Le siège de la représentation de la Banque mondiale a réuni ce jeudi 18 juin, toutes les entités impliquées dans la promotion de l’emploi. Ils étaient tous présents, le secteur privé, les syndicats, la société civile, les partenaires techniques et financiers concernés directement par le travail. Ils ont débattu sur le thème : « Promouvoir l’emploi : au-delà des promesses pour une stratégie active et maîtrisée » à partir d’une note analytique rédigée et présentée par Jacques Morisset, Lead Economist de la Banque mondiale. La séance a bénéficié de trois « discussants » de qualité (terme anglais désignant ceux qui sont chargés de lancer les débats) : Christian Ntsay (Représentant de l’OIT pour l’Océan indien), Francis Rajaobelina (DRH de Holcim et administrateur du SIM) et Jean-Eric Rakotoarisoa (vice-président de l’Université d’Antananarivo et membre du SE.FA.FI).
Cinq contraintes pèsent sur l’emploi
Selon ce document, cinq contraintes pèsent sur l’emploi à Madagascar, à savoir : l’insuffisance de la demande de la part des entreprises, la faiblesse des compétences, l’inaptitude au monde du travail, le manque de mobilité des travailleurs, le manque d’appui aux chercheurs d’emplois. Et enfin, et non des moindres, les conditions indignes sur le lieu de travail.
Tous les participants à ce débat se sont accordés à souligner que pour le moment, il n’y a pas de véritable politique de l’emploi à Madagascar. Or selon les estimations, 300.000 jeunes Malgaches arrivent chaque année sur le marché du travail. Le problème est donc crucial. Plusieurs pistes de réflexions ont été proposées par M. Morisset. L’encouragement de la demande de travail, l’investissement dans l’éducation, les programmes actifs de soutien à l’emploi, la révision du cadre réglementaire vers une protection sociale élargie, ainsi que l’instauration de conditions décentes sur le lieu de travail.
Deux points de convergence
Que ce soit les partenaires techniques ou financiers, les représentants du patronat, les syndicats ou la société civile, tous se sont accordés sur deux points principaux.
Primo, aucun processus de développement ne peut avoir lieu s’il n’intègre pas la problématique de l’emploi. Or le Pr. Rakotoarisoa a souligné qu’il y a une dimension politique non négligeable : « les politiciens malgaches n’ont pas de projet de société. Ce n’est qu’une fois arrivés au pouvoir qu’ils naviguent à vue, sans s’être engagé dans un réflexion préalable ». Or une politique de l’emploi doit correspondre à une vision et à un projet de société, et c’est aux partis politiques d’en proposer.
Secundo, il est nécessaire non seulement de réfléchir sur la quantité de l’emploi, autrement dit avoir des emplois en nombre suffisant, mais aussi sur la qualité de l’emploi. « Créer des emplois est bien, mais il faut également sauvegarder et maintenir ceux qui existent » a déclaré Marimbeloson William, un des syndicalistes présents.
Quatre axes de réflexion
Les diverses contributions ont permis de faire ressortir quatre grands axes de réflexion.
Le premier est la nécessité de balancer l’importance de l’investissement économique avec l’investissement social. Jeannot Rafalimanana (CONECS) a ainsi suggéré que des assises nationales sur l’emploi soient organisées dans les plus brefs délais pour rassembler les diverses parties prenantes en vue de la définition de la politique de l’emploi. Christian Ntsay a averti que toute modification de la réglementation pour répondre aux impératifs économiques ne doit pas mettre en péril les acquis sociaux. Falihery Razafindrakoto (COPH) a pour sa part déploré que la législation ne facilite pas comme il se doit l’accès des personnes handicapées au travail.
Le second axe est la question de l’emploi en milieu rural. « Il faut prendre en compte la problématique et la dimension de la terre dans le développement de Madagascar » a appuyé Christian Ntsay. Ce à quoi a renchéri le Professeur Rakotoarisoa, qui a dénoncé certaines aberrations à Madagascar : « au vu de l’importance du milieu rural dans notre pays, comment se fait-il qu’on ait arrêté les lycées agricoles ? ». Le Secrétaire exécutif de la Plate-forme des organisations de la société civile, Mahamoudou Ndriandahy, a déploré que faute de structures adéquates d’accompagnement et d’orientation, les jeunes sont incapables de définir un plan de formation, et donc de carrière.
Le troisième axe est celui de l’adéquation entre la formation et les besoins. « La finalité de la formation, quelle qu’elle soit, est de permettre de déboucher sur un métier » a rappelé Mélanie Xuereb-de-Prunelé (BAD). Des expériences de formation continue ont fait leurs preuves à Madagascar et ailleurs, comme par exemple la formation duale mise en place par la FCCIM. Le financement de la formation continue par un système de voucher (Kenya) a également soulevé l’intérêt des représentants du secteur privé. Le manque de coordination entre les différents intervenants a cependant été soulevé par Jean Gabriel Randrianarison. Dans ce cadre, en tant que Vice-Président de l’Université d’Antananarivo, Jean-Eric Rakotoarisoa a révélé que les responsables de cette institution ont approché depuis deux ans les dirigeants d’un des deux grands projets miniers afin de s’enquérir du profil des cadres recherchés pour adapter les cursus de formation. Sans réponse jusqu’à ce jour. Mais au-delà des lacunes de formation technique, Francis Rajaobelina a également pointé du doigt les impacts du manque de civisme et de valeurs citoyennes au sein des employés : « la notion de respect des biens de l’entreprise est quelquefois floue dans l’esprit des travailleurs » a-t-il déploré.
Le quatrième axe est la question de la réglementation. D’une part, plusieurs intervenants ont mentionné l’incohérence des textes, dont certains sont obsolètes. D’autre part, il y a l’absence d’application de certaines dispositions juridiques existantes. « Les règles doivent faciliter l’entreprenariat, et non être tellement coercitives qu’elles risquent de le dissuader » a rappelé Francis Rajaobelina.
Les participants n’ont pas manqué d’avancer des suggestions qui seront mentionnées dans le rapport final, qui sera lui-même l’objet d’un second round de discussions avec d’autres entités non présentes lors de cette session.





