Andry Rajoelina a annoncé hier que l’issue du dialogue entre les deux parties serait connue dans 48 heures. Mgr Odon Razanakolona, Président du Conseil chrétien des églises (FFKM) a par ailleurs déclaré que les discussions étaient entrées dans la revue des détails.
Malgré la difficulté de la tâche, il semble donc que l’on s’achemine quand même vers une sortie de crise, dont les contours devraient prendre deux grandes lignes : les institutions de la transition (gouvernement et Haute autorité de la Transition), et un changement de la Constitution vers une IVème République.
La question du Premier Ministre
Nous avons déjà disséqué hier la problématique qui pesait sur la formation d’un Gouvernement de transition : consensus à trouver pour un Premier ministre, et répartition des postes ministériels à commencer par ceux dits de souveraineté nationale, et qui traditionnellement ont un lien fort avec la Présidence : intérieur, finances, défense nationale, sécurité intérieure, affaires étrangères.
L’histoire de Madagascar a retenu qu’au cours des deux périodes de transition que la Grande Ile a connues, le pays a pu compter sur deux personnalités compétentes et ayant eu l’envergure et la stature nécessaires pour assumer la fonction : Guy Willy Razanamasy (1991-1993) et Norbert Lala Ratsirahonana (1996). Par contre, sans vouloir faire de procès d’intention, le pessimisme est de mise sur la capacité de Monja Roindefo à tenir la barque dans des circonstances qui seront certainement difficiles : malgré ses qualités académiques et humaines que tous ceux qui le connaissent de près reconnaissent, il est trop impliqué dans la crise pour en être une solution, et il est encore trop jeune pour avoir les réseaux qu’il faut.
En outre, dans une société malgache où le droit d’ainesse est une institution culturelle, il ne pourra jamais vraiment s’imposer auprès de toutes les composantes de la société, y compris la classe politique. Madagascar n’est pas la Place du 13 mai, et il ne suffit pas de faire ânonner par la foule « yes we can » pour occuper dignement Mahazoarivo. Le choix du PM sera donc crucial à la fois pour Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, car celui à qui échouera le poste risque d’avoir des velléités de devenir calife à la place du calife quand viendra le temps des élections. M. Razanamasy avait refusé de le faire en 1991. Quant à M. Ratsirahonana, il s’est présenté, mais vaincu, il a quitté démocratiquement son fauteuil.
La Haute Autorité de Transition
La Haute autorité vers la transition (H.A.T.) semble s’imposer d’elle-même. En ayant tellement véhiculé le titre ronflant de Président de la H.A.T., mais pour le moment creux vu l’absence de base juridique, Andry Rajoelina et le mouvement TGV ont cependant imposé cette structure dans l’opinion. Calquée sur le modèle de la résolution de crise de 1991 qui avait vu l’érection du Professeur Albert Zafy au poste honorifique de Président de la Haute autorité de l’État, cette structure politique devrait également sortir des discussions. Beaucoup plus symbolique qu’opérationnelle, la HAE de 1991 (composée de dizaines de politiciens) avait pour véritable objectif d’assurer une bicéphalie à la tête de l’Etat afin de contrebalancer le pouvoir de Didier Ratsiraka. Cependant, le véritable pouvoir exécutif était entre les mains de Guy Willy Razanamasy, Premier ministre de la transition.
Le Comité de Redressement Economique et Social
Le Comité de Redressement Economique et Social (CRES) était également une institution créée par la convention du 31 octobre 1991. On ne sait pas si le SEFIP/FFKM a prévu ce sujet dans le document qui sert de base aux discussions. Objectif officiel du CRES de 1991 : réfléchir sur les problématiques du développement, en l’absence d’une Assemblée nationale qui avait été suspendue. Objectif officieux : permettre le partage du gâteau qu’était le pouvoir entre les politiciens, en casant ceux que la HAE ne pouvait contenir, et surtout en offrant deux postes de chefs d’institution à deux leaders du mouvement des Forces Vives : le Pasteur Andriamanjato et Manandafy Rakotonirina. Roger Ralison, Président du Parti Républicain de Madagascar (PRM), a revendiqué hier sur les ondes la mise en place d’un CRES. On ne sait pour lequel des deux objectifs cités ci-dessus…
Frustration des « dinosaures politiques »
On constate d’ailleurs que de plus en plus de politiciens « de carrière », qualifiés péjorativement par beaucoup de « dinosaures politiques », commencent à montrer publiquement leur frustration d’être écartés des discussions pour la mise en place de la transition. La plate-forme de l’opposition du Pr. Albert Zafy l’a publiquement exigé hier.
D’un côté, cette demande est légitime, car de toutes manières le retour à la stabilité ne pourrait se faire sans l’ensemble de la classe politique, en particulier dans les provinces. Mais d’un autre côté, cela va poser un réel problème.
Premièrement, l’accroissement du dénominateur dans le partage des sièges. Deuxièmement, la gestion d’un groupe hétéroclite qui va compliquer les débats en multipliant les sujets de discussion (par exemple, réconciliation nationale et retour des exilés politiques). Troisièmement, Andry Rajoelina serait en bon droit de se demander pourquoi il accorderait du crédit à des politiciens qui ont courbé l’échine et ouvert leurs portefeuilles aux largesses de Marc Ravalomanana pendant des années, alors que c’est lui qui a fait l’essentiel du travail pour ramener Marc Ravalomanana aux réalités de la démocratie.
Cependant, les opposants de longue date risquent de multiplier les foyers de tension s’ils n’obtiennent pas satisfaction. L’actuelle déliquescence de l’État, fruit des œuvres d’Andry Rajoelina, va favoriser l’apparition de personnalités régionales qui souhaiteront avoir voix au chapitre. La situation risque donc d’échapper à l’ancien DJ, mais aussi au Président de la République, car des politiciens dans les régions ont une vision différente de celle d’une transition consensuelle entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, et le conflit risque de s’étendre sur plusieurs fronts.
À Antsiranana et d’autres villes, des leaders pro-TGV ne veulent plus entendre de M. Ravalomanana. À Manakara, un politicien a remis sur la table la question du fédéralisme. La situation est donc extrêmement volatile, et doit être surveillée comme de l’huile sur le feu. Mais en matière d’huile, Marc Ravalomanana n’est pas un néophyte.




