Le 18 septembre 2010
Monsieur le Président,
Nous n’aurons donc pas l’honneur de participer, aux côtés de nos collègues du Comité consultatif constitutionnel (CCC), aux travaux de finalisation du projet de Constitution à l’issue de la Conférence nationale qui vient de se tenir.
Notre mission est donc brisée en plein milieu d’un processus de retour à l’ordre institutionnel et donc de fin de crise que, comme vous, nous avons toujours appelé de nos vœux.
Ainsi en a « décidé » votre entourage administratif immédiat, en contravention flagrante avec vos instructions.
En effet, nous sommes « restés à quai », en Europe… à cause de sombres problèmes comptables (qui n’existent bizarrement pas, dès lors qu’il s’agit de payer des dizaines de milliers d’euros aux « consultants » occidentaux et africains venu apporter leur « expertise » à notre pays… pourtant plongé depuis près de deux ans dans une crise sans précédent !).
Monsieur le Président, votre entourage administratif immédiat s’est joué de vous (peut-être par zèle, par peur ou par incompétence ?!) et n’a pas cru bon de tout mettre en œuvre pour nous permettre de participer à cette grande œuvre issue de la Conférence nationale que nous avons toujours appelée de nos voeux : offrir à nos Compatriotes une Constitution qui nous permettra, tous ensemble, d’aller vers l’apaisement de notre Société, le retour à l’ordre institutionnel et surtout la reconnaissance internationale.
Et c’est ce que votre entourage administratif immédiat n’a peut-être pas saisi : l’élaboration de ce projet de Constitution ne peut pas souffrir d’une quelconque opacité. Il doit être une œuvre collective, élaborée dans la plus grande transparence… avec tous les Malagasy de bonne volonté. Nos Compatriotes, la presse malagasy ainsi que la Communauté internationale seront très attentifs au mode d’élaboration de cette Loi fondamentale.
Sachez que ce comportement désinvolte de votre entourage administratif nous a extrêmement choqués, beaucoup peinés et particulièrement meurtris. Nous sommes surpris par cet affront.
Alors, quel est le sens réel de notre exclusion du processus de finalisation du projet de Constitution ?
Lorsque nous avons été nommés au sein du CCC, c’était, comme pour nos sept autres collègues, en vertu de compétences précises et reconnues. C’était aussi pour traduire en actes neutres et techniques (bâtir un projet de Constitution) notre engagement patriotique au service de l’intérêt général et de la Nation toute entière. Pour ce qui nous concerne tous les deux, c’était aussi pour apporter notre regard personnel (peut-être original), forgé par nos expériences professionnelles occidentales, avec notre cœur et notre âme malagasy.
Nous avons naturellement accepté d’être nommés au sein du CCC au nom de l’idée que nous nous faisons de la Démocratie. Nous avons accepté d’y travailler loyalement en conservant notre liberté de penser, notre statut professionnel et, évidemment, notre résidence en Europe ! Notre engagement au sein du CCC était pour nous un acte patriotique, civique et pour tout dire, une mission sacrée à l’égard de nos Frères et Sœurs Malagasy et de la Terre de nos Ancêtres.
Aujourd’hui, à cause d’un vulgaire problème comptable qui, nous le répétons, n’existe pas dès lors qu’il s’agit de faire venir, pour un coût particulièrement élevé, des « spécialistes » et autres « consultants » étrangers au chevet de notre Nation blessée, nous sommes traités sans aucun respect. Nous sommes ainsi écartés sans ménagement de notre mission à laquelle nous nous consacrons loyalement et dans la plus parfaite neutralité.
Monsieur le Président, nous sommes amers, mais déterminés à travailler pour la sortie de crise en vue d’une reconnaissance internationale et confiants dans l’avenir de notre Pays.
Sachez que là où nous serons, nous mettrons tous nos efforts au service de notre Patrie, dans le même esprit de loyauté, de neutralité et de liberté que nous avons mis à travailler fraternellement, avec efficacité et avec assiduité avec nos collègues du CCC, dès notre nomination en mai dernier. Le travail remarquable effectué par le CCC dans la préparation et au cours de la Conférence nationale est le fruit de cette collaboration exemplaire entre les neuf membres du CCC.
Nous sommes au service de notre Peuple dont le sort nous préoccupe au plus haut point.
Nous sommes au service de la Paix car nous estimons qu’il faut aller maintenant vers l’apaisement de notre Société.
Nous sommes au service de toutes celles et tous ceux qui travaillent pour le Madagascar de demain, « Madagasikara vaovao. Ho an’ny taranaka sy ny faramandimby », comme le dit le spot télévisé du CCC !
Ho an’ny Tanindrazana !
Joël ANDRIANTSIMBAZOVINA,
Professeur agrégé de droit public, Président délégué du Cercle des constitutionnalistes
&
Patrick RAJOELINA,
Professeur de Droit à l’Ecole supérieure de Journalisme (Paris)
Membres du Comité consultatif constitutionnel (CCC)




