La classe moyenne de la population malgache demeure sceptique et réticente face aux projets de lois d’amnistie. Silencieuse mais observatrice, la population apporte humblement son avis à l’issue d’une petite enquête menée dans les rues de la capitale. La notion d’ingérence semble en l’occurrence bien ancrée dans la manière de penser, car six personnes sur dix clament être pour le dialogue malgacho-malgache et contre l’intervention de la SADC dans l’élaboration des lois malgaches qui jugeront les Malgaches et non les Africains. On a d’ailleurs pu constater que bon nombre de Malgaches ne se considèrent nullement comme des Africains. « Nous sommes une île dans le continent africain mais nous ne sommes pas d’Afrique ! » rétorquent vivement certains.
D’autres poussant le bouchon plus loin parlent même de « pantins en mal de la colonisation ». Le peuple agit en observateur passif en quelque sorte mais demeure pensif et analyste, bien que les voix et les visions de la population semblent inaudibles et inaccessibles pour une classe politique jugée « ignorante » et « despote » par quelques intellectuels discrets. Une minorité de ceux interrogés juge cependant bon de lancer un appel à l’aide et d’appeler plus grand que soit lorsque l’État est « inapte » et n’est pas à la hauteur de ce pouvoir tant convoité, mal acquis et mal géré. Un marchand des rues est même allé jusqu’à déclarer que vu la situation politique actuelle, la misère et la souffrance qu’ont généré les désirs sanglants et destructeurs de cette « soit-disante démocratie et liberté », il faut croire que Madagascar n’est pas prête pour l’indépendance et le pouvoir.
Madagascar n’a-t-elle pas justement vécu sous le régime d’une politique de dirigeants depuis l’ère de la colonisation et non une politique de développement ? Une politique de dirigeants qui dope les pauvres par des aides ponctuelles et passagères qui mènent le petit peuple à vénérer ces « hommes de biens » à l’apparence nette et sans tâche... Les aides sociales ne prennent généralement qu’un aspect passif, sans continuité concrète et sans espoir d’autonomie future. Après cette petite descente, l’on a pu percevoir une population résignée mais pas « stupide », pas au point de boire chaque parole comme de « l’eau de vie » ou de prendre chaque « promesse en l’air » pour argent comptant. La « populace » est lasse des manigances politiques et de l’avidité de ses acteurs. La majorité est unanime, chacun doit lutter et porter sa croix chaque jour pour gagner son pain, peu importe qui sera au pouvoir car ils sont finalement tous les mêmes dit-elle. Tout semble faire croire que Madagascar est aujourd’hui la « grande île » au peuple abandonné, trompé, bafoué, résigné mais toujours en vie.







