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Editorial

Priorités de la dépense publique : que nous dit la Loi de Finances 2015

mercredi 7 janvier 2015 | Tsimandry Pascal
Et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
de grand homme d’État
met à vif le nerf de la guerre
la délicate question d’argent
 
J. Prévert, Paroles.

La délicate question d’argent est bien mise en exergue par le budget de l’État malgache pour 2015, récemment voté par l’Assemblée Nationale, dans lequel 4.889 milliards d’ariary sont prévus être dépensés. Comme pour le cas des grandes puissances, la dépense dépasse les prévisions de recettes, 564 millions de dollars de dépassement pour les USA pour un budget fédéral de 3.340 milliards de dollars, ou de 81 milliards d’euros de dépassement pour la France avec un budget de 309 milliards d’euros. L’État malgache lui, compte sur 3.614 milliards d’ariary de recettes, soit environ 1,4 milliard de dollars américains, ou environ 1 milliard d’euros. Si on ne savait pas ce que voulait dire être un des pays les plus pauvres du monde, vous avez là compris, les États-Unis (et ceci sans compter le budget de chacun de ses États membres) ont 1.900 fois plus de budget, pour une population seulement 12 fois plus grande. Cette différence se traduit notamment en ce que le budget peut acheter, y compris les infrastructures.

À lire la loi de finances 2015, « les dépenses totales devront s’établir à 4 889,0 milliards d’ariary pour l’année 2015. Quant aux dépenses courantes hors intérêts, elles se chiffreront à 2 998,4 milliards d’ariary dont 1 223,5 milliards d’ariary allouées aux dépenses de fonctionnement et 1 774,9 milliards d’ariary pour les dépenses de personnel. » En ce qui concerne les investissements, la loi de finances annonce « Pour cette année 2015, les dépenses d’investissement dans le cadre du Budget Général seront en hausse de 9,5% par rapport à la Loi de Finances Rectificative 2014, passant de 1 177,4 milliards d’ariary à 1 289,4 milliards d’ariary en 2015. »

Une comparaison de ces chiffres par rapport à des années précédentes (2007, par exemple) est un exercice que l’auteur laisse à d’autres. Pour l’instant, il suffit de rappeler ici comment les recettes de l’État vont être allouées :

  • 25,02% pour les dépenses de fonctionnement de l’État (carburant, électricité, missions, indemnités, loyers, papier et encre…)
  • 36,30% pour les dépenses de personnel (salaires et charges diverses)
  • 26,37% pour les investissements
  • 12,29% restants non-alloués spécifiquement (service de la dette et comptes particuliers du Trésor ?)

Toujours la même LF 2015 annonce que : la répartition sectorielle du programme d’investissement public se résume dans le tableau ci-après :

  • 24,3% pour le productif
  • 27, 3% pour les infrastructures, soit 352 millions d’ariary environ
  • 32,4% pour le social
  • 16% pour l’administratif

En d’autres termes, seuls 27,3% des investissements reviendront aux infrastructures « dures », et ces infrastructures incluront en plus des routes, les ports, les écoles, les hôpitaux, les centrales électriques (?)…. Sur les programmes d’investissement public, 67,3% des financements sont attendus de l’extérieur. Le nerf de la guerre est bien limité : 352 milliards d’ariary ou quelques 100 millions d’euros pour les constructions en dur, comme les routes qui sont si importantes mais nous font défaut, dont 67,3% doivent venir des bailleurs. Il n’est alors pas étonnant si le Président de la République a soutenu lors de ses vœux du 28 décembre 2014 que la dépendance aux bailleurs devrait s’amoindrir, et surtout que nous puissions mieux subvenir à nos besoins.

Mais si c’est le cas, il faut augmenter ses moyens propres. Comme nous constatons, ce que nous contribuables payons couvre à 61,32% le fait de faire « tourner » l’État : des ministères à la Présidence, en passant par le Parlement et les autres institutions de l’État. Pour chaque 10.000 ariary d’impôts payés, 6.132 ariary font vivre et travailler ceux qui nous dirigent, administrent ou gouvernent. Recevons-nous en retour 61,32% de services publics, si seulement 26,37% nous reviennent en investissements publics ? Car bien de Malgaches ont l’impression de payer le salaire de leurs bourreaux.

Les recettes publiques sont estimées par la LF 2015 atteindre 3 614,0 milliards d’ariary. En 2014, les recettes venaient à concurrence de 54,2% des impôts intérieurs et 45,8% des recettes douanières. J’ose penser que la majorité de la population, non consciente de ce qu’est la fiscalisation directe, pense que le Fanjakana carbure sur des moyens divins (oui, qui tombent du ciel) et pas des contributions des salariés et des entreprises, pour ce qui est des impôts, et des acheteurs, pour ce qui est des biens importés.

On remarque beaucoup dans la presse les arguments sur la pression fiscale, comme quoi les recettes de l’État ne représentent que 11% environ du produit intérieur brut du pays. Cet argument avancé par le FMI a été repris par l’administration pour justifier en premier la fiscalité par le redressement qu’elle pratique agressivement, et beaucoup moins pour expliquer la nécessité d’élargir l’assiette. En effet, prélever 8% en recettes de plus sur les mêmes contribuables leur est plus facile que d’essayer de faire grandir le PIB. Et pourtant, ce dont Madagascar a besoin est d’un PIB plus grand, et donc une croissance plus importante, des entreprises en essor, un emploi qui rebondit. Si on doublait le PIB, les recettes seraient plus importantes malgré une même pression fiscale de 10%. Au contraire, l’État continuera à étrangler le peu qui paient déjà, avec les effets que cela aura sur la croissance.

Je me demande quel pourcentage du PIB s’évapore dans la corruption. Disons que le PIB de Madagascar est de 20 milliards USD (car les chiffres diffèrent), 10% de pression fiscale donne 2 milliards de USD en recettes pour l’État. Quel pourcentage de cette pression fiscale résulte des « redressements », pénalités et intérêts ? Est-il impossible de croire que 1% du PIB, soit 200 millions USD, n’est pas payé en pots de vin, bakchich, frais « d’accélération » de dossiers, droit de « réduction de l’harcèlement » ou droit de contournement des règles et lois, etc ? Que les revenus non-collectés des ressources naturelles (bois de rose…) et autres concessions ne représentent pas 1% de plus ? Améliorer la pression fiscale ne consiste donc pas à presser davantage le citron-entreprises déjà épuisé, mais réduire la corruption (que la raquette fiscale et douanière encourage), accroître la performance des fonctionnaires et de l’Administration, réduire la dépense injustifiée (comme les subventions à la Jirama), et promouvoir l’investissement privé.

6 commentaires

Vos commentaires

  • 7 janvier 2015 à 12:15 | plus qu’hier et moins que demain (#6149)

    Assalaamo alaikoum

    Les chiffres sont ce qu’ils sont mais l’essentiel c’est de voir la PGE pour 2015 traduit en moyen financier dans le budget en terme de priorité, d’orientation (secteur économique : primaire-secondaire-tertiaire), d’organisation administrative et financière (décentralisation-déconcentration-centralisation) et enfin d’objectif chiffré dans l’espace et dans le temps.
    Rien que dans l’exposé de motif de ce budget 2015, le manque de visibilité est flagrant : Mme Léa Ratsiazo l’a écrit concernant l’aberration entre l’adoption de la vérité des prix sur les carburants et la prévision du taux d’inflation pour 2015.
    D’autant plus que ce budget 2015 ne tient pas compte des doléances de la population (délestage, amélioration du niveau de vie, etc..) et des grandes lignes du PND (2015-2016).

    • 7 janvier 2015 à 15:19 | plus qu’hier et moins que demain (#6149) répond à plus qu'hier et moins que demain

      « En 2014, l’inflation en fin de période est estimée à 7,0% contre 6,3% en 2013. Cette hausse des prix est induite essentiellement, d’une part, par l’application progressive de la vérité des prix à la pompe sur les produits pétroliers ; et d’autre part, par la dépréciation continue de la monnaie nationale par rapport aux principales devises étrangères. Cette dépréciation est prévue atteindre 10,1% en moyenne période par rapport au dollar américain. »

      « Le taux d’inflation en fin de période 2015, prévu à 7,1%, s’explique notamment par l’application progressive de la vérité des prix du carburant. »

      Entre la période 2013 et 2014 associée à un prix de carburant subventionné, le taux d’inflation est passé de 6,3% à 7% soit une hausse de 0,7% alors que 2014 à 2015, comme mentionnée ci-dessus il passera de 7% à 7,1% soit une hausse de 0,1% à la limite, toute chose égale par ailleurs, cette hausse aurait dû être de 0,7% pour respecter les incertitudes et la précaution liées à l’établissement d’une prévision (par principe les charges sont majorés et les produits minorés). L’inflation relève plus des charges que des produits pour la finance publique du pays.

      Rien que sur ce genre de détails, on voit déjà l’incohérence de cette loi de finance 2015.

      N’en parlons pas des autres aberrations même si notre ami CARO dans son intervention d’hier sur le forum déplore l’incompétence des députés pour analyser en profondeur certains projets de loi comme la loi de finance. Il va s’en dire que chaque député dispose d’un cabinet composé :
      - d’attaché parlementaire
      - de secrétaire
      - de conseillers
      - etc..
      Qu’est-ce qui empêche chaque député de s’entourer des gens compétents au lieu de créer des postes budgétaires rien que pour ses proches indépendamment de leurs aptitudes ?
      Au-delà de cet argument, chaque député doit adhérer à un groupe parlementaire d’obédience socio-politico-économique déterminé (gauche-droite-centre-libéral, etc..) ou non qui a normalement une vision à défendre en matière de finance publique et par extension de développement.
      Il en est de même de leur qualité de « porte parole du peuple » donc en ce sens les députés pris individuellement ou à l’intérieur d’un groupe parlementaire se doivent de demander conseils à des personnes ou organismes compétents qu’ils relèvent des syndicats, de l’ordre, des cercles de réflexion, etc..

    • 8 janvier 2015 à 00:50 | caro (#7940) répond à plus qu'hier et moins que demain

      En effet, j’ai touche mot hier d’un minimum de competence que doit avoir un depute dans la mesure ou il est appele a decider par son vote un texte precis.

      Il est evident que l’on ne connait pas tout, mais au moins, on doit disposer d’un minimum de savoir, disons dans les grandes lignes pour que l’on ne s’appuie pas uniquement sur ses collaborateurs ou des specialistes de la question. Car de maniere evidente, moins on a de connaissance sur un sujet, plus on depend d’autrui pour son appreciation. Inversement, plus on connait le sujet, moins on depend des autres et cela apporte une meilleure qualite d’appreciation du texte a soumettre au vote.

      Le souci, quand on a affaire a des deputes dont les connaissances sont reduites, l’on se pose bien la question de savoir s’ils ont effectivement compris pourquoi un Cabinet compose d’une equipe de travail leur est mis a disposition.
      Est-ce que l’attache parlementaire, le/la secretaire, les conseillers,... sont veritablement des gens recrutes pour leur competence, car des budgets correspondant en sont alloues, afin que ces deputes puissent puiser les elements de comprehension du texte ? ou bien ne sont-ils que des proches avec tout ce que cela induit ?

      Dans le cas present, il faudrait au moins que le depute sache les bases : ce qu’est un budget, a quoi ca sert, qu’est-ce qu’une recette/depense, c’est quoi un equilibre, quelle proportion dans chaque poste, en depense ou en recette, doit representer dans un budget, etc...

      Un depute dont la connaissance de ces elements de base fait defaut ne peut pas apprecier l’importance du vote qui va en tenir lieu. Et je crains fort que ce contexte est bel et bien plus qu’une realite.

    • 8 janvier 2015 à 08:27 | holy (#8721) répond à plus qu'hier et moins que demain

      Maninona raha foana le MID pour le public au lieu de depense pour
      les dirigeants.Foano izy io eh !

  • 7 janvier 2015 à 17:18 | Gérard (#5118)

    C’est tellement plus facile de compter de l’argent qu’on ne possède pas...
    Malheureusement pour Madagascar, ce n’est plus la peine d’attendre de l’argent qui viendrait de l’extérieur car l’Amérique est dans la tourmente, L’Europe pense déjà à abandonner l’Euro et à virer la Grèce qu’elle ne peut plus subventionner, quant à la Chine, elle veut faire des affaires avec ceux qui ont des garanties. Or Madagascar est le pays le plus insolvable de la planète donc il n’y a rien à attendre de ce côté là non plus. En ce qui concerne la Russie, le rouble a été dévalué à son plus bas niveau. Mais peut-être en faisant appel à la danse de la pluie, il pleuvra des briques en or ??? Et comme on sait que tout ce qui tombe du ciel est béni...

  • 7 janvier 2015 à 20:07 | Gérard (#7761)

    Les comparaisons de chiffres, pression fiscale, assiette etc...entre systèmes malgache, américains, français sont sommes toutes assez pudiques

    ce qui l’est moins et même franchement scandaleux, c"est que le budget de votre ile heureuse est payé pour une part non négligeable par le contribuable des pays sus cités , aussi modeste soit il
    l’aide internationale, c« est enrichir les riches des pays pauvres avec l »argent des pauvres des pays riches, compte tenu bien sur de l’assiette fiscale en vigueur dans ces pays qui se croient encore « riches »

    Pourriez vous citer un pays assez « riche » pour subventionner l’essence de ses consommateurs ?

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