Lors de son discours de fin d’année, Andry Rajoelina a dit : « Il convient de redonner le pouvoir de décisions au peuple ».
En préambule, il reconnaît implicitement que son arrivée au pouvoir ne s’est pas faite par « décisions du peuple ». Ce qui est contraire aux égosillements qui durent depuis le début, proclamant que le pouvoir actuel y est par « la volonté du vahoaka ou peuple ». Je ne suis pas sûr que le revirement soit volontaire et réfléchi, ou peut-être un simple lapsus !!!
Il y quelques temps, sur cette même Tribune (« tests politiques ? chiche » en ligne le 02 décembre 2009), j’ai proposé des élections, mais pas celles que propose Rajoelina, mais plutôt des élections communales de Nosy Be, Antananarivo et Taolagnaro, des villes privées de maires élus. Bon, passons.
Je suis contre la tenue d’une élection législative pour élire des députés pour une Assemblée Constituante. Je ne suis vraiment pas d’accord car pour moi, une Constitution ne doit être validée que par référendum et non pas par des députés, fussent-ils élus au suffrage universel. Je reviendrai là-dessus dans quelques jours.
Cette fois-ci encore, je dis chiche à la proposition de Rajoelina de rendre les pouvoirs de décisions au peuple mais il y a des conditions à cela.
Je veux bien que l’on organise des élections, mais il faut d’abord que Rajoelina me dise d’abord combien de temps va durer « la transition ». Ce n’est pas parce qu’il déclare la main sur le cœur qu’il est à son poste gratuitement (sans indemnités, mais sans compter les dépenses type jet privé ou déplacement inutile à l’ONU), qu’il a le droit d’y rester autant qu’il veut.
Ndimby a parlé de « marche ou crève » sur ces colonnes. Et bien moi, je dis à Rajoelina que je ne marche pas (dans ses combines) et encore moins crever pour qu’il puisse être appelé Président (comme le camembert du même nom), sans limite dans le temps !!!
Il dit que c’est par amour pour la Patrie et le peuple qu’il est à son poste. Et bien moi je lui réponds, effrontément, que quand on aime, on ne fait pas de mariage forcé (putsch) ou arrangé (Maputo), ou unilatéral (nomination d’un 1er Ministre sorti du chapeau, HAT en anglais, je rappelle). En plus, il n’a pas arrêté de marteler lors des manifestions qu’il ne cherchait pas à s’accrocher au pouvoir.
Et bien, maintenait, il est pire qu’un morpion. Il s’y accroche mais en plus sans même dire combien de temps.
En résumé et vulgairement, il est en train de se moquer du monde (pour rester poli), et c’est insupportable !!! De toute façon, en s’entourant de vieux briscards tels que Ratsirahonana ou Andriamanjato (ces gens là ont été quand même aux manettes et je serai curieux de savoir quel est leur bilan politique, hormis les magouilles en tous genres), ce n’est pas demain qu’il modernisera la vie politique.
On veut bien une situation exceptionnelle car le mari précédent commençait vraiment à être en dessous de tout, en termes de bonne gouvernance et mélange des intérêts de l’État et l’état de ses intérêts personnels. Mais une situation exceptionnelle ne peut durer, sinon cela ne relève plus de l’exceptionnel.
Rajoelina doit se mettre dans la tête et le cerveau (s’il en a car là, en analysant tout ce qui s’est passé depuis quelques mois, on commence à douter de sa dotation en termes de capacité à analyser une situation) qu’il n’a reçu aucun vote d’aucun citoyen. Il est à son poste suite aux évènements et des discussions de coulisses. Alors, il faut bien qu’il m’explique pourquoi il n’a pas parlé un seul instant de cet état de fait et pourquoi il ne veut pas me dire combien de temps il compte rester.
Vous faites le compte : élections bidon en mars 2010 (Assemblée Constituante, cf ci-dessous en PS), après, référendum sur la Constitution, ensuite, élections générales (communales, régionales, législatives et présidentielles). Cela veut dire, au bas mot, que Rajoelina veut rester au pouvoir au moins jusqu’à la fin de la saison des pluies de 2011, ce qui nous ramène en juin 2011.
C’est à dire, plus de deux ans à pouvoir faire l’apprenti-dictateur qui décide quel malgache a droit de rentrer dans son pays ou pas, et cela à partir d’une simple note administrative (Organès est normalement un officier de police judiciaire mais qui manipule le droit comme bon lui semble) ? Plus de deux ans pour préparer sa propre succession ? Et ensuite, repartir avec lui pour cinq autres années ? C’est la finalité de tout ce malheur infligé au peuple ? Tout ça pour en arriver là ? Pourquoi pas le pouvoir à vie tant que l’on y est !!!
Un mot de sa part et il va m’envoyer à Tsiafahy pour 5 ans car je trouble l’ordre public en le traitant d’apprenti-dictateur, puisque il n’y a aucun contre-pouvoir légal pendant tout ce temps ?
Que ceux qui osent, viennent me prouver, par la logique du temps et arithmétiquement, le contraire.
S’il veut se cramponner à ce pouvoir non légitimé par aucune élection, qu’il le dise franchement mais il ne faut pas qu’il prenne le peuple pour un imbécile ni pour des canards sauvages.
Le peuple est avant tout un citoyen, il lui doit le respect et il le lui rendra bien. Sinon, il aura en retour son irrespect et la révolte.
Comme il n’a pas fait d’étude en sciences politiques, et j’en suis sûr, n’a jamais lu un livre sur le sujet, il doit apprendre qu’il n’y a rien de pire qu’un ras-le-bol sans révolution, mais qui accumule des révoltes. C’est ce que vit notre pays depuis l’Indépendance. Il a été amené au pouvoir par des révoltes, et bien s’il continue comme ça, il en sera chassé par des révoltes (comme ses prédécesseurs), par la mienne pour commencer.
Et oui, je suis révolté, et je suis sûr de ne pas être le seul, par un tel mépris pour le citoyen que je suis.
Dernier avertissement à Rajoelina : combien de temps comptes-tu rester au pouvoir ?
Saches que je tirerai à boulet d’encre rouge sur toi si tu :
- ne nous dis pas maintenant combien de temps tu comptes rester au pouvoir
- comptes sur un mariage forcé ou arrangé avec le peuple, au-delà de mars 2010
- penses te présenter à l’élection présidentielle, tout en restant au pouvoir.
Pour ces 3 points, tu dois répondre au plus vite car la patience des citoyens ordinaires comme moi a des limites.
Andry, rappelle-toi, dès le mois de février 2009, sur cette Tribune mais aussi dans la Gazette, je te demandais : « dans 5 ans, que restera-t-il de ce pouvoir que tu vas prendre par la force ? »
Ma question reste toujours valable, mais c’est toi qui es incapable de me donner la réponse ?

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