Un tour d’horizon des soi-disant membres de la société civile malgache met en évidence un fait : cette dernière est l’endroit choisi par d’anciens hauts responsables ayant fréquenté la haute sphère du pouvoir dans le passé pour se recycler. Inutile de citer des noms, hormis le milieu syndical, quasiment tous les groupements et associations se définissant membres de la société civile sont soit présidés par un de ces vieux routards de la politique, soit infiltrés au moins par un ancien politicien de haut vol dans leur rang. Exception malgache dites vous ? Oui, sans aucun doute. Une de plus à côté de nos faunes et flores endémiques, car c’est loin d’être le cas dans d’autres cieux.
La situation entraine de fâcheuses conséquences. Pour simplifier, la société civile ne remplit pas pleinement son rôle dans le jeu démocratique. Les raisons sont multiples.
Objectivité et neutralité défaillantes.
Objectivité et neutralité sont-elles seulement possibles pour des personnes passées maitre de la partisannerie dans le passé ? Comment comprendre que tout d’un coup un ancien politicien (ancien membre du gouvernement, ancien parlementaire, ancien ambassadeur etc.) puisse prétendre n’avoir aucune subjectivité à l’égard de ses adversaires et ses amis d’hier encore actifs dans l’arène de la politique ? La crédibilité de la société civile et de ses actions en prennent un sacré coup.
Transfert des petites habitudes de politiciens dans le quotidien de la soi-disante société civile
La politique politicienne reprend du service sur un plateau qui ne lui est pourtant pas destiné. L’unité est à géométrie variable à l’instar de la majorité parlementaire. Ruptures, clivages, querelles intestines guettent une unité à fleur de peau. Chacun des composants, associations et groupements divers dirigés ou infiltrés par un ou plusieurs anciens de la politique politicienne tient absolument à se faire remarquer, à émerger du lot pour des raisons que personne n’ignore. Les luttes intestines entre membres de la société civile étonnent-elles et n’y voyez vous pas un remake d’un film très prisé de la classe politique intitulé « Ady seza » si ce n’est une répétition générale de ce qui adviendra lors du partage final du gâteau ?
Des ambitions politiques à peine voilées
Réussir à se faire remarquer au sein de la société civile maintenant signifierait pour certains une garantie d’une retraite dorée dans un poste de prestige plus tard et pourquoi pas revenir dans la proximité immédiate du pouvoir en tant que membre du gouvernement, parlementaire, ambassadeur, conseiller ou membre du cabinet civil du Président de la République etc. À moins d’être dupe, l’instinct de celui ou de ceux qui sont en quête d’un fauteuil quelconque apparait comme une évidence rien qu’en voyant les méthodes de communication et les procédés utilisés par certains. D’autres utilisent l’estampe « société civile » pour s’offrir une tribune et une visibilité qu’ils n’auraient jamais pu avoir en restant dans l’arène politique. Ainsi, le doute est permis quant à l’utilisation de la société civile par certains vieux loups comme un vulgaire tremplin pour rebondir dans la politique. L’avenir proche le confirmera. La société civile se videra et la grande majorité de ses membres (re-)gonflera la classe politique.
Une société civile en manque d’inspiration et à cours de proposition
Normalement, la société civile devrait se démarquer par la force de ses propositions. Ce n’est pourtant pas le cas dans le pays. Il ne faut pas se leurrer, si les leaders et les membres influents de la société civile actuelle sont d’anciens membres des gouvernements passés, figurant parmi ceux qui avaient l’habitude de naviguer à vue et passés maitres de l’improvisation en ayant été nommés dans leur postes respectifs sans projet de gouvernement précis, comment voulez vous qu’une fois arrivés au sein de la société civile ils trouveront tout d’un coup une idée de génie, une illumination, une quelconque proposition crédible ? Pareil pour les anciens parlementaires, anciens conseillers spéciaux etc., dont l’élection ou la nomination a été acquise à l’aide de tout sauf d’un projet ou de propositions cohérentes. Oui, des propositions, ils en font. Mais la conviction, le réalisme et le pragmatisme font défaut dans leur contenu.
Dangereuse indifférence et parfois d’incompréhensible blocage actif
Le manque d’objectivité, la transposition des habitudes de politiciens dans le quotidien de la société civile, les ambitions politiques à peine voilées de certains font que le milieu, contrairement à ce que celui-ci devrait être, se montre parfois indifférent aux cris d’alarme lancés par le corps social que ce dernier est pourtant sensé représenter, les membres étant occupés ailleurs, sur des considérations plus personnelles. Anticipant un éventuel retour au devant de la scène politique, certains font la sourde oreille particulièrement à toutes propositions pouvant apporter des balises aux actions des gouvernants dans le futur. Pire, certains n’hésitent pas à torpiller d’une manière ou d’une autre de telles propositions en pesant de tout leur poids d’ancien ceci ou cela.
Des membres crédibles, il y en a. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Sauf que les plus influents rentrent dans le tableau succinct ainsi brossé.
Enfin, faudrait-il rappeler à ces gens que la société civile par essence est sensée représenter le corps social dans le jeu démocratique ? Son rôle n’est pas celui de flirter avec la politique ou de convoiter les sièges mais celui d’intermédiaire entre les citoyens et la classe politique en agissant notamment, d’une part, en cas de tension ou en période de crise comme arbitre, catalyseur, balancier, décanteur, force de proposition et d’autre part de pare-feu, d’inspiratrice, de balise en temps normaux.
Ce ne sont que des remarques incidentes qui n’engagent que l’auteur. À chacun de tirer ses conclusions, simple citoyen comme ceux qui se définissent membres de ladite société.




