(MFI / 03.07.12) L’Union africaine tiendra son 19è sommet du 9 au 16 juillet à Addis-Abeba, en Ethiopie, sur fond de crises multiformes – notamment l’impasse concernant l’élection du président de la Commission de l’Union africaine - sa principale instance.
Depuis six mois, le président sortant, le gabonais Jean Ping et la ministre sud-africaine de l’Intérieur, Nkosazana Dlamini-Zuma, ancienne épouse de l’actuel chef d’Etat sud-africain, se disputent le siège de président de la Commission de l’Union africaine. En janvier 2012, plusieurs tours de scrutin ne sont pas arrivés à les départager, d’autant plus que cette élection requiert les deux tiers des suffrages. Les efforts de médiation intra-africains n’ont pas eu de résultat, y compris ceux de l’actuel président de l’Union africaine (UA), Thomas Boni Yayi, qui a réuni un comité présidé par son pays, le Bénin, et qui comprend huit membres dont l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Angola, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Gabon et le Tchad.
Pas de solution concertée à l’horizon
Aucun des pays qui soutiennent l’un ou l’autre des deux candidats ne paraît prêt à faire de concessions. L’Afrique du Sud mène toujours une campagne très agressive, insistant à la fois sur le rôle africain de Pretoria mais aussi sur l’expérience politique de Mme Zuma, une femme, qui a notamment occupé les fonctions de ministre des Affaires étrangères. Quant au Gabon, il insiste sur l’expérience internationale et africaine de Jean Ping, qui a déjà servi un premier mandat en tant que Commissaire et qui illustre aussi les relations entre la Chine et l’Afrique puisqu’il est issu d’une mère gabonaise et d’un père chinois.
Les présidents sud-africain, Jacob Zuma, et gabonais, Ali Bongo Ondimba, ont été invités par leurs pairs à engager des consultations bilatérales en vue de parvenir, par la voie du dialogue, à une solution concertée dans « l’intérêt supérieur de l’Union africaine et du continent ». Ainsi, le Gabon a intensifié ses contacts avec Pretoria en vue de convaincre Mme Zuma de retirer sa candidature alors que l’Afrique du Sud multipliait les contacts avec les autres pays africains.
« On peut envisager soit de supprimer le vote des deux tiers ce qui paraît difficile, souligne un observateur africain, soit le retrait des deux candidats afin de permettre de nouvelles candidatures ».
Quelle attitude avoir vis-à-vis de la CPI ?
De son côté, Jean Ping a multiplié ses rencontres : au Liberia, en Algérie, en Mauritanie, à propos du Mali, pour lequel il invoque une intervention de la CEDEAO et condamne la destruction des lieux saints de l’Islam à Tombouctou par des partisans d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ; mais aussi à propos de la reprise du dialogue entre les deux Soudan, de la situation en Guinée-Bissau et en République démocratique du Congo (RDC) ou en Somalie. Jean Ping a également participé aux sommets du G20 (Mexique) et de Rio +20 (Brésil) dont l’un des enjeux était le développement durable - cher à l’Afrique.
Outre cette querelle de leadership, même le lieu de rencontre de ce sommet de l’Union africaine a posé question. Le fait qu’il se tienne à Addis-Abeba (Ethiopie), siège de l’organisation panafricaine, cache une pomme de discorde, un autre malaise politique qui traverse l’UA. Il concerne l’attitude à avoir vis-à-vis de la Cour pénale internationale (CPI). Le vice-président du Malawi, Khumbo Kachali, a tranché : son pays ne pouvait pas accueillir Omar Hassan el-Bechir à Lilongwe, la capitale de son pays où le sommet était initialement prévu, car le président soudanais fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI. D’où le changement de dernière minute. À Addis-Abeba, seul peut-être le thème de ce sommet - « Promouvoir le commerce interafricain » - fera consensus. Encore que cela reste à démontrer !
Marie Joannidis / Antoinette Delafin







