Le pari risqué d’Andry Rajoelina était de passer en force et de tenter de rétablir le plus vite possible un semblant de normalité.
Après près de trois mois de tensions, le clan TGV pouvait estimer qu’une proportion non négligeable de malgaches serait prête, bon gré, mal gré, à accepter les nouveaux dirigeants de fait si leur arrivée coïncidait avec le retour rapide à des conditions de vie quotidienne plus normale.
Le PDS de la commune d’Antananarivo, Guy Rivo Randrianarisoa, avait fait un pari similaire en acceptant sa nomination dans des conditions de conformité aussi douteuse par rapport aux lois sur la décentralisation que les récentes contorsions de la Haute Cour Constitutionnelle. Les gens ont besoin de travailler et d’envoyer sereinement leurs enfants à l’école, ne cessait-il de répéter.
Dans l’un comme dans l’autre cas, il y a eu tentative de s’appuyer sur ceux qui estiment que l’origine et la couleur du chat importent peu, pourvu que celui-ci tue les souris. Et dans le contexte actuel, chacun voit la majorité silencieuse et supposée utilitariste à sa porte.
Dans le cas d’Andry Rajoelina, cette approche est menacée par les fonctionnaires d’Ambohijatovo qui ne sont pas prêts à accepter une situation de fait. Mais elle est également menacée par ses supposés alliés.
Andry Rajoelina a rassemblé une coalition des plus hétéroclites. Cette coalition était condamnée à éclater (comme celles de 1991 et de 2002), mais cette dislocation risque d’être plus rapide qu’il ne l’escomptait.
D’abord parce que les difficultés de la conquête ont accru la visibilité des extrêmistes, et que chacun devient de ce fait impatient de tester soit son audience réelle (exemple de Zafy Albert) soit sa capacité de nuisance (exemple de certains « prisonniers politiques »). Dans un ensemble qui a rarement su privilégier les bénéfices à long terme, il n’y a pas d’accord sur les risques que l’on est prêt à assumer en laissant les partisans de Marc Ravalomanana s’exprimer et participer au processus de transition. Et les cas de Coutite et Balbine divisent plutôt que d’aller dans le sens d’une réconciliation.
Chaque fin de semaine, on a tendance à se dire que la semaine suivante sera décisive. La prochaine le sera peut-être pour ce qui est de la possibilité d’émergence de goupes plus centristes au sein ou à l’extérieur des blocs existants.
Ceci explique-t-il la relative discrétion actuelle d’Andry Rajoelina ?





