Réconcilier le piment et l’oeil, dirait la sagesse malgache, est impossible, ou du moins extrêmement douloureux. Comment alors réconcilier deux mégalomanes, à caractère apparemment similaire (mais dont l’un me semble plus intelligent que l’autre) ? Nous avons appris au cours de cette crise que les Sud Africains (comme tout peuple, je suppose) ne voient le monde qu’à travers le prisme de leur propre expérience (certes, exceptionnelle). Mais réconcilier Mandela et De Klerk allait au-delà des deux hommes, il s’agissait de réconcilier un régime injuste en fin d’existence, avec l’arrivée au pouvoir d’une super- majorité auparavant exclue et assujettie. L’envie de trouver la manière de construire un nouvel Afrique du Sud l’emporta sur la relation difficile et loin d’amicale entre les deux hommes ; il s’agissait dans leur cas de trouver une solution durable pour l’intérêt de tous les Sud Africains.
Mais dans le cas de Madagascar et ses principaux protagonistes, il s’agit d’une part de la défense d’un État de non-droit, prédateur, corrompu, mafieux et paranoïaque que l’on cherche à perpétuer et d’autre part, de l’impossibilité de faire la distinction entre sa revanche/vengeance personnelle et l’avenir du pays. Il est difficile de croire que ces deux aient une vision commune pour Madagascar qui surpasserait la haine personnelle (étendue aux cliques respectives). Entre ce sakay et ce maso, on a du mal à imaginer quel pourrait être l’issue. Par miracle, l’un pourrait toujours laisser l’autre rentrer, et l’autre accepterait de ne pas se présenter, mais n’avons-nous pas tous du mal à y croire ?
Et même si Jacob Zuma en personne n’a pas pu faire tomber le Saint Esprit, que pouvons-nous peuple impuissant, spectateur, las de ce mauvais feuilleton, dont le dernier épisode commence avec une mutinerie bizarroïde et se termine sur une éjection illégale et manu militari, à passer par l’ « environnement paisible et serein de l’Ile Desroches ». Faute de sagesse et d’hommes d’État, realpolitik oblige : en démocratie (et l’un se disait, très haut et fort, démocrate), le peuple (et pas un petit nombre d’intéressés) décide par les urnes. Ce n’est pas la solution idéale, mais c’est la seule solution : faute de pouvoir les éjecter tous, laissons-les se présenter, et que le choix des Malgaches gagne. Pour la communauté internationale alors, les élections ne se réduiront pas seulement à financer les bulletins, les urnes, les voitures et les équipements ; il y aura aussi la sécurité – beaucoup de sécurité, l’accès aux antennes, le strict respect du Code Électoral et l’application de ses clauses pénales. Le rapport de forces des Seychelles se fera combat électoral, avec la CENI-T en dernier (mais espérons pas seul) rempart.
Que Dieu nous aide.
Ce 29 juillet 2012 Sahondra Rabenarivo







