Le 7 juin 2010, à Port-Louis, un accord de cogestion de l’île de Tromelin a été signé entre la France et Maurice. C’est une concession de la France face aux revendications mauriciennes. Un comité de cogestion sera chargé de mettre en oeuvre ces accords.
Plus que sur l’îlot lui même, minuscule (1km2) et inhabité, l’accord a une grande importance pour la zone économique exclusive de 280 000 km2 qui l’entoure. Ainsi, selon cet accord, les autorités mauriciennes délivreront les autorisations de pêche aux navires battant pavillon mauricien, et les autorités françaises délivreront les autorisations de pêche aux navires battant pavillon français. Quant aux autorisations de pêche pour les navires battant pavillon d’autres pays, elles seront délivrées conjointement par les autorités françaises et mauriciennes.
Français de passeport et malgache de coeur, Christian Chadefaux crie « Aux voleurs ! ». Non sans quelques raisons, car si Tromelin est relativement lointain de Madagascar (nettement moins cependant que de l’île Maurice ou de la Réunion), notre pays a chèrement payé le droit du sang sur cet îlot. Car les seuls habitants de ce coin de terre quasiment inabordable ont été des esclaves malgaches laissés à l’abandon.
Le 17 novembre 1760, le navire « L’Utile » quitte le port de Bayonne avec 132 marins à bord. Le trois-mâts est affrété par Jean-Joseph de Laborde pour le compte de la Compagnie française pour le commerce des Indes orientales.
Ce Jean-Joseph de Laborde est un personnage peu commun : banquier de Louis XV, première fortune de France, mécène des peintres Jean-Baptiste Greuze, Hubert Robert, Joseph Vernet, mais aussi négrier. Ce négociant est représentatif de son temps, dans la mesure où il se livre à la traite négrière avec une parfaite bonne conscience, allant même jusqu’à baptiser ses navires du nom de ses filles ou de ses amis.
« L’Utile » est sous le commandement du capitaine Jean de La Fargue, 57 ans. Après plusieurs mois de navigation, le navire atteint l’île Maurice en avril 1761. D’où il repart, en juin, pour Foulpointe, à Madagascar. La Fargue y fait embarquer des vivres et une centaine d’esclaves qu’il compte revendre à l’île Maurice, malgré l’interdiction formelle du gouverneur. En effet, celui-ci, craignant un blocus des Anglais, ne veut pas s’embarrasser de bouches inutiles.
Le 31 juillet 1761, une tempête terrible jette l’Utile sur les récifs de l’île de Tromelin. L’équipage parvient à rallier l’îlot sableux sans trop de mal, suivi par seulement une soixantaine d’esclaves, car les panneaux de la cale avaient été cloués.
Quinze ans de survie
L’ordre règne : blancs et esclaves vivent dans des camps différents. Rapidement, le commandant fait construire une embarcation avec le bois arraché à l’épave. Une forge est même installée à terre.
Les 122 français ne restent que 2 mois sur la petite île avant de repartir en promettant de revenir chercher les 60 Malgaches. Mais il n’en fût rien : le gouverneur de Maurice, furieux contre La Fargue, qui avait désobéi à ses ordres, refusa de porter secours aux esclaves.
Seuls 8 esclaves survivants, dont un bébé de 8 mois, furent récupérés 15 ans plus tard, le 29 novembre 1776. Le petit garçon sauvé des eaux sera rebaptisé Jacques Moïse (!), sans que l’histoire retienne si on a demandé l’avis de la mère et d’une de ses grand-mères, également survivantes, et dont l’histoire n’a retenu ni les noms, ni les témoignages.
Des recherches archéologiques récentes sur l’île ont révélé un mur de 1 mètre 60 de long et 50 centimètres de large qui témoigne de l’état d’esprit des survivants : ils avaient compris que leur séjour sur l’île allait durer. Le sol avoisinant a également livré des informations concernant leur alimentation. Il apparaît que les esclaves ont dû se nourrir principalement de tortues et d’oiseaux et que le feu a pu être conservé jusqu’à leur départ, grâce au bois de l’épave. Autre découverte importante : 6 récipients de cuivre qui, par leurs multiples réparations, démontrent la volonté des rescapés à faire durer leurs objets.
Les seuls vrais habitants de Tromelin ont été malgaches
Maurice revendique aujourd’hui Tromelin. Madagascar n’a-t-il pas des arguments géographiques, historiques ou tout simplement humains, bien plus solides ? Les esclaves de Tromelin seront-ils oubliés une deuxième fois ?





