Doit-on croire aux paroles données quand on a affaire à l’Etat, aux gouvernants ou aux politiciens ? Les non moins récents événements survenus aux gens de presse, et voici l’arrestation ce mardi 5 mai à 5h à son domicile à Andrononobe Analamahitsy, de Evariste Ramanantsoavina, journaliste de la Radio Mada, disent que non. Il ne faut jamais croire aux promesses faites par des dirigeants car leurs objectifs et leur langage ne sont pas les mêmes que ceux des journalistes.
Le 3 mai dernier, journée mondiale de la liberté de la presse, deux ministres, dont un ancien journaliste, et le Directeur de cabinet du président de la Haute Autorité de Transition (HAT) accompagné d’une conseillère technique auprès de la Présidence de cette HAT, ont affirmé ne pas vouloir s’en prendre à la presse et surtout pas aux journalistes car le pluralisme de la presse est le garant de la démocratie. Mais deux jours plus tard, ces gouvernants ne bougent guère le petit doigt et ne pipent mot ; ils laissent faire leurs hommes de main. Le secrétaire général du ministère de la Communication était bien embarrassé devant des journalistes qui ont semblé exiger des explications.
Le président de l’ordre des journalistes, Rakotomaharo Rufin, a beau réagi contre cette arrestation mais rien n’y fit, face à ce qu’ils appellent « besoins de l’enquête ». Evariste Ramanantsoavina a été tiré du lit à 5 heures du matin, comme un brigand qu’on a traqué des mois et qu’on a filé des semaines durant pour les besoins d’explication sur la station pour laquelle il travaille. Quoi qu’ait pu apporter les arguments des responsables des ministères, cela n’empêche de penser à une arrestation à caractère politique pour simple divergence d’opinion et de points de vue.
Les appels des journalistes ce 3 mai pour cette liberté de la presse sont demeurés vains. C’est à croire que le pays et les dirigeants qui se succèdent n’ont pas besoin de ce pluralisme réduit aujourd’hui à un slogan pour entretenir une image libérale et démocratique des gouvernants. Que de promesses ont été faites aux journalistes et aux médias, autant par le président Marc Ravalomanana et ses gouvernements successifs que par les nouveaux dirigeants de la HAT ? Mais aucune d’elles n’a été honorée. La HAT, dont tous les membres ont eu recours à la presse et aux services des journalistes et des reporters, à la rigueur aux communicateurs, manifeste déjà dès ses premiers pas dans l’exercice du pouvoir étatique, des signes qui ne présagent rien de bon pour cette liberté d’expression et d’opinion et pour cette profusion d’idées dont la démocratie réelle a besoin pour s’enrichir et se consolider.
Il faut donc attendre que les dirigeants fasse régner la démocratie des dirigeants pour que la presse et les journalistes puissent jouir de cette liberté d’expression et d’opinion réclamée par les nouveaux gouvernants. En attendant, il faut se taire jusqu’à ce que les campagnes électorales commencent font comprendre des politiciens. Des dirigeants ont osé menacer quiconque tenterait de manifester ou d’exprimer une autre opinion que celle favorable à celle de la HAT dans leur circonscription.
Quand certains disent directement si pour d’autres ils le font à demi-mot, qu’il faut attendre les concertations régionales et nationale pour s’exprimer, le journaliste craint fort que jusqu’à l’avènement de la IV e République, le pluralisme de l’information et par conséquent de l’opinion, ne soient un vain mot car jusqu’ici il est enclin à penser comme Le Scipion l’Africain que « la vérité est l’interprétation des événements par ceux qui ont le pouvoir » (Courrier des lecteurs du 5 mai 2009 dans l’Express de Madagascar, n° 4301, du mardi 5 mai 2009, page 4).
Tous ceux qui contredisent ou ne jouent pas en faveur de la tendance dominante de l’heure, sont susceptibles d’être inquiété par les hommes de main, et cette fois-ci armés, des gouvernants. Les iconoclastes, ils n’en ont pas besoin. Quelque part on serait tenté de dire à leur place, « silence, on met en place la démocratie ».




