Il n’est pas agréable pour un Malgache de voir désormais son pays cité, à l’instar de la Mauritanie ou de la Guinée-Bissau, comme antécédent lorsqu’un coup d’État arrive dans le monde. C’est pourtant ce qui est arrivé suite à deux événements récents. Les analyser ne nous consolera pas, mais permettra peut-être de retirer quelques leçons qui diminueront un tant soit peu le risque de répéter de tels errements.
Le Niger
Mamadou Tandja fut élu président du Niger en 1999, après les élections qui ont suivi le coup d’État mené par le major Daouda Malam Wanké.
Cette arrivée au pouvoir fut perçue en Afrique et dans le monde comme un exemple positif de retour à la démocratie. Mais le nouveau pouvoir eut à gérer des relations difficiles avec les militaires, puis à partir de 2007, avec la seconde rébellion touarègue. Cette rébellion du nord du pays revendique une plus grande autonomie ainsi que des retombées économiques des activités minières qui s’effectuent sur son territoire.
En avril 2009, Mamadou Tandja voulut convoquer un référendum lui permettant de briguer un troisième mandat à la Présidence. La Cour Constitutionnelle déclara qu’un tel référendum serait anticonstitutionnel. En réponse, Tandja prononça la dissolution de l’Assemblée Nationale, puis s’octroya les pouvoirs exceptionnels selon les termes de l’article 53 de la Constitution. Confronté aux appels à la désobéissance lancés par l’opposition, il suspendit enfin la Cour Constitutionnelle dont les membres sont pourtant inamovibles, afin de nommer de nouveaux membres favorables à son projet de référendum.
La commission électorale indépendante (CENI) a pris acte de l’état d’exception, et alors qu’elle avait initialement refusé d’organiser un scrutin jugé inconstitutionnel, elle prépare désormais le référendum qui devrait avoir lieu le 4 août prochain. Seul le représentant de la société civile au sein de la CENI a démissionné en signe de protestation. Les représentants des partis de l’opposition ont par contre choisi de continuer à siéger pour ne pas offrir un chèque en blanc à Mamadou Tandja.
Le Honduras
Manuel Zelaya est élu président de la République du Honduras en 2005. Fils d’un des plus grands entrepreneurs forestiers d’un pays marqué par la violence, impliquant notamment des gangs de jeunes, il vira à gauche fin 2007-début 2008, et entreprit par exemple d’améliorer les relations de son pays avec Cuba.
Zelaya prévoyait d’organiser un référendum afin de convoquer une assemblée constituante, qui délibérerait sur les possibilités d’amender la Constitution afin de supprimer la clause interdisant à un président de se présenter aux élections pour un second terme. La Constitution interdit expressément de réformer cette clause. Zelaya s’est heurté dans ce projet à l’opposition du Congrès, de la Cour suprême et de l’armée.
Le dimanche 28 juin 2009, alors que le référendum devait avoir lieu, Zelaya a été arrêté à six heures du matin par les militaires et expulsé vers le Costa Rica. Le même jour, le Congrès entérine le coup d’État, et son président Roberto Micheletti est nommé président par intérim.
Aucun Etat n’a, à ce jour, reconnu les nouvelles autorités qui annoncent à la fois l’arrestation de Zelaya si ce dernier tentait de revenir au Honduras, et, dans un geste d’apaisement, la possibilité d’avancer les élections prévues à l’origine pour novembre 2009.
L’armée a tiré sur la foule de manifestants pro-Zelaya, dimanche 5 juillet, faisant deux morts. Ceux-ci s’approchaient de l’aéroport de Tegucigalpa afin d’accueillir l’avion de Zelaya, qui a été empêché de se poser par l’armée.
Trois leçons
Comparaison n’est pas raison, mais s’il faut retirer quelques enseignements des événements de Madagascar, du Niger et du Honduras, j’en retiendrais trois.
La première leçon : éviter le manichéisme. En de telles circonstances, personne n’est parfaitement noir ou parfaitement blanc. Zelaya, Tandja et Ravalomanana ne sont ni des dictateurs absolus, ni des champions permanents de la défense de la démocratie.
La deuxième leçon est que les zones de risque sont particulièrement élevées lorsque les dirigeants en place prennent la liberté de modifier la Constitution. Tandja et Zelaya l’ont fait pour pouvoir postuler à un mandat supplémentaire. Bien peu de malgaches ont remarqué que Ravalomanana, en présentant une réforme constitutionnelle en 2007 pour mettre en place les régions autonomes, y a glissé discrètement deux un point qui est passé comme une lettre à la poste sans susciter de réels débats : la possibilité pour lui de briguer un troisième mandat, et un article 100 de la Constitution qui lui permettait « en cas d’urgence ou de catastrophe » de prendre par ordonnance des mesures relevant du domaine de la loi. Autrement dit, l’Assemblée Nationale était réduite au rôle de croupion un rien superflu. Fin 2008, une nouvelle réforme supprimait les possibilités de se présenter aux élections en tant qu’indépendant ou candidat d’un petit parti.
La troisième leçon est que le regard de la communauté internationale se « droitifie », en ce sens qu’elle voit plus facilement un coup d’État là où il y a quelques années elle aurait pu voir une révolution. La disparition des marquages idéologiques classiques a réduit les possibiités de présenter un renversement de régime comme « populaire ». Barack Obama a exposé que la position des USA en faveur de la réinstallation d’un Zelaya qui s’était pourtant fortement opposé à la politique US était dictée par le principe du respect des dirigeants démocratiquement élus. George Bush ne s’était pas montré aussi précautionneux lorsque des insurrections hostiles à Hugo Chavez avaient failli renverser ce dernier.
Ces évolutions ont du bon, sans aucun doute, mais aussi quelques inconvénients : les modifications constitutionnelles venant du « haut » passent beaucoup plus facilement désormais que celles venant du « bas ». Le coup de Mamadou Tandja pour forcer l’accès à un nouveau mandat ne suscite que des condamnations polies. Plus inquiétant à terme, ce qui semble être un hold-up électoral iranien fait jaser sur Facebook, pas aux Nations Unies. Verrons-nous un jour les botswanais, si fiers de leur démocratie, être obligés de laisser un super-ministre des Affaires Étrangères de l’Union Africaine saluer en leur nom la réélection de l’équivalent d’un Ahmadinejade ?
Avant que l’on trouve les bonnes solutions au complexe équilibre entre devoirs et droits des dirigeants et des dirigés, d’autres crises risquent encore d’agacer la Communauté internationale.




