Même sans accorder un chèque en blanc à sa classe politique, le peuple malgache se raccroche à l’espoir d’un succès des Accords de Maputo 1. D’ailleurs, plus par défaut que par conviction, car il n’y a pratiquement plus rien d’autre sur quoi encore fonder un quelconque espoir. C’est donc dans ce contexte de lassitude face à la crise, mais aussi d’inquiétude devant les impacts économiques que Maputo 2 se fait ardemment désirer. Rappelons que cette nouvelle rencontre prévue 10 à 15 jours après le 9 août, a pour objectif de s’accorder sur la structure de distribution des sièges de la Transition entre les quatre mouvances (« laquelle prend quoi ? »), afin que la distribution nominative (« qui mettre où ? ») permette aux institutions d’être mises en place avant l’échéance Maputo 1 + 30 jours.
Faute de grives on se contente de merles : on aurait préféré des élections pour que le peuple s’exprime sur l’accès au pouvoir d’Untel ou d’Unautre. Dans le contexte actuel, on ne fera cependant plus trop la fine bouche : on se contentera donc des Accords de Maputo 1. Certes, ceux-ci ont le défaut de consacrer un coup d’Etat contre un Président élu, mais forcé par les actions d’un consortium militaro-civil à transmettre les pleins pouvoirs à un directoire militaire, toutefois sans démissionner (scenario identique au transfert entre Philibert Tsiranana et Gabriel Ramanantsoa en mai 1972). Mais ces Accords ont aussi la qualité hautement appréciable de ramener un consensus sur une transition inclusive, avec en filigrane, la possibilité du retour de la paix civile et d’une amorce de reprise économique. L’une et l’autre ne seront pas de trop. La période entre Maputo 1 et Maputo 2 est donc une période cruciale pour capitaliser les acquis du premier et mettre sur orbite le second. Cette quinzaine de jours doit bénéficier d’une atmosphère sereine pour favoriser l’apaisement recherché par l’esprit des accords de Maputo.
Apaisement : oui, mais….
Oui. Mais. Car le « mais » est de rigueur. La recherche d’une ambiance constructive pour donner une chance aux Accords de Maputo doit être le fait de toutes les mouvances, sans exception. Or, on constate que depuis le retour de la Capitale Mozambicaine, des éléments de la Mouvance Rajoelina multiplient des déclarations contre l’esprit et la lettre de ces fameux Accords. Reconnaissons toutefois que, pour une fois, le problème n’est pas au niveau de Andry Rajoelina lui-même, mais plutôt des extrémistes de son camp. Que ce soit ces forces qui s’affirment être du changement, nom étrange pour un rassemblement de dinosaures à retraiter d’urgence, mais qui veulent encore s’occuper de notre avenir. Que ce soit certains officiers de l’Armée ou de la Police nationale, dont certains montrent depuis plusieurs mois qu’ils parlent beaucoup plus qu’ils ne réfléchissent : normal, avoir le droit de posséder une arme à feu n’a jamais prouvé qu’on avait des neurones en état opérationnel. Et surtout, on a remarqué depuis quelques jours sur des radios-FM, des interventions téléphoniques organisées d’auditeurs qui se suivent étrangement à la queue leu leu pour dire la même chose sur les mêmes thèmes, avec un fond et une forme qui sentent bon (sic) la Place du 13 mai des mois de janvier et de février.
Mais qu’on se le dise : faire pression pour exiger le maintien du statu quo ante le 9 août est une manière de dire qu’on s’assied sur l’esprit de réconciliation et de patriotisme qui a prévalu à Maputo. Concernant la place de Président de la Transition, même si officiellement rien n’a encore été formellement décidé lors de Maputo 1, on voit mal la réalité du terrain s’accommoder d’un autre nom que celui de Andry Rajoelina. Je souligne expressément que de ma part, cette phrase est issue d’un constat objectif, mais certainement pas une marque de soutien, et encore moins un motif de réjouissance. Par contre, les diverses rodomontades qui exigent « sous prétexte de respect de la volonté populaire » le maintien de Monja Roindefo à Mahazoarivo, ou les gesticulations des ex-mutins, ne peuvent qu’être des provocations. Pour faire réussir les Accords de Maputo, Andry Rajoelina devra donc réfléchir sur les motivations profondes des extrémistes de son entourage qui disent de telles insanités, et méditer sur les versets bibliques Matthieu 5 : 29-30 [1].
Vouloir encore et toujours tripatouiller l’esprit des Accords de Maputo 1 pour remettre en cause la future amnistie de Ravalomanana, ou refuser d’autres dispositions qui ont été signées au Mozambique mais qui ne conviennent pas aux fanatiques orangés de la Place du 13 mai, ne peut être qu’un encouragement à perpétuer dans le camp des anti-HAT (Haute autorité de transition) l’évocation des abus des putschistes. Et s’il faut alors juger tous les crimes et délits politiques de 2009, qu’une commission indépendante sous supervision internationale passe donc en revue également les auteurs de mutinerie ; ceux qui ont manipulé la foule pour l’emmener à Ambohitsirohitra ; ceux qui ont tiré et tué des manifestants légalistes en-dehors de toute zone rouge et de toute sommation règlementaire (Anosy, Ampahibe, Ambohijatovo) ; les commanditaires de racket sur des individus et des entreprises. Car il y a aussi beaucoup à dire sur ce pouvoir de transition, s’il fallait avoir un comportement psychorigide comme certains.
… que chacun joue le jeu !
Ainsi, participer à la baisse de la tension pour favoriser l’aboutissement des Accords de Maputo est une idée noble et importante, mais à condition que tout le monde joue le jeu. Chacun à son niveau doit faire en sorte de contribuer à l’apaisement : hommes politiques, société civile, forces de l’ordre, secteur privé, journalistes et éditorialistes. Sauf si les pro-HAT considèrent que seuls les autres doivent arrêter de critiquer le pouvoir de transition, tandis qu’eux-mêmes ne sont pas tenus d’arrêter leur autisme. Sur le forum de Tribune.com, les pro-Transition prennent la mouche dès qu’un article ou un commentaire souligne les erreurs, les abus, les manques et les dérapages des structures et des hommes de la HAT. A la moindre critique, le forumiste hâtif va s’écrier au scandale de l’esprit partisan, au manque de positivité constructive ou à la critique destructive.
Quelque part, cela est malheureusement normal et certaines « études sociologiques » ont analysé de façon intéressante ce genre de comportement, qui favorise une propension à bâtir des équations simplistes, stupides et fallacieuses. Par exemple, celle qui commence en disant que ceux qui critiquent Rajoelina et la HAT sont des légalistes. Donc légaliste = pro-Ravalo. Pro-Ravalo = zanak’i dada. Zanak’i dada = milite pour le retour de Ravalomanana. Vouloir le retour de Ravalomanana = ne pas vouloir la paix. Ne pas vouloir la paix = être des commanditaires de bombes. Voilà comment, à partir d’une simple critique, des légalistes se retrouvent soudain accusés de chercher à favoriser une guerre civile. Du moins, c’est le point de vue hâtif de certains forumistes qui ne supportent pas que l’on se refuse à participer au cirage de pompes de leur Messie.
Certains argueront alors que depuis les Accords de Maputo, il n’y a plus de mouvances pro et anti-HAT, puisque la Transition est consensuelle et que Ravalomanana lui-même s’est rétracté de la Transition, par sagesse et patriotisme. Soit. Mais dans ce cas, que les faucons pro-HAT cessent de se mettre en travers des Accords de Maputo avec leurs battements d’ailes, de même que les écrevisses marbrées avec le cliquetis de leurs pinces. La création d’une atmosphère apaisée pour ouvrir la porte vers une véritable transition fructueuse est à ce prix.





