Avouons avoir un peu de mal à nous passionner sur ce qui se passe actuellement à Maputo, car les manoeuvres de manipulation médiatique semblent y constituer un sport extrêmement prisé.
N’en déplaise à certains qui voudraient nous lancer dans une course au scoop plus ou moins fiable, il existe des limites dans la possibilité de commenter une partie de poker menteur lorsque l’on n’est pas directement sur place, ce qui n’empêche pas de tenter de clarifier les choses.
Au poker, les choses sont bien plus amusantes lorsqu’on peut soit observer de près les joueurs, soit avoir connaissance des cartes qu’ils ont tiré. Les parties de poker à la télévision n’ont d’ailleurs commencé à connaître une réelle popularité que lorsque des caméras placées dans le rebord de la table ont permis au spectateur d’obtenir cet avantage.
Les journalistes de Madagascar-Tribune.com n’ont pas le pénible privilège d’avoir à poireauter des heures pour pouvoir recueillir une courte déclaration d’une phrase, et pouvoir observer les éventuelles gouttelettes de sueur, mouvements imperceptibles des yeux ou tremblements de voix qui en disent souvent bien plus long sur les rapports de force ou bluffs en cours. Nous ne prendrons par conséquent pas le risque de reprendre certaines confidences intéressées et pas si confidentielles sans les avoir recueillies à la source et sans avoir le moyen de les recouper un minimum.
Nous ne prendrons donc pas pour argent comptant des affirmations selon lesquelles Untel va quitter la table, que pour Unautre tel ou tel point n’est pas négociable ou qu’X et Y se sont alliés contre Z. Ce même genre de rumeurs, nous en avons entendu de manière tout aussi assourdissante à l’occasion de Maputo I, et l’on sait ce qu’il en est devenu.
Nul ne doutait que la deuxième phase des négociations de Maputo serait délicate et l’on pouvait raisonnablement anticiper que les deux jours prévus pourraient se révéler insuffisants. Il n’empêche que les négociations continuent, et c’est finalement le principal élément à retenir de la journée d’hier.
Plutôt que le poker, le génie national malgache a inventé le jeu que nous appelons « belote » [1] dont la phase d’enchères (ou d’annonces) a ceci de commun avec le poker qu’elle est plus amusante à regarder lorsque l’on a le privilège de pouvoir regarder les cartes des différents joueurs. Mais si la saveur du poker réside pour une bonne partie dans le bluff, une bonne partie du plaisir de la belote malgache réside dans le taim-bava [2].
Si l’on nous assure que les débats sont particulièrement vifs sur la Présidence de la Transition, relativisons les choses en se demandant notamment si la formulation de certaines propositions faites par les mouvances ne trahit pas le fait que les discussions portent déjà sur d’autres sujets. Si des noms comme ceux de Radert, Ramisandrazana ou Raobiarivony, qui sont certes des personnalités de qualité mais qui ont l’immense désavantage d’être peu connues du grand public, sont cités pour la Présidence, cela semble signifier que l’on ne souhaite pas griller d’autres atouts plus lourds dans ce jeu médiatique. De manière symétrique, les déclarations tonitruantes sur un possible plan B militaro-civil en cas d’échec des négociations sont à relativiser à la lumière du contexte international qui a permis les rencontres de Maputo.
Comme les déclarations des mouvances, il faut considérer avec un minimum de recul celles des médiateurs souvent condamnés à se montrer optimistes. Mais à l’issue de la journée d’hier, on retiendra les propos de Tiébilé Dramé selon lesquels les débats sont devenus plus difficiles lorsque l’on a évoqué la nomination du Premier Ministre. On saura peut-être demain si Monja Roindefo réussit à rester Valet ou As (selon les préférences des uns et des autres en matière de politique et de jeux de cartes). Et à quel prix.





