J’évoquais il y a quelque temps les dangers qui guettent l’économie, la finance et la monnaie dans notre pays.
Tous les journaux et les télévisions commencent à évoquer les prix des produits de première nécessité (PPN) qui commencent à flamber. Comme la grande majorité de tous ces produits sont importés, leur prix est difficilement maîtrisable.
Je voudrais aborder ici la question du riz, denrée si primordiale pour nous malgaches.
Au mois de mars, on va bientôt arriver à la période de soudure pour cette denrée. Les paysans ont eu du mal à écouler leur production. La raison en est l’insécurité rurale. En effet, les collecteurs doivent se déplacer avec des sommes d’argent en liquide pour aller acheter les produits. Mais même dans la campagne la plus reculée, des bandits armés attaquent et dépouillent tout. C’est vrai que depuis quelque temps, les forces de l’ordre ont plus à faire à surveiller des médecins en grève ou à protéger des autorités, qu’à aller à sécuriser la campagne.
Résultats : les collecteurs ne s’aventurent pas et les paysans se retrouvent avec des invendus. Moins de demande, donc des prix qui baissent. Les paysans décideront ensuite, et c’est logique, de moins produire. Du coup, il y aura moins d’offre et des prix qui flamberont. La boucle est bouclée.
Il y a bien longtemps que le stock tampon de 30.000 tonnes du groupe Tiko à Toamasina, s’est envolé sous d’autres cieux et d’autres poches. Ajouter à cela l’erreur fondamentale (pour rester poli) de vendre du riz à 500 araire le kg, au début de la prise du pouvoir, pour faire « peuple » et plus par pure démagogie que suite à une réelle réflexion par rapport à l’économie de la filière. Les paysans ont freiné leur production aussi pendant cette période, incapables d’aller concurrencer un prix imposé aussi bas. Encore une baisse de l’offre.
Il va donc falloir importer. Mais pour cela, il faut donner des règles claires et par dessus tout, il faut des devises. En effet, les thaïlandais (premiers exportateurs mondiaux) ne peuvent être payés qu’en dollars. Mais si l’ariary continue sa glissade, le prix du riz importé s’élèvera d’autant. Pas besoin de calculette pour savoir que ce sera un cercle vicieux. Ajoutez à cela l’augmentation du prix du fret maritime (hausse du pétrole et des assurances), et la spéculation sur ce produit sera inévitable et ce ne sera qu’une juste logique du commerce.
Ce problème cyclique de la filière est connu depuis très longtemps dans notre pays. Un des mérites du pouvoir Ravalomanana (ça y est, on va encore me taxer de pro-Ravalo, mais tant pis), c’est d’avoir su gérer le cycle économique de cette filière et ce dès 2004-2006, à l’époque où le ministère de l’Agriculture était tenu par un technicien. Ceci a été possible grâce aux interventions des bailleurs (l’AFD en particulier, mais aussi la FAO, la Banque Mondiale, le JICA,…) en agissant en amont (amélioration des rendements et des systèmes de production) et en aval par l’organisation de la collecte, de la commercialisation et l’entretien des infrastructures rurales. De plus, il y a eu une organisation de la filière importation, ce qui a permis de gérer avec anticipation la fameuse période de soudure.
On se trouve actuellement devant une situation où ce produit très sensible risque d’entraîner des mécontentements difficilement maîtrisables. Si le pouvoir actuel veut que ce mécontentement actuel ne se transforme pas en révolte, ou pire en émeute, il a intérêt à trouver rapidement une solution et l’expliquer à tous les acteurs. Les finances actuelles de l’Etat réduisant la marge de manœuvre, je serai curieux de savoir quelle sera cette solution.
Trop occupé par des considérations purement politiques, le pouvoir actuel a oublié de gérer les affaires courantes. On a oublié que diriger un pays, c’est surtout gérer et gérer, c’est anticiper.
N’est-il pas trop tard ?





