La crise a aussi eu un lourd impact sur l’environnement. La confusion et l’autorité fragile qui ont suivi les événements de Février et Mars ont été un désastre pour certains des trésors biologiques de notre pays.
La réouverture juste avant le début de la crise politique de l’exportation des bois précieux avait déjà favorisé tous les trafics. Il avait été allégué qu’après deux ans d’inventaires, les énormes stocks constatés devaient être libérés à l’exportation dans leur état brut. Les stocks constatés s’étaient mis à gonfler car, comme par hasard, les nombreuses caches au fond de la mer ou sous terre avaient commencé à se vider de leurs contenus.
Profitant de la crise politique, des gangs armés, selon toutes apparences financés par des trafiquants chinois, sont ensuite entrés dans les parcs nationaux de Masoala et Makira, situés dans la région de Maroantsetra, ou de Marojejy, entre Andapa et Sambava.
Le pillage du bois précieux a porté notamment sur des tonnes de bois de rose et d’ébène. Le pillage a duré des mois. La présence de milices armées, menaçant systématiquement ceux qui s’opposent au trafic, a terrorisé les habitants, divisé les communautés et contraint bien des gardes des parcs à quitter leurs postes.
Les parcs ont dû être officiellement fermés au public pendant plusieurs mois, ce qui a bloqué le tourisme. Abritant plus de 1% de la totalité des espèces mondiales, ces régions sont loin d’être une goutte d’eau dans l’océan de la biodiversité. L’usage sans vergogne des ressources forestières a causé de nombreux dommages collatéraux sur l’ensemble des ressources biologiques. La présence des trafiquants de bois de rose a aussi entraîné du trafic de gibier, notamment de viande de lémuriens, des prélèvements de bois de chauffe et des incendies.
La situation semble s’être légèrement amélioré. Des envois de bois précieux représentant des valeurs de plusieurs milliards d’Ariary ont été bloqués, et soumis aux payements de taxes, et les parcs ont pu rouvrir lorsque le climat d’anarchie a régressé.
Ce n’est pas encore suffisant. Comme le disent les opérateurs touristiques de Maroantsetra, quelle image véhicule-t-on aujourd’hui auprès des enfants et des adultes que l’on a pendant plusieurs années sensibilisés à la protection de l’environnement ? Que ressentent tous les acteurs qui se sont impliqués depuis longtemps dans la mise en valeur raisonnée du patrimoine ? Que pensent-ils quand ils voient en plein jour des bateaux de plusieurs dizaines de tonnes charger du bois de rose d’un Parc National Malagasy ?
Le besoin de liquidité de la population en raison de la crise a bon dos. Les trafics profitent presque exclusivement à une toute petite mafia, et la chronologie des événements montre que des hommes politiques de toutes « sensibilités » (on hésite à utiliser le mot) ont des coupables responsabilités dans ces faits. Les bûcherons illégaux sont payés 3000 à 5000 Ariary par jour, alors que les meilleurs bois de rose peuvent atteindre le prix de 10 dollars US par kilo.
On ne peut guère, sur ces faits-là, compter sur la communauté internationale par ailleurs si facilement donneuse de leçons. Contrairement au bois de rose brésilien, le bois de rose malgache n’est pas protégé par la convention CITES, et les acquéreurs à l’étranger ne sont en rien obligés de vérifier que leurs achats sont « propres ».
Les accords de Maputo ont amnistié les faits de nature politique maquillés en infractions de droit commun. Mais qu’en est-il des infractions de droit commun maquillées en faits politiques ?
Il est plus que temps d’interdire tout ramassage et exportation de bois précieux. Et de sévir. Point barre.































