Le site français Mediapart s’est fait conspuer par l’entourage de l’Élysée et de Matignon pour avoir diffusé des « rumeurs » et des « calomnies » sur un ministre. Des personnalités politiques ont même parlé de « méthodes fascistes ». Le gouvernement des États-Unis, tout comme l’opposition républicaine, ont condamné la publication par Wikileaks de documents secrets sur la guerre en Afghanistan. L’hebdomadaire français Marianne s’est fait tancer pour avoir mis sur sa couverture un tapageur « Le voyou de la République » sous une photo de Nicolas Sarkozy.
Assurément, la presse qu’elle soit traditionnelle ou en ligne aura beaucoup dérangé au cours des dernières semaines. Mais force est de constater que les procès qui lui ont été intentés sont restés essentiellement médiatiques. Aucun de ces trois titres ne s’est trouvé à la barre d’un tribunal, même si l’on peut être assuré que leurs conseillers juridiques n’ont pas chômé avant et après la publication des textes incriminés.
Dans les écoles de journalisme, on enseigne qu’il faut garder constamment à l’esprit le principe : « les faits sont sacrés, les commentaires libres ». Et ce, surtout si l’on ne se sent pas une vocation à enrichir les avocats. Un journal se met en risque réel lorsqu’il avance des faits sans avoir des éléments matériels pouvant prouver la bonne foi de sa diffusion d’information. Par contre, dans une démocratie, il ne devrait en principe rien risquer s’il fait part d’une opinion en l’étiquettant bien comme telle.
À Madagascar, il ne manque pas de personnes qui, accoudées au zinc d’un bistrot réel ou virtuel, ne se lassent pas de dire que la presse devrait parler de ceci ou de cela. Mais qui s’avèrent bien incapables d’indiquer où l’on pourrait trouver des éléments matériels pour confirmer les rumeurs, ou même le nom d’une personne prête à témoigner publiquement.
Inversement, la presse est régulièrement accusée par certains d’être payée pour avoir rapporté les déclarations de personnages publics. Ces détracteurs oublient que ces déclarations peuvent constituer de réelles informations, lorsqu’elles contiennent du nouveau.
Pour en rester sur le sujet de la liberté de la presse, était-il légal et opportun de fermer Radio Viva et Radio Fahazavana ? Il faut admettre que confrontés à une telle question, bon nombre de malgaches seraient bien en peine de répondre objectivement à une telle question. En dehors des personnes situées en dehors d’Antananarivo qui n’avaient pas accès au contenu de ces stations, tous ceux qui avaient déjà renoncé à écouter Viva ou Fahazavana seraient bien incapables de se prononcer sur la diffusion ou non de fausses informations ou sur l’existence d’appels illégaux à la violence. Pour ma part, j’avais choisi depuis un certain temps déjà de me limiter à des doses quasi-homéopathiques de ces deux stations, dont le rapport information propagande était en Janvier 2009 et en Mai 2010 proche de la possibilité d’écouter la Petite musique de nuit de Claude Debussy en plein milieu d’un concert d’AC/DC.
Car la véritable sanction des médias devrait être la désaffection du public. Et c’est parce que les opinions ne permettent généralement pas de vendre que les salles de rédaction résonnent de tonitruants rappels à l’ordre : « Du factuel, Coco, du factuel ! ».
Ceci étant, même si chacun doit rendre compte de ses actes, l’on ne comprend que fort peu l’usage systématique par la justice de notre pays de la détention provisoire envers des personnes légalement présumées innocentes. Et c’est pourquoi, surtout en cette période d’apaisement, nous appelons à ce que les journalistes de Radio Fahazavana puissent enfin retrouver l’air libre.





