Pour les distraits, il n’est pas inutile de rappeler que nous sommes le 22 février 2012. Passons rapidement sur la prolifération du chiffre 2 ; et remarquons surtout que cela fait juste une semaine avant le 29, date présentée comme fatidique mais qui risque fort de connaître le même sort que d’autres dates annoncées comme telles : leur principale fatalité a été d’être oubliée.
Marius Fransman entendait imposer la date du 29 pour l’adoption d’une loi d’amnistie, en restant très allusif sur ce que devrait être le contenu de ladite loi. À l’allure où vont les choses, il est plus que probable que la majorité TGV et UDR-C présente au CST ne résistera pas à la tentation de lui faire un pied de nez. Si ce n’est sur le contenu de la loi, au moins sur son calendrier.
Les moins empressés ont un terrain qui est loin de leur être défavorable. À l’heure qu’il est, l’exécution de la Feuille de route en est grosso modo à l’article 10 : élargissement de la composition de la CENI, révision du Code électoral, adoption d’un Code d’éthique et de bonne conduite électorale des acteurs politiques... Ils ne manqueront pas d’argumenter qu’il serait inopportun de faire du saute-mouton pour filer directement à l’article 20, et ce uniquement pour les beaux yeux de Marius Fransman. L’argument pourrait paraître spécieux, il n’en a pas moins un certain poids dans un contexte où le gouvernement, même dit d’union nationale, ne peut se permettre de faire trop ostensiblement pression sur le Parlement.
Les derniers jours ont apporté une démonstration de force de cette majorité TGV/UDR-C au CST. L’on peut douter que les membres aient sérieusement pensé que la curieuse idée des empreintes digitales à faire apposer par les électeurs dans le secret de l’isoloir pouvait passer. Il y avait là non seulement une menace au secret du vote, mais aussi un moyen de biaiser les élections futures en ouvrant la voie à l’annulation de la majorité des bulletins : car comment un électeur pourrait-il éviter de mettre de l’encre un peu partout, s’il est obligé d’en mettre sur son index ?
Il faut plutôt voir dans cette proposition incongrue une manoeuvre de diversion, permettant d’une part de grapiller quelques jours de session avant la date du 29, et d’autre part d’éviter à l’opinion de remarquer un autre amendement proposé par le CST. Cet amendement porte sur le raccourcissement des périodes de campagne électorale, ramenée pour les élections présidentielles à 21 jours contre 30 jours dans la proposition initiale. Voilà un sérieux bonus pour les « candidats d’État », pouvant disposer de moyens de déplacement dans toute l’île que leurs adversaires n’auront pas.
Avec toutes ces histoires d’avion, l’on a pas fini d’avoir l’impression d’un vol au-dessus d’un nid de coucou.




