Rumeurs de pillages, perquisitions effectuées dans une ambiance musclée, présences et absences très remarquées, déclarations très partagées, fort dispositif des forces de l’ordre : l’anniversaire du 7 février 2009 s’est déroulé dans une atmosphère passablement tendue.
En rapprochant l’ambiance des derniers jours de celle des mêmes mois de 2010 et de 2011, l’on se retrouve face une véritable infirmation de la configuration « normale » selon lequelle le temps contribue à guérir les blessures. Une opposition obstinée au retour de Marc Ravalomanana, opposition manifestée en particulier par les NOTAMs et assimilés, n’a guère fléchi. Et si l’on doutait encore de l’état d’esprit du côté d’Ambohitsorohitra, les rappels faits hier par Andry Rajoelina des funestes paroles prononcées par Marc Ravalomanana en janvier 2009 « Tsapao aloha ny hery, tsapao aloha ny herinareo… » [1], ou du très criticable « non, je ne regrette rien » de Didier Ratsiraka pourraient suffire à planter le tableau.
On peut déplorer que le locataire actuel d’Ambohitsorohitra ait estimé que cela ne suffisait pas encore pour expliciter sa position, et qu’il n’ait pas hésité à violemment réveiller la sentimentalité des familles des victimes ou à récupérer à son usage personnel la culture malgache du tsiny et du tody : en déclarant que le sang des victimes pesait comme un châtiment immanent sur les personnes ayant donné instruction de tirer, Andry Rajoelina enferme purement et simplement la situation politique du pays dans une vendetta personnelle. En face, à en juger par le vocabulaire utilisé, l’on ne fait guère mieux.
L’on peut se demander si les organisateurs de la commémoration d’hier étaient conscients de l’ironie du slogan « Ampy izay » [2] arborés par certains participants. Tout le monde dit « ça suffit », mais en ne pensant pas forcément aux mêmes choses... Pour ma part, ma lassitude va envers ce climat de haine entre deux hommes, climat qui bloque le pays plus fermement que l’hiver ne bloque l’Europe.
L’actuelle démonstration par l’absurde, aussi bien que les exemples de l’Afrique du Sud hier ou de la Birmanie aujourd’hui nous prouvent que la réconciliation passe aussi par une mystérieuse équation personnelle. Sans un climat de confiance personnelle entre Frederik de Klerk et Nelson Mandela, ou entre Aung San Suu Kyi et le général Thein Sein, ce que l’on pourrait facilement qualifier de « miracle » n’aurait pu avoir lieu... On est alors en droit de demander à la SADC si elle ose encore y croire et si, sur le plan politique, elle ne ferait pas mieux de mettre les deux coqs de village sur la touche.
En dehors de ces deux là, il y a tous les autres. Au moins 20 millions d’autres. Les points de vue d’une « Mialy s’en fout », absente hier d’Ambohitsorohitra, comme ceux d’une « Tunisian Girl » [3] qui y était présente pour mettre dans le même sac Marc Ravalomanana et Ben Ali, sont sans doute tous les deux respectables. Mais ils sont difficilement conciliables.
À la vengeance privée, la civilisation a opposé le processus judiciaire. Malheureusement, trois ans après, avec les désinformations de part et d’autre, il serait certainement bien difficile à la Justice de s’y retrouver. On ne peut alors que lire avec beaucoup d’intérêt l’analyse du SeFaFi, d’autant plus précieuse que les auteurs reconnaissent qu’ils peinent encore à élaborer une ligne de pensée qui concilie les points de vue légitimes des uns et des autres.




