barrer la route à l’impudente.
Pourtant, ni Ursula ni son association de femmes – elles étaient et restent très solidaires – ne s’intéressaient aux honneurs. Pour elles, le but n’était pas de devenir le numéro Un de la Commune pour le prestige du poste, ni pour les divers avantages auxquels il peut donner accès. Pragmatiques, ce qu’elles voulaient, c’était mettre leurs idées en pratique.

Deuxième défi : sortir des sentiers battus des politiques communales

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Madame le maire dirige une réunion du conseil communal.

Ursula et ses amies étaient convaincues que la commune d’Anjinjaomby pouvait et devait être mieux gérée. Par exemple, elles pensaient qu’il n’était pas très utile de se lancer à fonds perdus dans le soutien à l’équipe locale de football, comme le faisait le maire sortant. Pendant sa campagne électorale, plutôt que de multiplier les promesses démagogiques, elles s’attachent à identifier les besoins,les obstacles, et les opportunités de développement.

Le développement, Ursula connaît. Agent vulgarisateur, elle s’occupe d’alphabétisation et de construction de puits dans les fokontany de la commune, dans le cadre du Projet d’Appui au Développement Agricole du Nord-Est (PADANE). Dans l’exercice de sa profession, elle a appris à écouter la population, et surtout à réaliser leurs aspirations. Et elle est élue maire.

Le défi initial : la place des filles dans le milieu familial

Ursula est devenue agent vulgarisateur un peu par hasard. Bachelière, elle a commencé des études de gestion à l’Université de Toamasina ; mais une fois ses parents divorcés, sa belle-mère rechignait de plus en plus à lui envoyer de quoi vivre. Elle a donc dû renoncer à ses études universitaires. La marâtre, par contre, n’a pas osé soulever la colère de son mari en coupant aussi les vivres à son fils. Le frère d’Ursula a donc pu continuer à l’Université de Toamasina, tandis qu’elle a été obligée de rentrer à Sambava, où elle s’est mise à chercher du travail.

Et la suite de la success story ?

La commune d’Anjinjaomby a été déclarée commune pilote, pour cause de bonne gestion. C’est aussi le cas de la grande majorité des quelque 450 communes dirigées par une femme. Sur plus de 1.600 communes, elles ne sont qu’environ 3% de femmes maires aujourd’hui.
A-t-on pensé au bénéfice pour le pays, si cette proportion de communes qui marchent était seulement portée à 20% à l’issue des élections communales prévues cette année ? [1]

Mireille Rabenoro

Notes

[1Supputation du Dr Brigitte Rasamoely, ancienne maire de la commune d’Ambohimalaza (Antananarivo Avaradrano)

3 commentaires

Vos commentaires

  • 12 avril 2014 à 12:05 | ratiarivelo (#131)

    Salama e !! Tsara be Madama fa tohizo !! maromaro ny sahala @ny ZAO !! samy tsara.

  • 12 avril 2014 à 13:40 | reglisse (#6117)

    Quelle belle histoire, si joliment racontée !
    Et a t on pensé à une femme députée, ministre, premier ministre, et aussi présidente de la république...???
    Bravo Ursula, continuez dans l’honnêteté et la compétence...

    • 13 avril 2014 à 15:14 | zaho (#699) répond à reglisse

      Bravo Madame,
      Pour une fois, on raconte les rélisations faites quand c’est une femme qui est à la tête. Ceci devrait nous faire réfléchir, nous les hommes car nous ne sommes pas forcément meilleurs. Et j’espère que pluseurs communes basculeront lors de la prochaine consultation communale. Ce serait bien aussi que ces Femmes Maires soient à la tête de grandes agglomérations. Je ne pense pas me tromper, mais les premiers opposants de ces femmes candidates, ce sont malheureusement« LES FEMMES ». Ceci dit, j’espère que dans le futur gouvernement de Monsieur KOLO, quelques femmes trouveront leurs places, des femmes compétentes bien sûr. Ceci est également valable pour les hommes qui seront nommés à de très haute responsabilité.Je ne demande pas encore la parité comme en France, mais ceci viendra, je l’espère avec le temps. Encore Bravo Madame La Maire.

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