Le ton rassurant des Lalao Randriamampionona et autres André Rasolo après la sortie de l’Espace Les Hérons des délégations des trois mouvances reflète-t-il une authentique sérénité sur la capacité de la CNOSC à arranger les choses et à renier les fils du dialogue ? Il est vrai qu’à voir le lieu de réunion transformé en espace déclamatoire où l’on n’entendait pas grand chose mais où l’on arrivait quand même à comprendre que les gens étaient censés être très fâchés, il restait possible de se rassurer en gardant à l’esprit que ce n’est pas la première fois qu’on entendait de la part de nos politiciens des accents tragiques qui ne prêtaient pas toujours à conséquence.
La pression de part et d’autre est avant tout médiatique. Personne parmi l’assistance à Vontovorona n’a réellement intérêt à jouer trop longtemps les vierges effarouchées ; ne serait-ce que parce que la virginité est aussi crédible dans le milieu que l’acceptation complaisante des caméras de télévision pour enregistrer tous ces ébats. Privées de leur argument clé selon lequel la communauté internationale ne reconnaît que les accords de Maputo et d’Addis Abeba, les trois mouvances sont bien obligées de participer au processus de Vontovorona, fut-ce en pointillés. Et la présence de transfuges des trois mouvances est un autre élément qui oblige celles-ci à mettre de l’eau dans leur vin, sous peine de se retrouver exclues d’un jeu politique qui serait reconnu comme globalement acceptable par l’opinion publique tant nationale qu’internationale. Que ces ralliements aient été obtenus à l’issue de marchandages pas forcément honorables ne les rend pas moins réels.
De même, certains pro-HAT peuvent faire mine de s’offusquer des demandes des trois mouvances, ils savent fort bien qu’ils ont signé un accord politique qui stipule que la question des mesures d’apaisement (amnistie, libération des détenus politiques, réouverture des média censurés…) ne pourra être éternellement repoussée.
Hérons et faucons
Même tenus avec des gants de cuir, les faucons n’en représentent pas moins un danger. Et leur terrain de jeu semble être désormais Anosy, au grand déshonneur de la justice malgache. On peut aisément comprendre que les familles des victimes du 7 février 2009 soient impatientes de voir l’affaire jugée, et que les manoeuvres des avocats de la défense puissent les exaspérer. Mais que l’appareil judiciaire cède aussi facilement aux demandes des parties civiles pour un procès rapide ne peut que donner des arguments à ceux qui refusent de croire à une sortie de crise raisonnée et raisonnable. Certes, les vociférations des habitués des meetings du Magro peuvent légitimement agacer les juges et les inciter eux aussi à en finir vite, mais cela n’excuse pas tout.
Le code de procédure pénale permet par définition d’être procédurier, mais il est ce qu’il est, et il n’a pas été rédigé spécifiquement en faveur des Ralitera, Ravalomanana et consorts... Demander à la Cour de Cassation de statuer sur la compétence du Tribunal n’était pas que manoeuvre dilatoire. Et que l’on désigne d’office des avocats alors que d’autres restent régulièrement constitués contribue davantage à enlever toute crédibilité au procès. D’autant plus lorsque les avocats nommés d’office ne prennent même pas la peine d’exiger un report pour prendre davantage connaissance du dossier. Même si être avocat nommé d’office ne permet pas de prétendre à des honoraires décents, on pouvait s’attendre à un minimum vis-à-vis d’une affaire aussi importante.
On ne conduit pas de procès avec de bons sentiments, qui sont plutôt destinés à dégouliner à la tranompokonolona d’Isotry, mais à vaincre sans péril, l’on finit par triompher sans gloire.





