Cela n’aura guère traîné ; même les appels lancés Lundi dernier par la SADC à toutes les parties prenantes de « s’abstenir de toute manoeuvre politique et provocation contre les institutions de la transition » n’ont pas eu d’effet. Malgré la menace qui l’accompagnait d’un désaveu des personnes responsables de l’échec de la mise en oeuvre de la Feuille de route par la Communauté internationale, le couperet est tombé : les ministres issus de la mouvance Ravalomanana sont « suspendus » de leurs fonctions « jusqu’à la reprise de leur participation effective aux travaux des Conseils de Gouvernement et des Ministres », indique le communiqué publié ce mercredi à l’issue du Conseil des ministres.
Belle affaire que voilà, est-on cependant tenté de persifler après une seconde analyse. C’est une chose de « suspendre » les ministres ; l’on ne voit cependant pas vraiment quel effet concret la mesure pourrait avoir sur le plan opérationnel dans les départements concernés, car contrairement à ce qui avait été annoncé, le Conseil des ministres d’hier ne s’est même pas donné la peine de désigner des intérimaires. Il y aura peut-être un petit casse-tête pour les secrétaires généraux et directeurs des ministères concernés, qui s’interrogeront pour chaque décision importante s’il faut solliciter l’avis formel de Mahazoarivo en sus de celui du ministre « suspendu » (et non pas limogé), mais la situation ne devrait guère être plus incongrue que celle vécue au ministère de l’Environnement, où un Joseph Randriamiarisoa démis le 13 avril n’a jusqu’ici ni été remplacé, ni effectué de passation officielle avec un intérimaire.
Qui plus est, nous sommes déjà Jeudi. Même si la date et le lieu exacts n’ont pas encore été officiellement annoncés, tous les indicateurs laissent penser que la rencontre entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina aura lieu en début de semaine prochaine, et beaucoup de cartes devraient être rebattues à cette occasion là, y compris le principe même de la participation de la mouvance Ravalomanana au gouvernement. Relativement confiants de ne pas voir l’ancien Président rompre la négociation sur la base de ce seul motif, les pro-HAT se sont donc offert le luxe d’une mesure largement symbolique. Les cinq ministres suspendus iront-ils jusqu’à les remercier pour le week-end prolongé qui leur est ainsi généreusement offert ?
S’il est un bon conseil que les acteurs de la crise refusent pourtant avec une grande constance de suivre, c’est bien celui de ne proférer des menaces que si l’on a les moyens et la volonté de les mettre à exécution. Ce dernier épisode en constitue une démonstration grandeur nature : malgré les menaces, les ministres issus de la mouvance Ravalomanana n’ont ni démissionné, ni été limogés. Il n’en résulte que de la mauvaise humeur collective qui ne fait pas avancer les choses d’un iota.
La SADC, pour sa part, a-t-elle les moyens de ses menaces ? Ou bien reste-t-elle, elle aussi, dans le tapage ? Quand elle écrit que « la partie et/ou les parties qui est/sont responsable(s) de l’échec sera(seront) désavouée(s) par la communauté international concernant une participation future dans le processus », il est tentant de lui répondre « chiche, débarrassez nous de ces deux là ». Sauf qu’il n’est nul besoin de la SADC pour nous débarrasser de Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina s’en est chargé tout seul. Par contre, la SADC a-t-elle les moyens de forcer Andry Rajoelina à se tenir à l’écart de la suite ?







