Chronique d’un redressement contrarié — Épisode 1
Thierry de Bailleul — Ancien Directeur général de Madagascar Airlines
Le 31 octobre, on célébrait en grande pompe le retour d’Air Madagascar. Fierté nationale, renaissance, reconquête : les grands mots ont habillé l’opération.
Derrière la mise en scène, une tout autre réalité
Changer de marque commerciale ne nécessite qu'une décision du conseil d’administration, pas une restructuration de plusieurs dizaines de millions de dollars. Derrière le changement de nom se prépare en réalité la réhabilitation de l’ancienne structure juridique et financière Air Madagascar. Voilà ce que les célébrations du 31 octobre contribuent à masquer.
Deux compagnies, deux réalités
Air Madagascar et Madagascar Airlines sont deux sociétés juridiquement distinctes. La première, en redressement judiciaire, porte un passif historique supérieur à 100 millions de dollars. La seconde, créée en 2022 pour reprendre l'exploitation sur des bases assainies, avait atteint l’équilibre en 2025.
La question qui dérange
Pourquoi ressusciter une société criblée de dettes, alors qu’il suffirait d’en reprendre le nom ?
L’État annonce pourtant l’abandon de 50 millions de dollars de créances sur Air Madagascar. Mais que devient le reste du passif ? Pourquoi le sort de ce passif n’a-t-il toujours pas été réglé dans le cadre du redressement judiciaire ? Et surtout, à qui profite cette réhabilitation ?
La réponse est sidérante
Derrière la renaissance nationale se profile la réhabilitation des anciens statuts du personnel,
notamment navigant, assortis d’avantages aux coûts exorbitants, comme les ICS (indemnités de
cessation de service). Totalement déconnectés des réalités économiques, ces avantages ont contribué à la déconfiture d’Air Madagascar.
Certains fournisseurs historiques, créanciers de l'ancienne compagnie, pourraient également y trouver leur intérêt.
Sous couvert de fierté nationale, les intérêts corporatistes risquent de reprendre le dessus sur la viabilité économique de la compagnie, au bénéfice éventuel de certains créanciers historiques.
L’histoire est donc en train de se répéter.
Des bénéfices auto-proclamés, des comptes introuvables
Pendant ce temps, la nouvelle direction claironne des résultats financiers positifs, sans en préciser la période, le périmètre ni même la nature, tout en déplorant l’absence de comptes audités. Trop facile !
Où sont donc passés les comptes des exercices 2022 à 2025, dont nous avions fait réaliser l’audit par un cabinet indépendant (Delta Audit) et le commissaire aux comptes ? Pourquoi, étrangement, les comptes déjà audités ne sont-ils pas publiés ?
Que la nouvelle direction publie des comptes 2026 audités par un cabinet indépendant, ainsi que ceux des années précédentes. On pourra alors juger sur pièces, plutôt que sur des résultats autoproclamés.
Le retour des vieux démons
Le problème d’Air Madagascar n’a jamais été son nom, mais son modèle économique, son endettement et sa gouvernance.
Le danger n’est pas de ressusciter son nom, mais les pratiques et les privilèges qui l’ont conduite à la faillite.
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