Andry Rajoelina, Président de la Transition ; Emmanuel Rakotovahiny (mouvance Zafy Albert), Vice-Président de la Transition ; Eugène Mangalaza (mouvance Didier Ratsiraka), Premier Ministre, Chef du Gouvernement d’Union Nationale de la Transition.
Rien n’est signé, car les chefs de file de mouvance n’étaient pas présents au Carlton. Mais cela a d’ores et déjà un petit caractère officiel ; les déclarations aux médias des membres du GIC sont sans ambiguïtés et corroborées par celles des participants à la réunion. Qui étaient bien souriants en sortant de la salle.
Parions que pas mal de monde se sentira trahi, et criera « c’est inacceptable ». Et ils n’auront pas complètement tort.
Il y a ceux à qui l’on a fait croire dur comme fer que leurs leaders n’accepteraient jamais qu’un putschiste dirige ce pays, parce que cela serait à Madagascar un fait sans précédent qui ouvrirait de dangereux boulevards à des crises à répétions. Il y a ceux qui ont cru que la Communauté Internationale n’accepterait jamais des dirigeants non élus, au nom des accords de Cotonou et de la charte de l’Union Africaine.
Il y a ceux qui ont cru que par fidélité au sang de leurs proches tombés le 7 février, leur mouvance n’accepterait jamais le retour des anciens dictateurs et de leurs hommes. Il y a ceux qui ont cru que les combats menés ensemble sur la place du 13 mai rendrait le couple Andry Rajoelina-Monja Roindefo inséparable et que la parole donnée devant le peuple était inaliénable.
Il y a tous ceux qui ont vu la main de Dieu dans la politique malgache. Qui parlent du destin immanent des dirigeants que le coeur du peuple a choisi. Ou qui voient en eux les figures de proue de la renaissance d’un pays dominé par des intérêts étrangers.
La plupart de ces personnes ne parle pas un traître mot de latin, mais ils se reconnaîtront dans cette expression Tu quoque qui symbolise les plus indignes trahisons. Rappelons qu’on l’attribue à un César mourant mais pourtant présenté par ses biographes comme stoïque, puisqu’il aurait été percé de vingt-trois coups et qu’au premier seulement, il aurait poussé un gémissement, sans dire une parole. Mais il n’aurait pu s’empêcher, en voyant Marcus Brutus (qu’il traitait comme son fils) se précipiter sur lui de laisser échapper un : « Tu quoque mi fili » (“Toi aussi, mon fils !”).
On ignore combien de légions romaines pourraient former ceux qui se sentent ainsi trahis. La politique malgache ne manquant pas de nous réserver des surprises, il ne faut pas complètement exclure que demain une cohorte aux allures vaguement rétro puisse réunir des membres du MFM et du Monima afin de crier haro sur cette réunion du Carlton, et refuser la signature officielle de tout accord. Ils utiliseront des expressions comme « tsy mena mivadika » [1]pour qualifier les acteurs des derniers jours, et gageons que noms d’oiseaux, de crustacés et de bovidés vont encore fuser pendant quelque temps.
On peut pour partie compatir avec ces purs et justes, tout en leur disant qu’ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Les crises malgaches démontrent que les tribuns peuvent devenir otages des foules qu’ils haranguent, et qu’il est dans la logique des choses qu’ils cherchent ultérieurement à se libérer de certains mots prononcés devant ces masses confuses et menaçantes. Andry Rajoelina a fait son aggiornamento. C’est au tour des membres de la mouvance Ravalomanana de révéler quelques difficultés à gérer leur dialectique passée : ils le font en exprimant des réserves vis-à-vis de la présence d’Andry Rajoelina à la présidence de la transition, si celui-ci avait la possibilité de se présenter aux élections présidentielles.
Gageons qu’à son tour, on renverra la mouvance Ravalomanana aux accords de Maputo. Et que des esprits même pas facétieux parleront avec de grands accents lyriques du respect de la parole donnée.
[1] Risquons la traduction « retourneurs de vestes éhontés » bien que des images moins pudiques pourraient aussi s’appliquer.
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