Le cyclone tropical intense Giovanna est entré sur terre au niveau de Brickaville cette nuit à une heure du matin, et devrait passer à proximité d’Antananarivo dans la matinée.
Pauvres restaurateurs d’Antananarivo et de Toamasina... Pour eux, les chiffres d’affaires de la Saint Valentin semblent à l’eau. Du fait de l’avis de danger imminent, la circulation est actuellement interdite dans ces villes. Les amoureux ne seront pas tous perdants dans l’affaire : bureaux et écoles étant fermés, ils pourront rester sous la couette. L’on peut s’attendre à une prolifération de naissances de petites filles prénommées Giovanna en Novembre. C’est joli comme prénom, non ?
Giovanna fait l’actualité, pour deux bonnes raisons : c’est un cyclone de catégorie 4 [1], et sa trajectoire va passer sur les zones à plus forte densité de population de Madagascar. Les météorologues estiment que le cyclone aura encore une force de catégorie 3 lorsqu’il passera à proximité d’Antananarivo. Les autorités locales ont à juste titre appliqué le principe de précaution, escaladant rapidement l’échelle des alertes et cherchant à en assurer une diffusion maximum auprès de la population.
Ne nous faisons pas d’illusions : malgré tout, les dégâts risquent d’être importants. Avant même que le phénomène météorologique ne soit passé, l’on peut déjà pressentir un bilan qui pourrait se compter en dizaines de morts. Car la sociologie des conditions de vie change hélas bien moins facilement que la pluie et le beau temps : habitats précaires, constructions en zones inondables ou risquant l’éboulement, arbres mal élagués, nécessité quotidienne de trouver sa nourriture amenant à faire fi des appels à la prudence... Le danger fait partie de la vie quotidienne de l’immense majorité des malgaches, un cyclone ne fait malheureusement que l’exacerber.
Il n’est cependant pas complètement malsain que ce rappel de la puissance de la Nature et de la prédictibilité de certaines catastrophes touche aujourd’hui les privilégiés d’Antananarivo. À commencer par ceux d’entre eux qui font de la politique et attrapent facilement la grosse tête. Combien de crises politiques auraient pu être évitées si l’on avait adopté le même état d’esprit que face à l’arrivée d’une dépression tropicale ?
Pour qui a pris le temps de l’étudier et de le pratiquer, le système d’alerte en vigueur à Madagascar a en effet quelque chose de fascinant. À chaque niveau d’alerte, les habitants les plus consciencieux savent ce qu’ils doivent faire. Niveau 1, dit avis d’avertissement : on complète les provisions, on achète des piles électriques pour ne pas dépendre que de la « fée » Jirama, on inspecte d’un oeil critique sa maison... Niveau 2, dit avis de menace : ceux qui sont en mesure de le faire posent des sacs de sable sur leurs toitures, les autres évacuent... Niveau 3, dit avis de danger imminent : plus personne n’a le droit de sortir de chez soi.
En 2009 comme en 2012, était-il si difficile en politique d’agir aussi raisonnablement ? Pour ma part, j’affirme que non. Parole de mauvais prophète en son pays.




